Têtes de…

avril 15, 2008

Humeur : assez bonne

Vitalité : tennis, luminothérapie naturelle

Envie : rien de particulier

C’est le nouveau « truc » qui fait fureur sur Internet en ce moment et qui fait un buzz d’enfer. J’ai complètement oublié le nom de cette nouvelle mode, mais en découvrant ces montages, on se dit que le premier qui a eu l’idée de faire ça, « il devait sacrément se faire chier ».

Le résultat est super chouette malgré tout, et la recherche, la créativité qui y mènent le sont tout autant. Voici les premiers essais obtenus avec mon acolyte non alcoolique Dan et mon petit bout de femme qui s’est aussi prêtée au jeu. A suivre !

…Où les mots de deux grands hommes, se disputant l’exclusivité de cette tête d’affiche, s’étaient engagés dans une lutte littéraire sans merci avant que je ne tranche enfin pour eux, et décide qu’exceptionnellement, la citation du jour serait double. Car l’une et l’autre de ces citations ont en commun d’avoir aujourd’hui pour moi, une force, une résonance, un écho certains.

La première est celle d’un homme dont les mots incroyables m’ont fait rêvé plus d’une fois. L’écriture de ce visionnaire, aventurier de l’imaginaire, chirurgien des technologies et des sciences de tout domaine, n’a cessé de me fasciner et de m’inspirer.

La paternité de la seconde revient à un aviateur, un aventurier et écrivain, qui pensait que c’est par le dépassement de soi que l’on devient un homme.

« Rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée. »

Jules Vernes

« Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. »

Antoine de Saint-Exupéry


Humeur : RTTée

Vitalité : RTTée

Envie : d’aller à la FNAC m’acheter des bouquins pour me sentir un peu intello

Bonne nouvelle pour la sécurité sociale : je ne vais jamais chez le médecin. Enfin, si peu… Une fois par ans chez le docteur des quenottes, et moins encore chez le docteur qui sait tout sur rien, et rien sur tout (permettez-moi cette définition involontairement méprisante, du terme « généraliste », mais sa forme me paraissait plutôt intéressante).

Du coup cela me rend anxieux, d’aller chez le docteur, comme si l’idée stupide me venait que la loi des statistiques me ferait forcément tomber malade un jour ou l’autre, et que se rendre chez le médecin, c’était un peu les provoquer, ces probabilités, et c’était un peu le forcer, le destin. Et puis en franchissant le seuil d’un cabinet de médecins, j’ai la sensation masochiste de mettre volontairement le pied dans la convergence de toutes les souffrances et de toutes les misères. Car voilà presque une provocation, de venir moi, avec ma bonne mine et mes beaux vêtements, au milieu de tous ces pauvres gens qui sont malades (pour de vrai).

Je ne suis point exigeant. Lors de cette visite qui relève de l’exceptionnel, il n’y a qu’une seule chose qu’il me soit cher d’entendre de la part de mon médecin : « Vous êtes beau, riche, intelligent et en très bonne santé. 22 euros. Adieu, et ne perdez plus votre temps à venir m’emmerder avec votre encéphalogramme, qui est d’une normalité affligeante. »

Salle d’attente du cabinet de Louvres. Sur la table basse s’empilent des magazines pour bonnes femmes datant de 2004 (« Comment le rendre fou au lit», « Spécial minceur », « Etonnez vos amis avec les recettes de Noël » ou « Adolescence : comment aborder la sexualité avec votre enfant »), surmontés par un numéro de « Point de vue » dont la couverture sans intérêt, mille fois retournée, tombe en lambeaux. Mon attention se reporte rapidement sur mon carnet de santé bleu. A vrai dire, il est certainement collector, mon carnet de santé. Je le traîne quand même depuis 29 ans, ce bout de cahier à la couverture délavée. Il a survécu à tous les déménagements : c’est-à-dire à tous les grands génocides de papiers que ces évènements m’imposèrent tant de fois dans ma vie. C’est toujours avec beaucoup de curiosité et de plaisir que j’ouvre les premières pages de mon carnet de santé, comme si ce geste magique avait le pouvoir de me faire revivre les premiers jours de mon existence. Et quels jours !…

La page est tamponnée du « Service de Prématurés et de Réanimation Néo-natale » du Centre hospitalier de Chambéry : 36 semaines, c’est vrai que ça fait pas lourd. 2 kg 500, non plus. A l’endroit où est indiqué la date de l’examen, je vois que « août » est inscrit par-dessus l’ébauche de « sep ». Pendant que je braille à côté d’elle, j’imagine l’infirmière en train de remplir mon carnet. « J’en ai ras-le bol de rester ici au mois d’août. Toujours les mêmes qui bossent pour les autres. Vivement le mois de septembre. »

