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juin 28, 2008

Tout a un commencement.

Tout a une fin.

Voilà deux années écoulées pendant lesquelles j’ai consacré des heures entières à choisir mes mots pour les offrir par le biais de ce cher « blog », à ceux et celles qui, papillonnant sur l’immensité du Net, ont bien voulu venir poser leurs ailes ici quelques instants : merci infiniment pour ces précieux moments. Merci pour vos indifférences, vos réactions et encouragements qui furent pour moi autant de jalons qui ont permis à mon écriture de prendre peu à peu son ampleur.

Car finalement, il n’était pas tant question ici de cinéma, de musique ou de théâtre, que d’écriture, tout simplement. Musset avait susurré « Qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse ». Quant à l’écriture, dont le cœur battait chaque jour sur l’art niak, peu importait le thème abordé, tant qu’il y avait la passion des mots. Passion intense, exigeante, colorée, instable, source profonde alternativement de bonheurs et de doutes.

Ecriture, je t’aime, je te respecte, tu me fais vivre.

Je vois à quel point tu as évolué en vingt-quatre mois, au travers des 187 articles sur lesquels tu as eu droit de vie, et de mort. Il y a encore, parsemés ici et là, quelques ébauches dont tu n’as pas voulu, ni moi d’ailleurs. Ces ébauches s’éteindront lentement, où renaîtront d’un second souffle ailleurs, peut-être. Je constate le fascinant pouvoir que tu as exercé sur moi, m’incitant sans cesse à explorer et à travailler les différentes formes littéraires dont tu voulais te parer. Aujourd’hui je suis habité par un goût profond pour le sens du mot ou de l’expression justes. Aujourd’hui je suis investi d’une exigence littéraire, que je n’avais pas il y a deux ans. Mais après tout, à y regarder de plus près, grâce à toi j’ai fait des progrès, et inversement.

S’il y avait un seul article à garder ? Non, ce serait trop difficile. Ce serait même une souffrance, une torture, que de se forcer à cela. L’art niak est une structure, sur laquelle chaque organe est venu se fondre, petit à petit. Ne lui enlevez ni son cœur, ni son âme, car tous deux ont égale importance dans l’acte d’écriture. Ne lui ôtez ni sa sphère cartésienne, encore moins sa dimension artistique. Ne le privez point de ses jambes, sans lesquelles il n’aurait pu faire tout ce chemin, ni moins de ses mains, qui ont façonné tant de choses ici.

L’art niak est un univers. Au début il n’était rien. Rien qu’un jeu de mots, synthétisant justement le sens artistique que je souhaitais lui donner dès le début, et les origines asiatiques auxquelles je suis attachées, à défaut de prendre réellement le temps de les cultiver. Il semblerait d’ailleurs que j’aie hérité de ce grand-père vietnamien que je n’ai jamais connu, la même passion des mots.

Tout a un commencement.

Tout a une fin.

Même les plus belles phrases, aussi douces soient-elles pour celui qui les lit, et aussi vitales pour celui dont elles proviennent.

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Humeur : secouée
Vitalité : record annuel de grasse matinée
Envie : de pas grand-chose d’autre
 

Aller seul au cinéma est pour moi une chose très peu courante, même si je me lamente régulièrement de ne pas prendre assez de temps pour aller découvrir les dizaines de films que je souhaite aller voir au cinéma. « MR73 » vint comme le prétexte idéal pour renouer avec cette solitude.

Lorsque je me risque à écrire sur un film aussi marquant que « MR73 », j’hésite à y renoncer au bout de trois lignes, car à bien y réfléchir, vouloir commenter des grandes œuvres c’est risquer de dénaturer les sentiments qu’on éprouve à leur égard.

Voir « MR73 », c’est accepter d’avoir le ventre serré pendant deux heures d’une expérience noire, où viennent mourir les éclaboussures rouges d’une histoire abominable. Lumière blafarde, univers plongé dans une obscurité morbide, « MR73 » me rappelle justement ma dernière lecture, comme s’il était un peu ce « Voyage au bout de la nuit », porté au cinéma.

Force est de reconnaître la puissance d’évocation qu’Olivier Marchal a déployé dans « MR73 ». Tout comme le réalisateur l’avait fait avec beaucoup de talent dans « 36 quai des orfèvres », c’est à partir de son expérience au sein de la police dans les années 80 qu’Olivier Marchal a construit son film. Mais autant dire que face à « MR73 », « 36 » n’est qu’une petite promenade au parc Astérix. On ne sait pas trop pourquoi, on ne sait jamais l’expliquer, mais « MR73 » fait partie de ces films traumatisants qui fascinent.

