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juin 28, 2008

Tout a un commencement.

Tout a une fin.

Voilà deux années écoulées pendant lesquelles j’ai consacré des heures entières à choisir mes mots pour les offrir par le biais de ce cher « blog », à ceux et celles qui, papillonnant sur l’immensité du Net, ont bien voulu venir poser leurs ailes ici quelques instants : merci infiniment pour ces précieux moments. Merci pour vos indifférences, vos réactions et encouragements qui furent pour moi autant de jalons qui ont permis à mon écriture de prendre peu à peu son ampleur.

Car finalement, il n’était pas tant question ici de cinéma, de musique ou de théâtre, que d’écriture, tout simplement. Musset avait susurré « Qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse ». Quant à l’écriture, dont le cœur battait chaque jour sur l’art niak, peu importait le thème abordé, tant qu’il y avait la passion des mots. Passion intense, exigeante, colorée, instable, source profonde alternativement de bonheurs et de doutes.

Ecriture, je t’aime, je te respecte, tu me fais vivre.

Je vois à quel point tu as évolué en vingt-quatre mois, au travers des 187 articles sur lesquels tu as eu droit de vie, et de mort. Il y a encore, parsemés ici et là, quelques ébauches dont tu n’as pas voulu, ni moi d’ailleurs. Ces ébauches s’éteindront lentement, où renaîtront d’un second souffle ailleurs, peut-être. Je constate le fascinant pouvoir que tu as exercé sur moi, m’incitant sans cesse à explorer et à travailler les différentes formes littéraires dont tu voulais te parer. Aujourd’hui je suis habité par un goût profond pour le sens du mot ou de l’expression justes. Aujourd’hui je suis investi d’une exigence littéraire, que je n’avais pas il y a deux ans. Mais après tout, à y regarder de plus près, grâce à toi j’ai fait des progrès, et inversement.

S’il y avait un seul article à garder ? Non, ce serait trop difficile. Ce serait même une souffrance, une torture, que de se forcer à cela. L’art niak est une structure, sur laquelle chaque organe est venu se fondre, petit à petit. Ne lui enlevez ni son cœur, ni son âme, car tous deux ont égale importance dans l’acte d’écriture. Ne lui ôtez ni sa sphère cartésienne, encore moins sa dimension artistique. Ne le privez point de ses jambes, sans lesquelles il n’aurait pu faire tout ce chemin, ni moins de ses mains, qui ont façonné tant de choses ici.

L’art niak est un univers. Au début il n’était rien. Rien qu’un jeu de mots, synthétisant justement le sens artistique que je souhaitais lui donner dès le début, et les origines asiatiques auxquelles je suis attachées, à défaut de prendre réellement le temps de les cultiver. Il semblerait d’ailleurs que j’aie hérité de ce grand-père vietnamien que je n’ai jamais connu, la même passion des mots.

Tout a un commencement.

Tout a une fin.

Même les plus belles phrases, aussi douces soient-elles pour celui qui les lit, et aussi vitales pour celui dont elles proviennent.

Voyage1

Humeur : reprise du boulot J-0
Vitalité : moyenne
Envie : de lumière

La première chose qui me vient à l’esprit à propos de « Voyage au bout de la nuit », c’est bien malheureusement le soulagement ressenti après l’avoir enfin terminé, ce sombre voyage. Lecture qui fut (symptôme évident d’un malaise incurable), interrompue pendant plusieurs mois, période qu’il me fut nécessaire pour trouver le courage et la curiosité de poursuivre et terminer ce premier roman très controversé de Louis-Ferdinand Céline.

Il n’y a que les grandes œuvres qui dérangent. Et à ce titre, « Voyage au bout de la nuit » peut être un chef d’œuvre littéraire, de part son audace, sa forme, son cynisme, son désespoir inhumain, son jusqu’au-boutisme grinçant. Mais comment juger ce roman si noir, si pessimiste, mais à la fois si juste, si précis dans sa vision de l’humanité ?

Les premiers chapitres du parcours de Bardamu me passionnent. Grande victime universelle, accablé de tout et de rien, traîné dans le sang d’une grande guerre qui le désespère et qu’il ne comprend pas, puis expatrié dans les bourbiers puants d’une Afrique coloniale dégoulinante de maladie et d’inutilité, le lecteur ne peut que se prendre de compassion pour ce jeune homme perdu au milieu de tout, à qui rien ne réussit et dont l’incompréhension et l’ignorance sont parfaitement broyées dans le chaos général de l’humanité.

