34ème air du temps : piscine (vol.2)

mars 31, 2008

Humeur : corporate
Vitalité : bon niveau, malgré l’heure confisquée.
Envie : d’être brillant.

Sur le revêtement carrelé des vestiaires fumants, une fine pellicule d’eau manque de me faire trébucher. Une formidable agitation s’est emparée des lieux et de toutes parts me parviennent les cris aigus d’un groupe, d’une meute de culottes courtes remuantes qui sortent du bassin en courant. J’avais oublié la terrible résonance que pouvait avoir une telle colonie de vacances dans les vestiaires d’une piscine. Avec la froide sérénité qu’est la mienne, je me dirige vers les casiers du fond épargnés par l’assaut général et autour de moi, des corps pâles et grelottants courent, glissent et se faufilent. Subitement, un mioche d’une dizaine d’année tout au plus, ouvre brutalement la porte de sa cabine et disparaît aussitôt dans la confusion générale, et j’en profite pour monopoliser à mon tour ce petit coin d’intimité pour me changer. Le brouhaha, bien que dégressif, se poursuit autour de mon silence à moi. Il y a les garçons qui crient pour faire peur aux filles, et les filles qui crient de peur devant les garçons. Ca tape sur la cloison de gauche, et sur la cloison de droite. Sur le carrelage, je vois même les ombres multiples qui gigotent bruyamment dans les cabines. Ce doit être sacrément fatiguant, d’être un gosse.

Et puisque dans l’ordre du monde certaines logiques sont implacables, et qu’aucune cause n’existe sans sa conséquence, je pénètre dans l’eau tiède du bassin en faisant abstraction du voile jaune pâle qu’elle renferme aujourd’hui. Il y a deux jours encore ma tendre moitié, bouillonnant d’un enthousiasme exponentiel devant la perspective des travaux de décoration de notre chambre, tentait de justifier son impatience : « Il faut se fixer des objectifs, sinon on n’avancera jamais ! » Ne pas boire la tasse, voilà qui fût à ce moment-là le seul, l’unique, l’indispensable objectif de ma séance.

Tout cela n’est qu’une question de générations qui se succèdent. Après le départ agité des plus jeunes, une toute autre population investit la fosse humide. Partout dans les couloirs du bassin se mettent lentement en marche l’Arrière banc des amateurs de chlore, la Troisième génération des nageurs à l’ancienne et l’Amicale des retraités pataugeants de Compiègne. Les années qui sont passées ont affecté les corps. Ceux-ci semblent un peu plus frêles que jadis, et celles-là un peu moins sveltes qu’avant. Et tout ce beau monde s’entasse au bas des échelles, s’agglutine au pied des plongeoirs, s’agrippe aux flotteurs bleus et blancs des couloirs. Ca parle toujours de cuisine, de querelles de voisinage et de petits-fils qui viennent d’avoir leur diplôme de je-ne-sais-quoi (mais c’est un sacré diplôme dont on est toujours très fier…).

Alors que le crawl constitue toujours à mes yeux la nage des habitués par excellence, je me contente fort modestement de ma brasse coulée, dont les mouvements de tête plongeant alternativement dans l’eau me font spectateur d’un monde aquatique plein de surprises. De là-dessous, en même temps que j’expulse l’air de mes poumons en faisant de grosses bulles qui résonnent dans l’eau, j’observe avec curiosité les parties immergés des vieux icebergs qui gigotent : cela me semble toujours aussi incongru, de vouloir nager à l’oblique. Je ne suis pas un exemple en la matière, mais tout de même… Une dame me frôle en imprimant dans son sillage les mouvements d’une nage admirable quoique originale, qu’une sirène n’aurait guère mieux faits. Une autre me laisse même dans les narines l’odeur veloutée d’un parfum ou de quelque produit cosmétique aux senteurs plutôt bien formulées (c’est fou ce que les gens peuvent sentir, même dans l’eau). Je me retourne dans l’espérance que la douceur de cette fagrance soit aussi celle de la nageuse qui l’accompagne, mais le sport n’ayant toujours pas révélé ses vertus de guérisseur miraculeux de la myopie, je ne vois absolument rien qu’une forme qui s’éloigne de moi en remuant les bras.

Il faut le vouloir quand même, pour venir s’agglutiner pendant trois quarts d’heure dans un bassin d’eau chlorée… J’espère au moins que ça va finir par me les réveiller, mes pectoraux de gringalet.

2 Réponses to “34ème air du temps : piscine (vol.2)”

  1. Fred said

    Désolée… aucune chance que tu développes quoi que ce soit à ton âge.. si ce n’est l’acceptation de ne jamais devenir Superman et ton sens de l’ auto-dérision..!!

    becs sucrés

  2. guybrush said

    Bof…
    Laisse-moi rêver comme un petit garçon. Et franchement, spiderman ça me conviendrait très bien !
    Bisous doux

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