Au cœur de cette fascination, la brillantissime prestation d’un Daniel Auteuil écorché, saisissant, totalement investi dans le rôle principal de Louis Schneider. Et autour de lui, une mise en scène qui prend à la gorge, une photographie qu’un « Seven » n’aurait pas mieux rendu, une ambiance musicale lugubre, servant le film avec une efficacité redoutable (B.Coulais). Fidèle aussi à ses acteurs, Olivier Marchal poursuit avec Francis Renaud, Gerald Laroche et sa propre épouse, Catherine Marchal. Et le tout fonctionne terriblement bien, dans cette lente descente aux enfers que plusieurs nuits de sommeil ne suffisent point à oublier.

Ames sensibles s’abstenir.

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I.n.s.p.i.r.a.t.i.o.n

décembre 17, 2007

Et quoi ?

Je n’arrive pas à trouver mes mots ces temps-ci, comprenez-vous ?

Vous imaginez, vous, perdre la parole, là, maintenant, comme moi je perds mes mots ?

Pourtant ce n’est pas l’envie qui me fait défaut, ni les sujets d’ailleurs. Que deviennent mes sujets favoris depuis si longtemps endormis ?

Bande dessinée : j’ai découvert le sublime « Là où vont nos pères » (Shaun Tan), un auteur qui semble lui aussi avoir perdu l’usage de ses mots. Réalisée avec une minutie hors norme pendant deux ans, cette oeuvre à la portée universelle, servie par un dessin d’une finesse invraisemblable, nous emmène sans un seul mot, mais avec toutes les émotions qu’un coup de crayon peut révéler en nous, sur le chemin d’un homme quittant sa famille pour trouver du travail dans un monde qui lui est totalement étranger. Un symbole puissant de tolérance et d’ouverture, « un hommage à ceux qui ont fait le voyage ».

Shaun1

Shaun2 Shaun3

Figurine : sur mon bureau de droite, je vois mon hussard ailé, encore amputé d’un bras, me fixant de ses yeux de plomb. J’arrive, camarade, j’arrive…

Théâtre et Improvisation : l’année dernière fut celle de la rencontre, cette année celle de l’étreinte. Et qui trop embrasse mal étreint, n’est-ce pas ? Bien que je n’aie pas vraiment la main verte, je préfère cultiver mon petit jardin secret de l’improvisation, conscient que mes chroniques théâtrales, moins fréquentes car en perte d’intensité, inspirent moins de sympathie à mes nouveaux collègues improvisateurs que l’année dernière, à la même période. Aucune émotion ne peut se reproduire telle quelle à plusieurs reprises dans une existence : loi universelle et implacable sans laquelle les doux souvenirs du bonheur ne sauraient exister.

Cinéma : le vide total, depuis « Ratatouille ». Mais ça fait du bien d’être une star de cinéma, le temps d’un dessin animé…

Rémy le rat

Musique : aurais-je encore le courage de marteler les esprits avec l’œuvre Radiohead ?

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Je n’arrive pas à trouver mes mots ces temps-ci, comprenez-vous ?

Ah si… Je travaille sur un nouveau projet d’écriture. L’idée m’est venue comme cela, un après-midi, comme une soudaine révélation. C’est cela qui me passionne dans l’écriture, cet instant sublime où une idée me traverse l’esprit, m’incite à prendre un bout de papier et à écrire quelques lignes de ce qui constitue l’amorce d’un nouveau texte.

En vérité, j’ai beau posséder aujourd’hui une belle amorce, enrichie en quelques semaines par huit autres pages élevées plus ou moins à mon niveau d’exigeance, je n’ai à ce jour en tête ni aucun titre, ni aucun dénouement. Situation qui me rend aussi perplexe qu’inquiet, croyez-le bien, mais après tout, prions tous que la conclusion de ce projet qui me tient à coeur, me vienne comme m’est venue sa naissance, délicieuse et inattendue.

Alors voilà, c’est l’histoire de…

Un an déjà ! Le temps est un géant qui avance à grands pas sur l’échelle de l’existence, et cette année s’est écoulée pour moi comme un battement de cil. Belle occasion que ce 28 juin 2007 pour lever la tête du clavier, relever les compteurs et faire le bilan de ces 365 jours de passion.

