Et si, et si…

mars 12, 2008

Humeur : vexé
Vitalité : après-midi difficile (welsch-frites au déjeuner)
Envie : qu’un peu de talent vienne me sauver

Lorsqu’on est petit garçon, on ne sait pas bien ce que c’est, que d’être adulte. On est loin d’imaginer toutes les épreuves qui patientent au bord du chemin, en attendant qu’on passe devant pour nous sauter dessus. Plus on grandit, plus on a l’impression que la vie n’est qu’une succession d’obstacles. Plus on grandit, plus on se dit qu’elles sont passées trop vite, toutes ces années où l’on était petit. Et si, et si…

Et si on refaisait tout à l’envers, pour revivre toutes ces choses si vite écoulées entre nos mains ?

Je me déciderais à épouser ma femme, convaincu que nous serions prêts pour cela, et confiant en l’avenir. Je décrocherais mon diplôme d’Ingénieur et intégrerais une grande société, investi d’un peu de naïveté et de beaucoup de bonne volonté (ou l’inverse). Je passerais cinq années insouciantes, vivant de tout et de rien aux cotés de mes amis dans des appartements sans dessus dessous, révisant nos exams la clope au bec après deux ou trois platées de pâtes trop cuites (avec beaucoup de fromage râpé dessus). Du jour au lendemain je deviendrais un homme (un vrai). Je passerais mon Bac « S  option bio », la peur au ventre, priant pour que les mathématiques ne soient pas mon naufrage. La philosophie me fascinerait après avoir fait une irruption un peu brutale dans ma vie de lycéen. Je connaîtrais mes premières passions amoureuses, aussi exaltantes que fatales, m’incitant sans cesse à prendre ma plume pour exorciser mes démons (naissance de l’écriture). Je me laisserais bercer par l’existence avec mes acolytes du lycée, à fumer quelques pétards (pardon papa, pardon maman, mais c’est l’âge qui voulait ça) et à écouter de la musique des nuits entières. Je gratterais mes premiers airs de Nirvana à la guitare, et du Téléphone, aussi. Je brillerais au brevet des collèges, avec des notes à deux chiffres partout (sans exception). Ces années seraient celles du biactol, du champooing antipelliculaire, du carnet de discipline et des copains et copines : sans compter. Un soir dans ma chambre je penserais à une jolie fille du collège, très fort. Je connaîtrais mes plus belles années avec mon meilleur ami, à toucher à tout et à rien (à vivre). Des jeux en tout genre, des escapades en vélo-cross, du cerf-volant, de la cuisine improbable, sucrée, salée, sucrée-salée, des maquettes d’avions, de bateaux et d’hélicoptère, des figurines minuscules à peindre, du bricolage maladroit, des bêtises, des pétards qui explosent dans les bouses de vache et tant d’autres choses encore (ça s’entasse dans le cerveau, tous ces souvenirs éternels). Je perdrais ma grand-mère, et ce serait un peu la fin de la vie, même pour moi (quelle injustice…). J’embrasserais pour la première fois (elle s’appelait Ludivine), avec la langue s’il vous plaît, et je trouverais cela dégoûtant, mais je serais terriblement amoureux. Amoureux aussi de ma prof de musique (mais je ne serais pas le seul). Je serais terrorisé par « Monsieur », ses fractions, ses divisions et ses craies qui hurlent au tableau. Je voudrais me marier avec la petite nouvelle, Hélène, qui a la peau douce et de si beaux cheveux. Je traverserais la France du sud vers le nord. Il y aurait tous les mômes du quartier (et du soleil, rien d’autre). Des cultures de têtards dans des bouteilles en plastoc qui finissent par puer la mort sur la terrasse. J’arriverais à faire du vélo sans les mains (mon menton s’en souviendrait malgré tout) et frôlerait le désastre en mettant le feu au champ du voisin. Je serais le « premier des garçons » à l’école, et ferais mes premières gammes au piano (madame Piolet : mes hommages retentissants).

Le sable de la plage (immense) serait brûlant sous mes petits pieds mais je ne m’en soucierais guère. Je jouerais pendant des heures, nu sur la plage, et le temps ne serait rien pour moi (absolument rien). Le soleil taperait sur ma nuque noircie, mais je serais invincible. Je grimperais sur les obstacles. Les murets, les murs, les pans de murs, les rochers. Je soufflerais dans l’harmonica, accroupi sur mon pot. Je passerais mon temps à régurgiter mes repas et à crier la nuit pour qu’on s’occupe de moi. Et enfin je taperais des pieds contre le ventre qui me nourrit depuis des mois en essayant de crier :

« J’en ai assez d’être dans le noir ! Laisse-moi sortir, maman, laisse-moi sortir. Il y a toutes ces choses-là, qui m’attendent… »

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