Mais pour le lecteur que je suis, la pitié se mue lentement en désarroi puis en colère. Qu’il se remue, cet empoté, qu’il se prenne en mains, ce désespéré ! Donnez-lui une chance, à ce bonhomme qui se noie dans la naïveté, l’ignorance et la peur (de l’amour, de la mort… de l’autre, et de lui-même), sauvez-le, cet enfant effrayé de tout ! Mais rien n’y fait. Page après page, Bardamu marche lentement dans le néant, et on finit par le croire, Céline, que la vie n’est qu’un bout de lumière qui finit dans le noir. Parce qu’il a les mots, Céline, pour capter la vérité et pour nous la jeter violemment à la figure. Il transforme en phrases les pensées les plus obscènes, immorales et animales enfouies dans notre inconscient, avec une audace et une précision fascinantes. Il parle un peu de nous, à notre place, sans vraiment nous en demander l’autorisation, et nous avons le masochisme de l’encourager à continuer, en lisant ses mots. Et ingérer entièrement « Voyage au bout de la nuit », c’est un peu accepter de trouver dans son exploration de toutes les misères, quelques-unes qui nous appartiennent : ici Céline est profondément indiscret, impudique, et son lecteur pris au piège de la culpabilité et de la honte. Je ne peux nier qu’une telle force d’évocation dans l’écriture me fascine.

Et c’est là, dans son illustration du roman, que le travail de Tardi, prend une force prodigieuse. Car, à l’instar de Céline qui sait jeter ses mots sur la page comme des éclaboussures de noir sur un tableau, Tardi sait lui, en quelques coups de crayons d’une simplicité déconcertante, ébaucher une âme et même la faire vivre sous nos yeux. En posant deux points noirs sur la silhouette d’un visage, Tardi crayonne l’humanité. En quelques traits noirs au fond d’une composition, il fait vivre une industrie oppressante et nous en fait sentir la fumée et entendre le bruit incessant. L’alchimie avec les mots de Céline est telle qu’il semblerait incohérent de ne pas lire « Voyage au bout de la nuit » sans les traits de Tardi.

Tout cela est presque parfait, dans l’interprétation du dessinateur. La misère de Céline, ou plutôt celle de son Bardamu, est une fidèle transposition en images, et sa force en est mille fois décuplée. Cette association mots-images est révoltante, d’un réalisme morbide, et par conséquent elle décourage, elle révolte : elle finit par dégoûter.

Il n’y a qu’une seule chose à désirer, après avoir lu « Voyage au bout de la nuit », c’est d’en retrouver un peu, de lumière.

 

Voyage2

I.n.s.p.i.r.a.t.i.o.n

décembre 17, 2007

Et quoi ?

Je n’arrive pas à trouver mes mots ces temps-ci, comprenez-vous ?

Vous imaginez, vous, perdre la parole, là, maintenant, comme moi je perds mes mots ?

Pourtant ce n’est pas l’envie qui me fait défaut, ni les sujets d’ailleurs. Que deviennent mes sujets favoris depuis si longtemps endormis ?

Bande dessinée : j’ai découvert le sublime « Là où vont nos pères » (Shaun Tan), un auteur qui semble lui aussi avoir perdu l’usage de ses mots. Réalisée avec une minutie hors norme pendant deux ans, cette oeuvre à la portée universelle, servie par un dessin d’une finesse invraisemblable, nous emmène sans un seul mot, mais avec toutes les émotions qu’un coup de crayon peut révéler en nous, sur le chemin d’un homme quittant sa famille pour trouver du travail dans un monde qui lui est totalement étranger. Un symbole puissant de tolérance et d’ouverture, « un hommage à ceux qui ont fait le voyage ».

Shaun1

Shaun2 Shaun3

Figurine : sur mon bureau de droite, je vois mon hussard ailé, encore amputé d’un bras, me fixant de ses yeux de plomb. J’arrive, camarade, j’arrive…

Théâtre et Improvisation : l’année dernière fut celle de la rencontre, cette année celle de l’étreinte. Et qui trop embrasse mal étreint, n’est-ce pas ? Bien que je n’aie pas vraiment la main verte, je préfère cultiver mon petit jardin secret de l’improvisation, conscient que mes chroniques théâtrales, moins fréquentes car en perte d’intensité, inspirent moins de sympathie à mes nouveaux collègues improvisateurs que l’année dernière, à la même période. Aucune émotion ne peut se reproduire telle quelle à plusieurs reprises dans une existence : loi universelle et implacable sans laquelle les doux souvenirs du bonheur ne sauraient exister.