Relevé des compteurs

103 articles ont été publiés sur l’art niak, soit environ 2 articles par semaine en moyenne, visionnés au cours de 16 827 visites (46 par jour en moyenne, pointe à 540).
111 commentaires sont venus faire vivre ces billets.
Mon article « Sexblog » est bien évidemment le plus consulté de l’art niak (1 419 visionnages), preuve concrète que les mots clés les plus recherchés sur les moteurs de recherche sont à connotation sexuelle !

Ce qui m’a traumatisé

Je me suis rendu compte très récemment que je confondais depuis des années et en toute impunité Paul Verhoeven et David Cronenberg, en d’autres termes je pensais que « Basic Instinct », « Total Recall », « Robocop » d’une part, « La mouche », « Existenz » et « Crash » d’autre part, étaient du même homme. Confusion pardonnable pour le commun des mortels me direz-vous, mais profondément traumatisant pour le mortel cinéphile que je suis.

Le jour où m’a stagiaire m’a expliqué sans honte aucune qu’elle n’avait jamais vu « Pulp Fiction » d’une part, et qu’elle venait de comprendre que Anakin Skywalker était le futur Dark Vador d’autre part, m’a secoué. Toujours dans le domaine de Star Wars, ma femme a comparé un jour mon sexe à Jabba The Hutt. Que ce personnage soit une grosse et répugnante limace baveuse qui finit étranglée par les chaînes de sa belle esclave en bikini, voilà qui me fait parfois réfléchir au réel dessein de mon épouse.

Jabba

Ce qui m’a passionné

Beaucoup de choses, bien évidemment, puisqu’il n’y a point d’écriture sans passion. Mon goût pour le cinéma ne cesse de s’affirmer : sur le grand écran, « Babel » et « Je vais bien ne t’en fais pas » m’ont bouleversé, « La cité interdite » m’a subjugué et « 300 » m’a profondément secoué.

Dans le domaine de la bande dessinée, l’année a été marquée par la découverte de l’œuvre « Murena » au travers de son premier cycle et dont je découvre en ce moment la suite. Les deux tomes de « Toxic planet » ont égayé ma bibliothèque et « Chevaliers dragons » entre contre toute attente dans mon panthéon des bulles.

J’ai assisté à mon premier concert de Radiohead à Rock en Seine, après dix ans de passion pour ce groupe hors du temps. Soirée marquée à l’encre indélébile dans mon esprit de musicien. Ce même soir je me passionne pour Grand Corps Malade. Son inspiration, sa sincérité et son sens artistique sont aujourd’hui pour moi une grande source d’admiration. Enfin, je me suis rendu compte qu’à chaque écoute, le solo de guitare de « The wall » des Pink Floyd est un des moments de musique qui me fait le plus vibrer au monde.

Yorke

Théâtre, enfin et pour finir, puisque l’improvisation a changé ma vie, elle m’a prit dans ses bras, m’a enserré avec fougue et offert un voyage intense hors du temps, coloré, joyeux et dont le seul carburant était le bonheur. Le bonheur de s’ouvrir aux autres, de rire, d’oublier, d’apprendre, de s’envoler, de se sentir être. Mon spectacle de fin d’année fût l’une des expériences les plus intenses que j’aie pu vivre en l’espace de vingt-huit ans. L’improvisation n’est peut-être qu’une étape, une porte d’entrée, mais elle m’a insufflé le goût de la comédie.

What else ?

J’avais fait des catégories Dessin, Figurines, Improvisation et Ecriture les quatre piliers de l’art niak. Force est de constater que le dessin ne fait malheureusement plus partie de mon univers. Pour l’instant du moins. La révélation de Grèce, il y a un peu plus d’un an, s’était suivie de quelques très beaux coups de crayon. Mais je me suis retrouvé un beau jour dépourvu de toute inspiration, comme si le dessin avait été une énergie furtive m’ayant traversé comme un don magique… Peut-être que ce souffle me reviendra un jour.

Ma passion pour la figurine s’est aussi essoufflée. Activité trop répétitive à mes yeux, m’ayant incité à fréquenter des concours où le même petit groupe, dont j’ai fait partie à ma manière un certain moment, avait pour habitude de s’auto-congratuler, donnant aux médailles un goût amer, surtout lorsqu’elles m’échappaient assez injustement…

L’écriture est toujours le fil de mon existence. Plus que jamais. L’art niak m’a permis de donner des ailes à mon écriture et surtout, suprême récompense, de trouver des lecteurs, des lectrices, dont certains m’ont témoigné un très chaleureux soutient. Merci infiniment à cette poignée de fidèles dont la seule présence suffit à m’insuffler la détermination de poursuivre dans cette voie.