Le 18 août 1979 donc, 7 jours après avoir atterri sur cette planète, j’ai l’ombilic normal, je n’ai pas d’œdème, pas d’ictère, aucune pâleur (de mère asiatique, cela eût été alarmant). Mon cri est normal, je n’ai pas de dyspnée, de cyanose ou de souffle cardiaque. Pas d’hépatomégalie, ni même de splénomégalie (trop tôt, certainement, pour diagnostiquer une quelconque mégalomanie, que je ne vois pas apparaître dans la liste des critères, qui ressemblent plus à un QCM qu’à une analyse médicale). Organes génitaux : « RAS ». Comment ça « rien à signaler » ? Laissez-moi le temps de grandir un peu ! Tu m’étonnes qu’à sept jours « ils » n’aient pu voir qu’un petit bout de spaghetti fripé !

Je feuillette les quelques feuillets suivants. Page 25 : « Régime. SMA 6×70 (mettre 1 mesure rase de poudre de lait dans 30 grammes d’eau d’evian ou volvic) STEROGYL XX gtts par semaine à partir du 21/08/79 ».

Avec ça, si j’ai pas la niak…

– Monsieur Coulot ?

L’appel du docteur tant désiré me fait relever la tête de mes lectures médicales. […] Tension : parfaite. 1m68. 58 kilos. Je remarque, avec résignation :

– Ca fait des années que ça bouge plus.

– Ca ne bougera plus maintenant…répond ma généraliste.

– Oh j’aimerais bien prendre un peu quand même…

– …Ah, vous parlez de votre poids ! Je croyais que vous parliez de votre taille… C’est sûr que vous ne grandirez plus par contre. Je croyais que vous faisiez de l’humour.

– C’est sûr que je n’ai plus trop l’espoir de grandir maintenant !… Par contre je me trouve un peu maigre. Je sais que c’est purement subjectif et que je suis dans la normalité mais bon…

– Oui, vous n’êtes pas si maigre que ça (elle sort les abaques d’un tiroir de son bureau). Ah oui tiens, vous êtes juste au dessus de la limite inférieure.

Elle se tourne vers moi d’un air qui-en-a-vu-d’autres.

– Mais mieux vaut être à la limite inférieure qu’à la limite supérieure…C’est bien d’avoir repris le sport, je vous félicite. Ca fait du bien hein ? On a l’impression d’être plus maître de son corps ?!

Si elle savait, comment je patauge à la piscine…

Je poursuis mon parcours du malade en parfaite santé en allant faire une prise de sang dans le laboratoire d’analyses médicales qui se trouve à deux pas du cabinet. C’est pas possible, ça sent autant le chlore qu’à la piscine dans cet endroit de misère ! Les locaux sont vieux comme une vieille industrie, ses carrelages démodés, fendus de part et d’autres, meurent lentement sous les allers venues des cobayes. Aux murs, des tableaux qui ne ressemblent à rien qui puisse m’émouvoir sont maladroitement suspendus au dessus du comptoir de l’accueil. Je pose mes fesses sur un siège en cuir dont le revêtement des accoudoirs est un peu décousu. Tout cela me rappelle mes déplacements dans les vieilles usines chimiques du Nord ou de la Picardie. Je m’attends à voir un bonhomme sortir d’un bureau pour m’accueillir, vêtu d’une veste grise au logo « ATOFINA » et enfilant son casque pour aller visiter son site qui sent tout sauf la nature.

Parfois le monde est bien foutu : la pharmacie est à deux pas du laboratoire d’analyses qui est à deux pas du cabinet de médecins. Par contre comme pharmacien j’ai connu mieux. Après avoir saisi mon ordonnance avant même que j’aie fini de la lui tendre, il expédie sur son ordinateur l’enregistrement de ma commande avec la vitesse de gestes mille fois répétés, puis m’arrache des mains mes deux cartes en plastique (bancaire et vitale, la première étant malgré tout aussi vitale que la deuxième). Cela m’a toujours semblé insidieux, les vendeurs en costume : ça se voit comme le nez au milieu de la figure, cette nécessité de bâcler l’échange pour parvenir au plus vite au règlement. Dans un coin de la pharmacie, une abominable assistante en blouse longue, qui semble un apothicaire moyenâgeux, cheveux noirs hirsutes, plaisante d’une voix rauque avec mon pharmacien vénal. Il ne me fallut que deux ou trois minutes, pour sortir de cet endroit, détroussé de trente euros et emportant avec moi ces images d’un autre temps.