Cinéma : le vide total, depuis « Ratatouille ». Mais ça fait du bien d’être une star de cinéma, le temps d’un dessin animé…

Rémy le rat

Musique : aurais-je encore le courage de marteler les esprits avec l’œuvre Radiohead ?

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Je n’arrive pas à trouver mes mots ces temps-ci, comprenez-vous ?

Ah si… Je travaille sur un nouveau projet d’écriture. L’idée m’est venue comme cela, un après-midi, comme une soudaine révélation. C’est cela qui me passionne dans l’écriture, cet instant sublime où une idée me traverse l’esprit, m’incite à prendre un bout de papier et à écrire quelques lignes de ce qui constitue l’amorce d’un nouveau texte.

En vérité, j’ai beau posséder aujourd’hui une belle amorce, enrichie en quelques semaines par huit autres pages élevées plus ou moins à mon niveau d’exigeance, je n’ai à ce jour en tête ni aucun titre, ni aucun dénouement. Situation qui me rend aussi perplexe qu’inquiet, croyez-le bien, mais après tout, prions tous que la conclusion de ce projet qui me tient à coeur, me vienne comme m’est venue sa naissance, délicieuse et inattendue.

Alors voilà, c’est l’histoire de…

Un an déjà ! Le temps est un géant qui avance à grands pas sur l’échelle de l’existence, et cette année s’est écoulée pour moi comme un battement de cil. Belle occasion que ce 28 juin 2007 pour lever la tête du clavier, relever les compteurs et faire le bilan de ces 365 jours de passion.

Relevé des compteurs

103 articles ont été publiés sur l’art niak, soit environ 2 articles par semaine en moyenne, visionnés au cours de 16 827 visites (46 par jour en moyenne, pointe à 540).
111 commentaires sont venus faire vivre ces billets.
Mon article « Sexblog » est bien évidemment le plus consulté de l’art niak (1 419 visionnages), preuve concrète que les mots clés les plus recherchés sur les moteurs de recherche sont à connotation sexuelle !

Ce qui m’a traumatisé

Je me suis rendu compte très récemment que je confondais depuis des années et en toute impunité Paul Verhoeven et David Cronenberg, en d’autres termes je pensais que « Basic Instinct », « Total Recall », « Robocop » d’une part, « La mouche », « Existenz » et « Crash » d’autre part, étaient du même homme. Confusion pardonnable pour le commun des mortels me direz-vous, mais profondément traumatisant pour le mortel cinéphile que je suis.

Le jour où m’a stagiaire m’a expliqué sans honte aucune qu’elle n’avait jamais vu « Pulp Fiction » d’une part, et qu’elle venait de comprendre que Anakin Skywalker était le futur Dark Vador d’autre part, m’a secoué. Toujours dans le domaine de Star Wars, ma femme a comparé un jour mon sexe à Jabba The Hutt. Que ce personnage soit une grosse et répugnante limace baveuse qui finit étranglée par les chaînes de sa belle esclave en bikini, voilà qui me fait parfois réfléchir au réel dessein de mon épouse.

Jabba

Ce qui m’a passionné

Beaucoup de choses, bien évidemment, puisqu’il n’y a point d’écriture sans passion. Mon goût pour le cinéma ne cesse de s’affirmer : sur le grand écran, « Babel » et « Je vais bien ne t’en fais pas » m’ont bouleversé, « La cité interdite » m’a subjugué et « 300 » m’a profondément secoué.

Dans le domaine de la bande dessinée, l’année a été marquée par la découverte de l’œuvre « Murena » au travers de son premier cycle et dont je découvre en ce moment la suite. Les deux tomes de « Toxic planet » ont égayé ma bibliothèque et « Chevaliers dragons » entre contre toute attente dans mon panthéon des bulles.