J’ai appris, j’ai compris que le talent ne s’invente pas.

Il ne s’achète pas, il ne se dérobe pas, il ne se provoque pas.

L’inspiration est un souffle qui me traverse par moments et me donne l’énergie de la création. Le temps d’un mouvement de stylo sur ma page blanche, ou l’instant d’un geste et d’une réplique, sur scène. Je sais pertinemment que lorsqu’une agitation s’empare soudain de moi, qu’il m’est vital de prendre un bout de papier pour écrire, je sais alors que cette énergie m’appartient.

L’art niak est pour moi une clé de lecture qui m’a permis de faire le bilan concret de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent de mon existence et la manière dont se profile mon futur. C’est par conséquent une manière de bâtir à mes pieds le chemin de l’art, marche après marche, pierre après pierre, alimentant ainsi une détermination profonde et intime de vouloir être meilleur chaque jour qui passe.

 

 

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Stuntman Mike, un homme mystérieux au volant d’un sombre bolide, traque des jeunes femmes et attend patiemment de pouvoir les tuer. Quatre femmes qui échappent à la mort décident de poursuivre l’homme et se venger.

Ca décoiffe, c’est le moins que l’on puisse écrire. Car il n’y a que les grandes œuvres qui ne laissent indifférents, et à coup sûr pour « Boulevard de la mort » Tarantino sera soit adulé, soit haï mais moi j’adore car cette œuvre m’a sacrément secoué et si j’aime le cinéma c’est bien pour ce pouvoir qu’il a de me marquer. Le projet « grindhouse » est le fruit d’un travail réalisé conjointement par Tarantino et son compère Robert Rodriguez. Le terme grindhouse fait référence aux salles de cinéma américaines qui projetaient il y a une vingtaine d’années des films de genre (kung-fu, horreur etc.) mêlant souvent violence et érotisme, en deux projections successives. L’œuvre Grindhouse de Tarantino-Rodriguez est donc un diptyque dont « Boulevard de la mort » est le premier volet, et dont le second « Planet terror » sortira à la rentrée, les deux films étant totalement indépendants l’un de l’autre. Copies rayées, scènes volontairement amputées, Tarantino et Rodriguez poussent à bout le concept pour faire revivre avec le plus d’intensité leur passion des vieilles « séries B ». Cela donne l’occasion de s’interroger sur la nature d’une série B : il s’agit, en terme cinématographique, d’un film au budget limité qui comporte par conséquent plusieurs imperfections. Le terme « série Z » lui désigne le même type de films mais de très mauvaise qualité : montage bâclé, erreurs techniques, mauvais acteurs etc.

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Plus précisément, « Boulevard de la mort » est un road-movie hommage au « slasher », dans lequel un tueur psychopathe massacre méthodiquement chacun des protagonistes. Mais bien évidemment dans « Boulevard de la mort », Tarantino y ajoute sa patte et fait mouche. Dialogues aux petits oignons entre personnages féminins quoique traînant parfois en longueur : à ce titre, le film est presque un « film de femmes ». Ambiance savoureuse, typée et surtout personnages ultra marqués. Ainsi Kurt Russel revit : l’acteur est magistralement effroyable dans son rôle de Stuntman. Des visages de femmes sont familiers. Ainsi Pam (Rose McGowan) n’est autre qu’une des sœurs Halliwell de la série « Charmed », Abernathy (Rosario Dawson) est un personnage de « Sin City » (Rodriguez – 2005) et enfin certains reconnaîtront dans les traits de la délicieuse Lee (Marie Elisabeth Winstead) l’héroïne de « Destination finale 3 » (Wong – 2006). Oui, toutes mes références ne sont pas forcément très avouables, mais après tout un cinéphile se doit de s’ouvrir à tous les cinémas…

Quentin Tarantino s’offre lui-même un second rôle plutôt réussi. Et d’ailleurs « Boulevard de la mort » est parsemé de références, délicieuses pour celui qui sait les saisir au vol (j’avoue qu’une ou deux m’ont totalement échappé malgré tout…). Ainsi la Chevy Nova au volant de laquelle Stuntman sévit est la même que conduisaient Vincent et Jules dans « Pulp Fiction » (Tarantino – 1994), la sonnerie téléphonique de Pam n’est autre que le sifflement de « Can’t hardly stand it » de la BO de « Kill Bill » (Tarantino – 2003) et le cinéaste remet en scène les deux flics texans de « Kill Bill ». Zoe Bell, enfin, qui joue son propre rôle, est la doublure d’Uma Thurman dans « Kill Bill » !