Promis, je n’irai plus, chez le médecin.

 

 

 

 

 

Humeur : bon niveau
Vitalité : idem
Envie : je crois que je vais descendre prendre un snickers glacé…

Il y a certains types de beauté qui nous laissent sans voix. Celle de cette mélodie me laisse sans mots.

Humeur : corporate
Vitalité : bon niveau, malgré l’heure confisquée.
Envie : d’être brillant.

Sur le revêtement carrelé des vestiaires fumants, une fine pellicule d’eau manque de me faire trébucher. Une formidable agitation s’est emparée des lieux et de toutes parts me parviennent les cris aigus d’un groupe, d’une meute de culottes courtes remuantes qui sortent du bassin en courant. J’avais oublié la terrible résonance que pouvait avoir une telle colonie de vacances dans les vestiaires d’une piscine. Avec la froide sérénité qu’est la mienne, je me dirige vers les casiers du fond épargnés par l’assaut général et autour de moi, des corps pâles et grelottants courent, glissent et se faufilent. Subitement, un mioche d’une dizaine d’année tout au plus, ouvre brutalement la porte de sa cabine et disparaît aussitôt dans la confusion générale, et j’en profite pour monopoliser à mon tour ce petit coin d’intimité pour me changer. Le brouhaha, bien que dégressif, se poursuit autour de mon silence à moi. Il y a les garçons qui crient pour faire peur aux filles, et les filles qui crient de peur devant les garçons. Ca tape sur la cloison de gauche, et sur la cloison de droite. Sur le carrelage, je vois même les ombres multiples qui gigotent bruyamment dans les cabines. Ce doit être sacrément fatiguant, d’être un gosse.

Et puisque dans l’ordre du monde certaines logiques sont implacables, et qu’aucune cause n’existe sans sa conséquence, je pénètre dans l’eau tiède du bassin en faisant abstraction du voile jaune pâle qu’elle renferme aujourd’hui. Il y a deux jours encore ma tendre moitié, bouillonnant d’un enthousiasme exponentiel devant la perspective des travaux de décoration de notre chambre, tentait de justifier son impatience : « Il faut se fixer des objectifs, sinon on n’avancera jamais ! » Ne pas boire la tasse, voilà qui fût à ce moment-là le seul, l’unique, l’indispensable objectif de ma séance.

Tout cela n’est qu’une question de générations qui se succèdent. Après le départ agité des plus jeunes, une toute autre population investit la fosse humide. Partout dans les couloirs du bassin se mettent lentement en marche l’Arrière banc des amateurs de chlore, la Troisième génération des nageurs à l’ancienne et l’Amicale des retraités pataugeants de Compiègne. Les années qui sont passées ont affecté les corps. Ceux-ci semblent un peu plus frêles que jadis, et celles-là un peu moins sveltes qu’avant. Et tout ce beau monde s’entasse au bas des échelles, s’agglutine au pied des plongeoirs, s’agrippe aux flotteurs bleus et blancs des couloirs. Ca parle toujours de cuisine, de querelles de voisinage et de petits-fils qui viennent d’avoir leur diplôme de je-ne-sais-quoi (mais c’est un sacré diplôme dont on est toujours très fier…).

Alors que le crawl constitue toujours à mes yeux la nage des habitués par excellence, je me contente fort modestement de ma brasse coulée, dont les mouvements de tête plongeant alternativement dans l’eau me font spectateur d’un monde aquatique plein de surprises. De là-dessous, en même temps que j’expulse l’air de mes poumons en faisant de grosses bulles qui résonnent dans l’eau, j’observe avec curiosité les parties immergés des vieux icebergs qui gigotent : cela me semble toujours aussi incongru, de vouloir nager à l’oblique. Je ne suis pas un exemple en la matière, mais tout de même… Une dame me frôle en imprimant dans son sillage les mouvements d’une nage admirable quoique originale, qu’une sirène n’aurait guère mieux faits. Une autre me laisse même dans les narines l’odeur veloutée d’un parfum ou de quelque produit cosmétique aux senteurs plutôt bien formulées (c’est fou ce que les gens peuvent sentir, même dans l’eau). Je me retourne dans l’espérance que la douceur de cette fagrance soit aussi celle de la nageuse qui l’accompagne, mais le sport n’ayant toujours pas révélé ses vertus de guérisseur miraculeux de la myopie, je ne vois absolument rien qu’une forme qui s’éloigne de moi en remuant les bras.

Il faut le vouloir quand même, pour venir s’agglutiner pendant trois quarts d’heure dans un bassin d’eau chlorée… J’espère au moins que ça va finir par me les réveiller, mes pectoraux de gringalet.