J’ai assisté à mon premier concert de Radiohead à Rock en Seine, après dix ans de passion pour ce groupe hors du temps. Soirée marquée à l’encre indélébile dans mon esprit de musicien. Ce même soir je me passionne pour Grand Corps Malade. Son inspiration, sa sincérité et son sens artistique sont aujourd’hui pour moi une grande source d’admiration. Enfin, je me suis rendu compte qu’à chaque écoute, le solo de guitare de « The wall » des Pink Floyd est un des moments de musique qui me fait le plus vibrer au monde.

Yorke

Théâtre, enfin et pour finir, puisque l’improvisation a changé ma vie, elle m’a prit dans ses bras, m’a enserré avec fougue et offert un voyage intense hors du temps, coloré, joyeux et dont le seul carburant était le bonheur. Le bonheur de s’ouvrir aux autres, de rire, d’oublier, d’apprendre, de s’envoler, de se sentir être. Mon spectacle de fin d’année fût l’une des expériences les plus intenses que j’aie pu vivre en l’espace de vingt-huit ans. L’improvisation n’est peut-être qu’une étape, une porte d’entrée, mais elle m’a insufflé le goût de la comédie.

What else ?

J’avais fait des catégories Dessin, Figurines, Improvisation et Ecriture les quatre piliers de l’art niak. Force est de constater que le dessin ne fait malheureusement plus partie de mon univers. Pour l’instant du moins. La révélation de Grèce, il y a un peu plus d’un an, s’était suivie de quelques très beaux coups de crayon. Mais je me suis retrouvé un beau jour dépourvu de toute inspiration, comme si le dessin avait été une énergie furtive m’ayant traversé comme un don magique… Peut-être que ce souffle me reviendra un jour.

Ma passion pour la figurine s’est aussi essoufflée. Activité trop répétitive à mes yeux, m’ayant incité à fréquenter des concours où le même petit groupe, dont j’ai fait partie à ma manière un certain moment, avait pour habitude de s’auto-congratuler, donnant aux médailles un goût amer, surtout lorsqu’elles m’échappaient assez injustement…

L’écriture est toujours le fil de mon existence. Plus que jamais. L’art niak m’a permis de donner des ailes à mon écriture et surtout, suprême récompense, de trouver des lecteurs, des lectrices, dont certains m’ont témoigné un très chaleureux soutient. Merci infiniment à cette poignée de fidèles dont la seule présence suffit à m’insuffler la détermination de poursuivre dans cette voie.

J’ai appris, j’ai compris que le talent ne s’invente pas.

Il ne s’achète pas, il ne se dérobe pas, il ne se provoque pas.

L’inspiration est un souffle qui me traverse par moments et me donne l’énergie de la création. Le temps d’un mouvement de stylo sur ma page blanche, ou l’instant d’un geste et d’une réplique, sur scène. Je sais pertinemment que lorsqu’une agitation s’empare soudain de moi, qu’il m’est vital de prendre un bout de papier pour écrire, je sais alors que cette énergie m’appartient.

L’art niak est pour moi une clé de lecture qui m’a permis de faire le bilan concret de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent de mon existence et la manière dont se profile mon futur. C’est par conséquent une manière de bâtir à mes pieds le chemin de l’art, marche après marche, pierre après pierre, alimentant ainsi une détermination profonde et intime de vouloir être meilleur chaque jour qui passe.

 

 

Chevalierscouverture

Alors qu’une épidémie mortelle décime la population d’une cité, les autorités religieuses décident de condamner les mourants et de mettre feu aux quartiers touchés par la maladie. En décidant d’aller secourir sa petite soeur, Alatea est prise en chasse par des soldats. Durant son parcours Alatea fait la lumière sur la légende de sa grand-mère dont le récit rapporte l’existence d’un dragon responsable de la maladie. Alatea serait-elle l’héritière d’une lignée de chasseurs de dragons ?

« Chevaliers dragons » est une variation de la série d’héroic-fantasy imaginée par Anne et Gérard Guero sous le pseudonyme d’Ange, « La geste des chevaliers dragons ». Cette collection ayant vu la collaboration de nombreux dessinateurs compte aujourd’hui cinq albums. Avec « Chevaliers dragons », Ange a souhaité tendre la main vers un auteur adulé dans son pays, la Corée et connu sous le nom de Dohae (Dohé). Les fidèles de la série sont manifestement déçus devant cet « hors série » surprenant en de nombreux points, dont le scénario n’apporte rien de neuf par rapport aux cinq tomes déjà parus, mais c’est avec une ignorance totale de « La geste des chevaliers dragons » que j’ai découvert avec beaucoup de plaisir cet album si attachant.