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Bref, un nouvel incontournable de ce créateur fou et sans limites qu’est Quentin Tarantino. Comme dans tous les films du cinéaste, la violence est très présente dans « Boulevard de la mort ». Une violence profonde, intense, concentrée. Une violence tant visuelle que psychologique, ce qui est bien plus traumatisant. Mais finalement comme dirait mon père « on ne sait plus trop si c’est du 3ème ou du 4ème degré ». Oui, « Boulevard de la mort » est un peu un film de malade. Mais ne boudons pas notre plaisir, car seul le cinéma peut nous nourrir de tels instants.

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Il y a plus de 2 000 ans en Asie, un souverain puissant règne sur l’un des sept royaumes de Chine. Trois combattants, « Lame brisée », «Flocon de neige » et « Ciel étoilé » projettent de l’assassiner, pour supprimer ses désirs de conquête pour unifier le pays. Un homme sans nom prétend avoir tué les trois assassins et se présente un jour devant le souverain pour en faire l’étonnant récit.

S’il y a une chose que j’aime par-dessus tout lorsque je reviens dans la maison de mes parents à Metz, trois à quatre fois par an, c’est consacrer quelques délicieuses minutes à fouiller dans les grandes bibliothèques familiales. Parfois je pars à la découverte des livres de poches, d’autres fois je me plonge dans les vieilles BD de l’étroit couloir de l’étage, ou d’autre fois encore j’incline la tête au dessus du téléviseur pour lire les titres de DVD, avide d’une trouvaille cinématographique dont mes parents cultivent la passion avec pérennité. Et c’est à l’occasion de mes dernières explorations que mes mains curieuses ont pu extraire de l’étagère blanche le petit boîtier poussiéreux de « Hero ». Certes, la couverture du DVD n’avait rien de bien excitant au premier abord, constat étant fait du style kitchissime dont peuvent faire preuve les asiatiques, que ce soit pour une affiche de cinéma, la pochette d’un album ou la déco d’un sachet de nouilles.

M’appuyant malgré tout sur la fierté de mes origines vietnamiennes et convaincu que l’ouverture à une culture implique l’acceptation de ses cotés les moins attrayants, mon regard se fixa quelques instants sur « Zhang Yimou ». Le nom du cinéaste me remémora immédiatement les émotions procurées par son dernier chef d’œuvre « La cité interdite » (2007). Je n’hésitai pas un seul instant à subtiliser provisoirement le DVD du foyer paternel, réjoui à l’idée de pouvoir découvrir « Hero », plus vieux de quatre ans par rapport à « La cité interdite ».

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Mon goût pour le cinéma s’affine d’année en année et ma sensibilité pour cet art grandit de jour en jour. Avec l’expérience des « petits » et des « grands » films, ce jugement n’étant que celui de mes propres goûts, je sais qu’il y a de fortes chances qu’un film me plaise si ses premiers instants savent capter mon attention. Ceux de « Hero » m’ont hypnotisé. Même si cette image n’est pas tout à fait à mon goût, on dit que « Hero » est un peu un film de Capes et d’épées, mais à la chinoise. Grand film de légende chinoise, à la fois romantique et cruel, « Hero » se construit autour du récit d’un combattant Sans Nom (Jet li) venu trouver le roi pour lui conter comment il a vaincu les trois guerriers désirant sa mort.

Histoire de duels donc, dans des décors somptueux de Chine où chaque combat, chaque chorégraphie est un tableau de maître d’un esthétisme poussé : Zhang Yimou est un peintre qui aime la couleur en mouvement. La nature aussi, les éléments qui la constituent, le vent, l’eau et le sable occupent une place unique dans le film. Une sublime scène de combat en lévitation au dessus des eaux limpides d’un lac, notamment, est d’une rare beauté. La bande originale signée par Tan Dun est magistrale. Lyrique et envoûtante, elle invite dans la modernité les sonorités asiatiques les plus anciennes et enveloppe à merveille le déroulement du récit.

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Pour donner vie à cette fascinante légende, Zhang Yimou s’est entouré de stars du cinéma chinois : outre Jet Li, Tony Leung Chiu-Wai, Maggie Cheung Man-Yuk et l’irrésistible Zhang Ziyi (« Tigres et dragons » Ang Lee – 2000, « Mémoires d’une geisha » Rob Marshall – 2006).