38ème citation du jour

mars 26, 2008

Confiance, courage et patience.

Et, doté de ces trois forces, se convaincre que rien n’y résiste.

 

Ecrire

 

Printemps

mars 21, 2008

Printemps
 

Humeur : douce
Vitalité : trio gagnant (piscine – flunch – sieste)
Envie : de me replonger ce soir dans l’écriture

Adieu Hiver.

Hiver infâme, plongé dans l’obsurité tremblante des nuits sans fin et des jours trop courts. Adieu Hiver, dégoulinant d’une humidité pénétrante et suitant d’une fièvre grise.

Voici venu le Printemps, et avec lui toutes les réjouissances qui l’accompagnent.

Derrière moi s’éteint lentement le souvenir des souffrances passées et s’efface peu à peu la trace des expériences douloureuses. Et devant moi, dans le contre-jour naissant d’un soleil qui revit, se dessine lentement l’espérance de jours meilleurs et la perspective d’un peu de chaleur.

Au dehors les choses, que les couleurs de la vie viennent envelopper à nouveau, sont comme les images d’un monde coloré dont on a peine encore à croire qu’elles sont la réalité. Le Printemps est un oiseau multicolore, il est comme ce rêve qui se pose enfin sur le sol et y répand les lueurs embryonnaires de l’Eté.

Il y aura l’odeur brute de la fumée du bois qui crépite et celle de la viande qui grésille sur la grille. Il y aura les brins d’herbe chatouillant la peau pour les encas au soleil. Il y aura la douceur d’une existence insouciante, qu’enveloppent des journées délicieuses, désireuses de grignoter peu à peu des minutes sur les nuits affaiblies.

Adieu Hiver.
Voici venu le Printemps, et avec lui toutes les réjouissances qui l’accompagnent.   

37ème citation du jour

mars 21, 2008

« On devrait toujours écrire comme à un vieil ami. »

Jean-Claude Pirotte

 Pourrais-je dire « On devrait toujours écrire », tout simplement ?

MR2

Humeur : secouée
Vitalité : record annuel de grasse matinée
Envie : de pas grand-chose d’autre
 

Aller seul au cinéma est pour moi une chose très peu courante, même si je me lamente régulièrement de ne pas prendre assez de temps pour aller découvrir les dizaines de films que je souhaite aller voir au cinéma. « MR73 » vint comme le prétexte idéal pour renouer avec cette solitude.

Lorsque je me risque à écrire sur un film aussi marquant que « MR73 », j’hésite à y renoncer au bout de trois lignes, car à bien y réfléchir, vouloir commenter des grandes œuvres c’est risquer de dénaturer les sentiments qu’on éprouve à leur égard.

Voir « MR73 », c’est accepter d’avoir le ventre serré pendant deux heures d’une expérience noire, où viennent mourir les éclaboussures rouges d’une histoire abominable. Lumière blafarde, univers plongé dans une obscurité morbide, « MR73 » me rappelle justement ma dernière lecture, comme s’il était un peu ce « Voyage au bout de la nuit », porté au cinéma.

Force est de reconnaître la puissance d’évocation qu’Olivier Marchal a déployé dans « MR73 ». Tout comme le réalisateur l’avait fait avec beaucoup de talent dans « 36 quai des orfèvres », c’est à partir de son expérience au sein de la police dans les années 80 qu’Olivier Marchal a construit son film. Mais autant dire que face à « MR73 », « 36 » n’est qu’une petite promenade au parc Astérix. On ne sait pas trop pourquoi, on ne sait jamais l’expliquer, mais « MR73 » fait partie de ces films traumatisants qui fascinent.

Au cœur de cette fascination, la brillantissime prestation d’un Daniel Auteuil écorché, saisissant, totalement investi dans le rôle principal de Louis Schneider. Et autour de lui, une mise en scène qui prend à la gorge, une photographie qu’un « Seven » n’aurait pas mieux rendu, une ambiance musicale lugubre, servant le film avec une efficacité redoutable (B.Coulais). Fidèle aussi à ses acteurs, Olivier Marchal poursuit avec Francis Renaud, Gerald Laroche et sa propre épouse, Catherine Marchal. Et le tout fonctionne terriblement bien, dans cette lente descente aux enfers que plusieurs nuits de sommeil ne suffisent point à oublier.

Ames sensibles s’abstenir.