Sans avoir une grande passion pour les mangas, c’est avec beaucoup de curiosité que nous suivons Dohé ouvrir les portes de la bande dessinée coréenne, le « manhwa ». Les traits qu’adopte l’auteur pour ses personnages sont clairement du style asiatique et d’une grande finesse mais sans tomber dans la caricature qui souvent déçoit dans ce style de dessin. L’agencement des vignettes, la manière de cadrer les scènes et surtout l’alternance des colorations au fil du récit donnent à l’album une saveur peu commune. Voilà pour la forme. Concernant le fond, le scénario n’est certes pas d’une originalité révolutionnaire et il faut savoir s’ouvrir au spécificités de l’héroic-fantasy, mais placé dans l’atmosphère exotique de Dohé le thème des Chevaliers dragons dégage une certaine poésie : quelques pages où se mêlent beauté et violence, dans une économie pudique de dialogues inutiles.

Voici donc un bel album à découvrir, dont l’originalité réside principalement dans le travail d’un auteur coréen dont l’apport artistique est lumineux. Une rareté.

Chevaliers5

Chevaliers2 Chevaliers4 Chevaliers1


Chevaliers3

Toxic2

Le Toxic planet 2007 est arrivé !

Il y a quelques mois je vous présentais le premier tome de Toxic planet, « Milieu naturel » que je dévorais de plaisir. Voici « Espèce menacée », où David Ratte nous invite à retrouver Sam, sa compagne et sa mémé dans des scènes de vies quotidiennes… polluées.

L’humour est intact, les trouvailles sont nombreuses et l’auteur prend manifestement toujours la même jubilation à pointer du doigt, grâce au rire, les dérives environnementales de notre planète. Un album moderne, coloré, juste, dont on espère simplement qu’on pourra, dans trente ans relire les pages sans se dire : « Merde, c’est plus très drôle : finalement c’est vraiment ce qu’il s’est passé… »

Il suffit de parcourir le livre d’or du site officiel de Toxic planet pour comprendre que ces deux albums constituent une grande et belle réussite. Et en plus, les Editions Paquet mettent le paquet (ça s’est mon humour de supermarché…) en proposant deux albums imprimés selon un procédé respectueux de l’environnement…

Que demande le peuple ?

Site officiel…

A.r.t

février 28, 2007

Ce matin une bouffée d’émotion vient soulever les premières heures de mon éveil. Et malgré un lendemain d’atelier d’écriture qui aurait pu se vivre les yeux secs et embués de fatigue, je m’élève ce matin comme imprégné d’une lucidité proche du bonheur.

La question du bonheur est une question universelle, semée d’embuches, peuplée de doutes et bordée d’innombrables ignorances. Dans le cœur de l’homme tranquille se laissant porter par l’existence comme un bouchon de liège sur l’océan, elle est inexistante. Dans celui de l’homme en proie aux variations inévitables de la vie, elle va et vient sans trop de remous. Dans celui de l’artiste, enfin, elle est omniprésente.

Car l’artiste est constamment tiraillé entre les deux extrêmes de l’euphorie et de la frustration. L’euphorie (le bonheur) d’une part, de voir en toutes choses de la vie une forme d’art, celle de pouvoir saisir le naturel, l’intuitif et d’en faire une interprétation artistique. La frustration, d’autre part, de vivre à un rythme inaltérable ces moments de doutes, d’absence d’inspiration et de vide. Car la monotonie, la normalité n’ont pas de place dans le cœur d’un artiste, il use son âme à essayer de dompter cette bête sauvage qu’est la passion. Relisons ici les mots du norvégien Henrik Ibsen :

« Vivre, c’est lutter contre les démons du coeur et du cerveau. »

Pour un homme étranger à l’art -certains diront « insensible », je dirais plus justement « malheureusement dépourvu de sensibilité »-, l’art est incompréhensible : l’artiste est risible, l’art une pratique inutile, intellectuelle.

De là où je suis, de là où je vis, de ma position de petit être traversé d’élans créatifs, artiste en herbe, l’activité artistique est un besoin vital, une sorte de carburant existentiel sans lequel je ne pourrais poursuivre mon chemin.