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Voilà un film qui s’approprie un petit coin privilégié de mon esprit pour ne jamais s’en échapper. Il rejoint, dans ma petite cinémathèque asiatique sa petite sœur « La cité interdite » ou encore l’œuvre majeure signée Akira Kurosawa, que mon père m’a fait découvrir, l’imposant « Ran » (1986), incroyable épopée samouraï dans le japon médiéval.

Ran

 

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– 480 avant J.C. Le Grand Roi perse Xerxès Ier envahit la Grèce. Pour retarder l’avancée de l’ennemi, le roi de Sparte Leonidas Ier à la tête d’une poignée de courageux guerriers, barre la route de la gigantesque armée de Xerxès au passage des Thermopyles. Un des plus célèbres affrontements des guerres médiques est sur le point de débuter.

L’adaptation de la bande dessinée de Frank Miller

« 300 » est à l’origine, au même titre que « Sin City », un comics ou plus précisément ce que les spécialistes du genre ont l’habitude de désigner comme un « roman graphique », terme manifestement plus adapté pour désigner le caractère conceptuel de ce type particulier de bande dessinée pour adultes.

Pour cette adaptation au grand écran, Zack Snyder a opté pour une transposition la plus fidèle possible, reportant même à l’écran de manière quasi-identique la plupart des scènes du roman graphique. Certes ce parti pris implique d’importantes conséquences visuelles qu’aucun film « classique » ne pourrait supporter, parfois même la sensation d’une image de bande dessinée dynamisée dans l’énergie d’une scène de cinéma déstabilise autant qu’elle fascine. Mais la gymnastique est, il faut le reconnaître, sacrément maîtrisé par le réalisateur, manifestement passionné par l’histoire de l’héroïsme des spartiates. Les effets spéciaux, baignant dans une atmosphère indescriptible servent parfaitement le récit des 300, flirtant constamment avec l’excès sans jamais l’atteindre un instant : la puissance maîtrisée.

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D’une certaine manière, il y a dans « 300 » un petit arrière goût de « Gladiator » (James Cameron, 2000), mais jamais sans regret : ce doit être, à n’en pas douter, l’effet péplum et super héros antique. On aurait pu voir un Russell Crowe se débattre contre les perses en lieu et place de l’imposant Gerard Butler. Mais ce dernier ne vole pas sa place. Sous une plastique sculpturale, à la manière des statues antiques, Butler dégage une assurance, une force et un charisme qui lui rendent le rôle du roi Léonidas parfaitement légitime.

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Quant au sanguinaire Xerxès de Zack Snyder, élancé personnage androgyne piercé de part en part, à mille lieux du Xerxès de Rudolph Maté (« The 300 spartans », 1962), on comprend aisément qu’il n’ait pas du tout fait l’unanimité dans le coeur des perses modernes que sont les iraniens…

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Farrar

 

Il y a 2500 ans, en Grèce…

L’enthousiasme et la satisfaction que génère l’expérience de « 300 » ouvre les portes de l’histoire antique et m’amène à m’intéresser aux spartiates, aux perses et à l’affrontement des Thermopyles : vaste sujet. La bataille des Thermopyles est un épisode bien documenté de l’antiquité, et les lignes suivantes en proposent un aperçu synthétique.

En -481 avant JC Xerxès Ier, puissant roi perse de l’Empire Achéménide, poursuit l’expansion amorcée par son père Darius. Après avoir soumis l’Egypte, Xerxès prépare l’invasion de la Grèce et s’apprête à lancer plus de 200 000 hommes contre les grecs. L’alliance des cités grecques confie le commandement des troupes à Léonidas Ier, roi de la puissante cité de Sparte, mais à l’aube de l’an -480, la ligue défensive piétine, offrant aux perses l’opportunité d’envahir la Thessalie. Devant l’écrasante supériorité numérique de l’armée perse et alors que la flotte grecque fuit l’affrontement, Léonidas fait route vers le seul passage reliant la Thessalie à la Locride, zone riche en sources d’eau chaude, les Thermopyles (« portes chaudes »). Le millier de grecs menés par Léonidas comptent tirer parti des dimensions réduites des Thermopyles dont la largeur minimale n’excède pas dix mètres. Mais un certain Ephiatès trahit les grecs en dévoilant à Xerxès le moyen de prendre Léonidas à revers. Le roi spartiate, entouré par ses 300 puissants guerriers hoplites oppose une résistance héroïque face aux perses et incite le reste de la Grèce à se soulever contre Xerxès. Alors que les perses comptent 20 000 pertes aux Thermopyles, les « 300 » finissent par céder et Xerxès ordonne leur massacre.