MR1

 

      

Et si, et si…

mars 12, 2008

Humeur : vexé
Vitalité : après-midi difficile (welsch-frites au déjeuner)
Envie : qu’un peu de talent vienne me sauver

Lorsqu’on est petit garçon, on ne sait pas bien ce que c’est, que d’être adulte. On est loin d’imaginer toutes les épreuves qui patientent au bord du chemin, en attendant qu’on passe devant pour nous sauter dessus. Plus on grandit, plus on a l’impression que la vie n’est qu’une succession d’obstacles. Plus on grandit, plus on se dit qu’elles sont passées trop vite, toutes ces années où l’on était petit. Et si, et si…

Et si on refaisait tout à l’envers, pour revivre toutes ces choses si vite écoulées entre nos mains ?

Je me déciderais à épouser ma femme, convaincu que nous serions prêts pour cela, et confiant en l’avenir. Je décrocherais mon diplôme d’Ingénieur et intégrerais une grande société, investi d’un peu de naïveté et de beaucoup de bonne volonté (ou l’inverse). Je passerais cinq années insouciantes, vivant de tout et de rien aux cotés de mes amis dans des appartements sans dessus dessous, révisant nos exams la clope au bec après deux ou trois platées de pâtes trop cuites (avec beaucoup de fromage râpé dessus). Du jour au lendemain je deviendrais un homme (un vrai). Je passerais mon Bac « S  option bio », la peur au ventre, priant pour que les mathématiques ne soient pas mon naufrage. La philosophie me fascinerait après avoir fait une irruption un peu brutale dans ma vie de lycéen. Je connaîtrais mes premières passions amoureuses, aussi exaltantes que fatales, m’incitant sans cesse à prendre ma plume pour exorciser mes démons (naissance de l’écriture). Je me laisserais bercer par l’existence avec mes acolytes du lycée, à fumer quelques pétards (pardon papa, pardon maman, mais c’est l’âge qui voulait ça) et à écouter de la musique des nuits entières. Je gratterais mes premiers airs de Nirvana à la guitare, et du Téléphone, aussi. Je brillerais au brevet des collèges, avec des notes à deux chiffres partout (sans exception). Ces années seraient celles du biactol, du champooing antipelliculaire, du carnet de discipline et des copains et copines : sans compter. Un soir dans ma chambre je penserais à une jolie fille du collège, très fort. Je connaîtrais mes plus belles années avec mon meilleur ami, à toucher à tout et à rien (à vivre). Des jeux en tout genre, des escapades en vélo-cross, du cerf-volant, de la cuisine improbable, sucrée, salée, sucrée-salée, des maquettes d’avions, de bateaux et d’hélicoptère, des figurines minuscules à peindre, du bricolage maladroit, des bêtises, des pétards qui explosent dans les bouses de vache et tant d’autres choses encore (ça s’entasse dans le cerveau, tous ces souvenirs éternels). Je perdrais ma grand-mère, et ce serait un peu la fin de la vie, même pour moi (quelle injustice…). J’embrasserais pour la première fois (elle s’appelait Ludivine), avec la langue s’il vous plaît, et je trouverais cela dégoûtant, mais je serais terriblement amoureux. Amoureux aussi de ma prof de musique (mais je ne serais pas le seul). Je serais terrorisé par « Monsieur », ses fractions, ses divisions et ses craies qui hurlent au tableau. Je voudrais me marier avec la petite nouvelle, Hélène, qui a la peau douce et de si beaux cheveux. Je traverserais la France du sud vers le nord. Il y aurait tous les mômes du quartier (et du soleil, rien d’autre). Des cultures de têtards dans des bouteilles en plastoc qui finissent par puer la mort sur la terrasse. J’arriverais à faire du vélo sans les mains (mon menton s’en souviendrait malgré tout) et frôlerait le désastre en mettant le feu au champ du voisin. Je serais le « premier des garçons » à l’école, et ferais mes premières gammes au piano (madame Piolet : mes hommages retentissants).

Le sable de la plage (immense) serait brûlant sous mes petits pieds mais je ne m’en soucierais guère. Je jouerais pendant des heures, nu sur la plage, et le temps ne serait rien pour moi (absolument rien). Le soleil taperait sur ma nuque noircie, mais je serais invincible. Je grimperais sur les obstacles. Les murets, les murs, les pans de murs, les rochers. Je soufflerais dans l’harmonica, accroupi sur mon pot. Je passerais mon temps à régurgiter mes repas et à crier la nuit pour qu’on s’occupe de moi. Et enfin je taperais des pieds contre le ventre qui me nourrit depuis des mois en essayant de crier :

« J’en ai assez d’être dans le noir ! Laisse-moi sortir, maman, laisse-moi sortir. Il y a toutes ces choses-là, qui m’attendent… »