J’aime Chopin, j’aime Schubert. J’aime Gastinel qui joue Schubert. J’aime AC-DC, Grand Corps Malade et Michel Delpech. J’aime Goscinny et Gibrat autant que Ingres, Messonnier et Detaille. J’aime le foie gras et le steak frites.

Je ne peux me passer d’écrire, de peindre, de faire du théâtre, par boulimie sans jamais ressentir l’excès. J’aimerais savoir dessiner comme je sais écrire et comme certains savent parler.

Fluidité, cohérence, persuasion, passion.

J’aime être lu. Un jour, dans cette existence ou une autre, sur Terre ou sur Mars, j’écrirai des mots que des milliers de gens aimeront. J’aime le cinéma, je m’y rendrais tous les jours si la Terre ne tournait pas si vite sur elle-même et ferait durer les journées plus de vingt-quatre heures.

Pour l’heure je suis au bureau, en train de grignoter de longues minutes de mon travail pour satisfaire mes élans.

Biologiquement, socialement et historiquement, je suis Rémy.

Ici je suis Guybrush.

Longue vie à l’art niak.

Couverture 2

Bienvenue dans l’Italie des années 50… après Jésus-Christ. Autrement dit, bienvenue dans la Rome antique impériale !

Alors que règne sans gloire l’Empereur Claude, sa deuxième épouse Agrippine rêve du pouvoir absolu. Au moment où Claude semble vouloir élever à sa succession son fils Britannicus, resté jusque là dans l’ombre, Agrippine n’a qu’une seule obsession, celle de favoriser l’ascension de l’enfant de sa première couche, Néron. Alors que tous parlent à demi mot de la relation adultère de César avec une certaine Lollia Murena, Agrippine prépare un sombre complot et la fait assassiner. Partant à la recherche du meurtrier de sa mère, le fils de Lollia, Lucius Murena, lie son destin sans vraiment le savoir à celui de l’Empire…

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Une fresque épique

Je connais peu de bandes dessinées traitant d’un sujet historique, possédant une telle rapidité de mise en place et d’immersion du lecteur. Il est vrai que je voulais depuis longtemps découvrir la série Murena, depuis la parution du premier album de la série La pourpre et l’or en 1997. Fasciné par les superbes illustrations de couvertures, j’avais pourtant trop attendu la sortie de l’intégrale du premier cycle (La pourpre et l’or – 1997, De sable et de sang – 1999, La meilleure des mères – 2001, Ceux qui vont mourir… – 2002), épuisée avant même mon achat. Jusqu’au jour où je pus enfin avoir entre les mains, après l’avoir découverte de son papier cadeau, la superbe intégrale Murena offerte par mes amis pour mon anniversaire (merci Ebay ;)).

Murena 1 Murena 2 Murena Murena 4

La pourpre et l’or nous plonge en l’espace de quelques séquences dans la Rome de l’an 54 après JC, au cœur d’une arène où se déchirent des gladiateurs sous le regard blasé de l’Empereur Claude. En quelques pages d’une efficacité absolue le décor est planté, les principaux personnages de l’histoire prennent place et l’intrigue est déjà amorcée. Curieux parallèle que celui existant entre les premières pages de Murena et la demi-heure tout aussi fascinante du superbe Gladiator de Ridley Scott (2000). Le passé, lorsqu’il est bien conté, a cela de magique de nous faire revivre l’Histoire comme si elle ressurgissait au présent.

Gladiateur

Fresque épique, la série Murena au travers de son premier cycle, le Cycle de la Mère, nous prend la main et nous fait saisir le glaive, sentir le sang mêlé à la poussière, il nous fait témoin des pires atrocités qui secouèrent l’Empire, commises par des hommes et des femmes assoiffés de pouvoir. Il nous invite aux orgies romaines et nous fait boire ses vins, goûter ses fruits, caresser ses corps enivrés puis nous immergent dans une scène où débattent avec passion les sénateurs. Voilà un grand ouvrage qui dépasse le cadre de la BD, qui se lit comme un film, suscite tout autant l’intérêt que l’imaginaire, et se dévore littéralement des yeux.