Les « immortels » (ou plus précisément les Mélophores) visibles dans le film et qu’affronte Léonidas ont réellement existé. Ces soldats d’élite d’origine noble, constituaient la garde personnelle du roi perse. Au delà du nom d’immortel dont on peut croire qu’il devait susciter la crainte, en réalité chaque Mélophore manquant à l’appel pour cause de maladie ou de mort était immédiatement remplacé de telle sorte que l’unité comporte à tout instant ses 10 000 hommes. Les immortels surpassaient tous les autres types de troupes par leur magnificence, leur luxe et une opulence imposant le respect, a tel point qu’à la conquête de l’Empire Achéménide par Alexandre le Grand un demi siècle plus tard, ce dernier décide de préserver l’unité pour la prendre à son service.

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Le cinéma de demain

« 300 » est un grand film musclé, un péplum boosté de modernité. Film d’hommes, sanglant et viril et globalement il aurait aussi bien attiré les foules qu’avec des filles à demi nues se trémoussant devant de grosses cylindrées. Certes les puristes crieront au scandale devant ce long métrage tourné sur fond bleu qui n’existerait pas sans l’image de synthèse.

Mais « 300 » est sans aucun doute un avant-goût délicieux du cinéma de demain. Esthétique, envoûtant.

 

Sources :

Site officiel

La bataille des Thermopyles

L’Empire Achéménide

Les immortels

 

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Citéinterdite

A la fin du Xème siècle, durant le règne de la dynastie Tang, l’Impératrice (Gong Li) se prépare pour le retour de l’Empereur Ping (Chow Yun-Fat), aux cotés de ses trois fils Yu, Jai et Wan (Qin Junjie, Jay Chou et Ye Liu).Au cœur du palais impérial, la Cité Interdite, l’Empereur souffre en silence de la relation de son épouse avec son beau-fils Xiang et la contraint à la prise quotidienne d’une boisson empoisonnée. Découvrant les agissements de son mari, l’Impératrice profite de la célébration de la fête de Chong Yang pour préparer sa vengeance.

Pour son quinzième film, le cinéaste chinois Zhang Yimou retrouve celle qu’il a révélée dans « Le shorgo rouge » en 1987. Retour aux sources, dans ce film superbe qui raconte dans un huis-clos aux couleurs flamboyantes de la chine médiévale, les derniers instants d’une grande dynastie. Suivant une mise en scène théâtrale aboutissant dans ses trente dernières minutes sur une profonde tragédie, « La cité interdite » est d’une grande beauté, d’un grand esthétisme : décors somptueux, costumes magnifiques, Zhang Yimoun nous émerveille. Certaines critiques pointent du doigt le déséquilibre entre l’énergie consacrée par le réalisateur à la mise en valeur visuelle de son film par rapport à la consistance de ses personnages. Cependant Gong Li, sublime de beauté et de talent, porte le film de bout en bout, et sa présence suffit à monopoliser l’attention du spectateur.

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Voilà encore ce sujet si passionnant que le cinéma nous offre, et qui me rappelle mon article « Violence » : l’homme face à son destin, « celui d’osciller en permanence entre ces deux extrémités du don de la vie et du don de la mort ».

 

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A.r.t

février 28, 2007

Ce matin une bouffée d’émotion vient soulever les premières heures de mon éveil. Et malgré un lendemain d’atelier d’écriture qui aurait pu se vivre les yeux secs et embués de fatigue, je m’élève ce matin comme imprégné d’une lucidité proche du bonheur.

La question du bonheur est une question universelle, semée d’embuches, peuplée de doutes et bordée d’innombrables ignorances. Dans le cœur de l’homme tranquille se laissant porter par l’existence comme un bouchon de liège sur l’océan, elle est inexistante. Dans celui de l’homme en proie aux variations inévitables de la vie, elle va et vient sans trop de remous. Dans celui de l’artiste, enfin, elle est omniprésente.