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Dufaux et le sens de l’Histoire

Dufaux

Jean Dufaux

En tant que BD historique, Murena puise dans le passé le cœur de son récit. Le sens du détail et le souhait de restituer avec la plus grande fidélité l’Histoire apparaissent clairement dans l’ouvrage par l’existence, pour chaque tome, d’un glossaire donnant des éclaircissements sur certains points historiques ou dévoilant les libertés prisent par l’auteur d’une part, et la liste plutôt étoffée des références bibliographiques (21 sources) ayant permis la construction du récit d’autre part (le personnage Lucius Murena n’ayant jamais existé par exemple). Soucis de l’exactitude de Dufaux ayant incité Delaby à se documenter sérieusement sur la Rome antique de manière à préserver cette forte cohérence entre la réalité historique et la restitution fidèle des détails dans le dessin (costumes, objets, lieux de vie etc.)

Planche 3 Planche 2 Planche 1

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Une femme au cœur de la tragédie

Agrippine 1

Agrippine

C’est autour d’un personnage central, Agrippine, que toute l’histoire de Murena prend son envol. Prête à tout pour porter son fils Néron à la tête de l’Empire, Agrippine use de tous les moyens pour gagner cette lutte sourde et politique contre César, son propre mari. Delaby a su faire naître sous son crayon une jeune femme d’une rare beauté, fascinante, théâtrale, à la fois impitoyable et brillante d’intelligence. En plus d’être le fil conducteur de ce premier cycle, lui donnant d’ailleurs son nom, Agrippine est sans aucun doute le personnage le plus réussi des quatre premiers tomes de Murena. Mais jusqu’où ira-t-elle pour assouvir sa quête du pouvoir ?

Agrippine 4

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Delaby, maître de l’expressivité

Portrait Delaby

Philippe Delaby

Les comportements de l’Homme, leurs actions et leurs sentiments sont au cœur du récit de Murena : sur l’ensemble du cycle, Dufaux met en scène près de 20 personnages. Le grand talent de Delaby à ce sujet a été de savoir donner une réelle consistance à chacun de ses personnages. Colère, surprise, peur, perplexité… Delaby possède une grande maîtrise de l’expression humaine. Favorisant les gros plans, le dessin sert à merveille le scénario à la façon « dramatique », au sens théâtrale du terme.

Express 2 Express 1

Express 4

Etudes, Crayonnés et dédicaces

L’édition intégrale de Murena nous gâte d’un magnifique supplément de 5 pages de crayonnés. Poses, expressions, études de visages, ces quelques pages apportent un complément très intéressant sur le travail de l’artiste dont voici quelques extraits. Suivent également quelques superbes dédicaces récoltées sur Internet… : collector ! (parmi les dédicaces s’est glissé un petit « hors-sujet »… saurez-vous le retrouvez 😉 ?)

Esquisses 3 Esquisses 2 Esquisses 1

Dédicace 4 Dédicace 2 Dédicace 3 Dédicace 1

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Voilà, j’en ai terminé avec cet article sur cette fabuleuse intégrale de Murena. Instructive, passionnante et superbement réalisée, cette œuvre est une réussite tant sur la forme que sur le fond. J’espère sincèrement que cet article, construit avec beaucoup de passion et de patience (la première ne sachant vivre sans la deuxième), saura convaincre les détracteurs de la BD persuadés de son inutilité, de s’ouvrir un peu plus sur cet art de plus en plus reconnu. Murena fait partie de ces ouvrages à la fois ludiques et réellement divertissants. Non la BD ne se limite pas aux Chevaliers du Ciel ou Astérix (séries que j’affectionne particulièrement par ailleurs), et non la BD n’est pas la seule passion d’adolescents boutonneux dévorant de stupides mangas (je n’ai rien contre les mangas… ni même contre les adolescents boutonneux, ayant moi-même été … enfin… non, j’ai rien dit, passons…).

Alors à très bientôt pour de nouvelles découvertes BD, et bonne lecture à tous !

 

 

Le vent de l'exil

18h30. Je reviens tout juste du festival des éditions Delcourt à Paris Bercy où j’ai pu, après environ 3 heures d’attente, approcher Virginie Augustin et obtenir une dédicace pour la BD « Alim le tanneur ».

« Quoi ? 3 heures pour une dédicace ? Mais t’es un malade toi ! » me direz-vous… Attendez je replace les choses dans leur contexte : vous me croiriez si je vous disais que des gens attendait depuis 9 heures ce matin ?

Alors voilà, je suis arrivé vers 14 heures, pour une séance prévue ½ heure plus tard… Il y avait là une bonne vingtaine de jeunes (je les appellerai « les campeurs »), d’apparence tout à fait charmants, et qui avaient, je l’ai compris peu après, déposé tous leurs sacs à dos par terre pour « réserver leur place ». Peu après mon arrivée un responsable du magasin organisateur annonça qu’il fallait « s’organiser » et faire une seule et unique queue, suite à quoi un lymphatique mouvement de troupe eut lieu, me plaçant environ à la moitié de ladite queue… Au bout d’une heure d’attente, un des campeurs me fit comprendre que je n’avais moi-même pas campé et par conséquent que je n’avais pas ma place devant lui. Va pour lui laisser la place. Puis un deuxième campeur me fit la remarque, et puis c’est avec tout le groupe que je m’accrochai… Bref au final j’ai dû laisser passer peut-être dix personnes devant moi.

Bien. Ceci étant dit, je suis tout à fait d’accord, sur le principe du « premier arrivé premier servi », c’est logique. Si une personne m’avait dit « Ecoute, je suis là depuis 13h30, je pense que j’ai le droit de passer devant toi », je lui aurais laissé la place avec plaisir. Par contre, qu’on me dise « Moi j’attends depuis 9 heures ce matin et j’ai mis mon sac pour garder la place toute la journée », je trouve cela un peu effarant. Chers campeurs de la BD, je vous parle : personnellement je refuse de rentrer dans votre folie, ou sinon j’aurais dû planter ma tente la veille sur le cour St Emilion (les tentes Decathlon 2 secondes font fureur à Paris en ce moment…). Remarquez l’heure d’arrivée des gens « normaux » (moi…) pour cette dédicace : à partir de 14 heures !!!… Ce qui démontre que pour arriver les premiers, 13h45 aurait suffi… Voilà, c’est un constat simple, et moi-même je suis passionné de BD, je suis passionné par « Alim le tanneur », mais moi je ne plante pas mon sac devant la table au crépuscule. Je trouve par ailleurs que ça ne donne vraiment pas envie aux néophytes ou aux personnes qui passaient ici par hasard de venir se faire dédicacer.

Enfin, enfin, enfin… Cela ne gâche en rien ma rencontre avec Virginie Augustin, un petit bout de femme pleine d’humour et d’énergie (Virginie, si tu me lis…merci pour ta visite sur le blog !!! ;)) Allez, on attend avec impatience le troisième volet de cette série très attachante et pleine de poésie…

Dédicace Augustin

BD – Toxic planet

septembre 13, 2006

« A force de faire tourner les usines à fond et de polluer sans réfléchir, tout le monde est obligé de porter des masques à gaz. Et c’est pas prêt de s’arranger… »

Je viens de découvrir un petit bijou de la BD que je veux absolument vous présenter. Il s’agit de l’excellent Toxic planet de David Ratte, parut aux éditions Paquet (par ailleurs promotteur du fascinant Le dernier envol de Romain Hugault). Bienvenue dans un monde futur qui ressemble pourtant furieusement au présent, où l’homme, vivant au cœur d’un monde industriel totalement noyé par la pollution, porte en permanence un masque à gaz. Au travers d’une séries de sketches courts d’une efficacité implacable, Toxic planet nous emmène dans des situations humainement absurdes, industriellement repoussantes et socialement renversantes dans lesquelles  la vie quotidienne de l’individu occupe le cœur du récit. En utilisant humour noir et cynisme sans jamais tomber dans le piège de la satyre aveugle et ennuyante, David Ratte porte un regard fin et lucide sur les dérives du monde industriel. Le dessin est moderne, la mise en page fluide et le design sobre de l’ensemble est très réussi.

Certains parlent d’un album écologique, mais il est tout de même utile de préciser le sentiment de spontanéité ressenti à la lecture de cet album attachant, démontrant à mon avis le « non-militantisme » de David Ratte au profit de l’humour et du plaisir de raconter des histoires. Certes il appartient à chacun d’en tirer les enseignements simples, mais je serais prêt à jurer que la majorité des lecteurs de Toxic planet sont par nature (c’est le cas de le dire…) des gens sensibles à la protection de l’environnement.

Jubilatoire lecture !

Site officiel : www.toxicplanet.info