Car l’artiste est constamment tiraillé entre les deux extrêmes de l’euphorie et de la frustration. L’euphorie (le bonheur) d’une part, de voir en toutes choses de la vie une forme d’art, celle de pouvoir saisir le naturel, l’intuitif et d’en faire une interprétation artistique. La frustration, d’autre part, de vivre à un rythme inaltérable ces moments de doutes, d’absence d’inspiration et de vide. Car la monotonie, la normalité n’ont pas de place dans le cœur d’un artiste, il use son âme à essayer de dompter cette bête sauvage qu’est la passion. Relisons ici les mots du norvégien Henrik Ibsen :

« Vivre, c’est lutter contre les démons du coeur et du cerveau. »

Pour un homme étranger à l’art -certains diront « insensible », je dirais plus justement « malheureusement dépourvu de sensibilité »-, l’art est incompréhensible : l’artiste est risible, l’art une pratique inutile, intellectuelle.

De là où je suis, de là où je vis, de ma position de petit être traversé d’élans créatifs, artiste en herbe, l’activité artistique est un besoin vital, une sorte de carburant existentiel sans lequel je ne pourrais poursuivre mon chemin.

J’aime Chopin, j’aime Schubert. J’aime Gastinel qui joue Schubert. J’aime AC-DC, Grand Corps Malade et Michel Delpech. J’aime Goscinny et Gibrat autant que Ingres, Messonnier et Detaille. J’aime le foie gras et le steak frites.

Je ne peux me passer d’écrire, de peindre, de faire du théâtre, par boulimie sans jamais ressentir l’excès. J’aimerais savoir dessiner comme je sais écrire et comme certains savent parler.

Fluidité, cohérence, persuasion, passion.

J’aime être lu. Un jour, dans cette existence ou une autre, sur Terre ou sur Mars, j’écrirai des mots que des milliers de gens aimeront. J’aime le cinéma, je m’y rendrais tous les jours si la Terre ne tournait pas si vite sur elle-même et ferait durer les journées plus de vingt-quatre heures.

Pour l’heure je suis au bureau, en train de grignoter de longues minutes de mon travail pour satisfaire mes élans.

Biologiquement, socialement et historiquement, je suis Rémy.

Ici je suis Guybrush.

Longue vie à l’art niak.

Guerredesmondes

E.T l’extraterrestre a grandi.

Mais bon, après réflexion, il y a des choses comme ça dans la vie qui devraient ne jamais changer. Juste pour ne pas destabiliser l’ordre du monde et pour ne pas nous priver de nos vieux rêves d’enfants. Non Christopher Reeve n’est pas mort, car Superman est éternel et Zorro n’a jamais, jamais été démasqué. Oui les écoliers d’aujourd’hui utilisent toujours la colle cléopâtre et son petit bouchon-spatule et les photocopies bleutées sentent toujours autant les vapeurs d’alcool.

Et E.T aurait dû rester ce petit être fragile d’un mètre trente tout au plus.

Pourtant je ne sais pas ce qu’il est arrivé à Steven Spielberg, mais en voulant s’inspirer du chef d’oeuvre littéraire de H.G.Wells, il a détruit tout cela, il a balayé toute la magie de nos enfances émerveillées.

Cruise

Dès les premières minutes du film je sentais mon coeur tiraillé entre les deux extrêmes de la médiocrité et de l’excellence, enthousiasmé par la perspective qu’il fallait être un Spielberg pour savoir traiter le sujet universelle de la peur, de la psychose, de l’homme face à une agression de son environnement dont il n’a absolument pas le contrôle. Cette peur panique, incidieuse, sourde et profonde, à l’instar de la peur du communiste pendant la guerre froide ou celle du terroriste depuis 2001… Quant aux envahisseurs extra-terrestres, je concède que Night Shyamalan avait su le faire avec un certain talent en 2002 avec « Signes », jouant sur nos peurs les plus primaires, suscitant notre imaginaire pendant plus d’une heure avant de nous confronter à l' »image physique » de l’envahisseur dans le paroxysme des dernières minutes.

Mais dans « La guerre des mondes » tout est livré au spectateur sur un plateau-repas : Cinéma facile, prévisible, auquel il ne manque plus que le pop-corn. Film baclé, transpirant à flots les millions de dollars gâchés par un grand cinéaste à qui l’on pardonne tout. Accumulant les clichés mille fois assénés par les blocks-busters américains au détriment du scénario, ce film fatiguant et bruyant conclue sa danse ridicule sur un épilogue brutal et baclé de quinze secondes en voix-off. Et ce n’est pas Tom Cruise, certainement déjà perdu dans l’univers de la scientologie, qui aura su sauver le film de cette noyade planétaire.

noyade

Quelle déception, de la part du papa d' »Indiana Jones » et de « Rencontre du troisième type » !