Improvisation et clown : un nouveau souffle

février 8, 2008

Humeur : clownesque
Vitalité : clownesque
Envie : de clown

Derrière le rideau, c’est l’effervescence. L’agitation de tous les instants. La créativité bouillonne dans ma tête, les envies aussi. Devant nous, sur les tables, un bric-à-brac sans nom de vieux habits en tout genre, de chapeaux improbables et de perruques fantastiques. Nous saisissons chaque objet, le retournons en tout sens, l’enfilons d’un coté, de l’autre, passons au suivant. Frédérique et moi sommes en pleine ébullition pour notre préparation, tandis que Sandrine et Delphine ont déjà franchi le rideau en musique et suivent les indications de Luis en tentant de maîtriser leurs fous rires.
Chaque seconde qui passe nourrit de nouvelles idées.
– Tiens, mets ça comme ça.
– Ah oui, bonne idée !

Fred s’est affublée de tout un tas de choses dans tout un tas de sens. Elle a mis cette vieille paire de lunettes que j’avais portée pour notre spectacle du mois de mai dernier, enfilé autour du coup un grand collier hideux et s’est confectionné une opulente paire de seins qui tombent lamentablement. De mon coté je prépare physiquement et mentalement mon vieux pépé déglingué. Ce soir j’ai envie de m’amuser.
– Tu veux ça ?
Je refuse le tube de dentifrice que me tend Fred. (Mais si ! Prends-le !). Idée… Et je l’enfourne dans ma poche.

La musique débute, elle nous attend. Je suis dans mon personnage. Regard public. Entrée la plus lente possible.

J’ai baissé au maximum mes lunettes sur le nez, venant butter contre le bout rouge et arrondi du plastique qui le recouvre, et lorsque je passe enfin la tête derrière le rideau pour m’offrir au yeux du public, je ne vois que des formes floues au dessus des bancs, dans l’ombre, alors que les feux des deux petits projecteurs m’éblouissent. Mais déjà j’entends rire à gorges déployées. Je vois les formes floues gigoter bruyamment. Je me mets à leur place, et je m’imagine là, entrant sur scène, vieux bonhomme avec la braguette ouverte, poil aux pattes et menton en avant. Je n’avais pas prévu de rire, mais un grand sourire s’empare de mes lèvres. (Prends-le ce sourire, mais fais sourire ton pépé, pas toi).

Il me semble prendre un temps infini pour atteindre le milieu de la scène et déjà le plaisir de me montrer aux autres dans cette interprétation loufoque me grise. Loin, très loin dans ma tête bouillonnante j’entends la musique que Luis a choisie et presque inconsciemment elle s’invite dans mon esprit pour venir habiter mon personnage. (Tiens, quelle heure il est ?) Je pousse mon personnage dans l’absurdité la plus profonde, et fais toute une scène pour parvenir à regarder la montre que je porte au bras gauche. Et il me semble que devant moi les rires ne peuvent pas cesser. Comme si j’étais inondé de ce carburant magique, m’incitant à vouloir aller encore plus loin, sans penser aux limites, puissent-elles exister. Luis se plie d’un rire que je ne lui ai jamais connu, et cet instant me trouble autant qu’il me ravit.

(Allez pousse, pousse encore). Je sors mon dentifrice et l’exhibe comme un objet révolutionnaire, exceptionnel, trésor inestimable, avant d’en verser sur mon doigt et de me frotter ostensiblement les dents avec. Des « ahhh » de dégoût et des rires d’étonnements accompagnent mon geste, juste avant que je ne sorte un vieux coton tige que je finis par me mettre dans la petite ouverture inférieure de mon nez rouge qui me sert à respirer.

Luis me fait signe des mains de sortir de scène. Derrière le rideau, Frédérique est dans les starting-blocks, elle s’avance juste au moment où il faut. Eclats de rire. Je vois sa perruque dépasser du rideau, derrière moi, et je la sens s’approcher comme une reine immonde. C’est vrai qu’elle ressemble à tout et à rien cette femme multicolore, et notre rapprochement doit être une vision effroyablement incongrue. Alors que je suis difforme, courbé sur mes deux jambes qui d’ailleurs commencent à me faire souffrir à force d’être cambrées, je tourne la tête vers sa poitrine pendante qui m’arrive au visage. En relevant un peu les yeux, je vois que Fred baisse simultanément les siens, et comme dans une complicité évidente, fluide, je croise ses deux yeux bleus et nos deux nez rouges se frôlent. Instant magique.


Le temps ? Il n’y en a plus. Il y a cinq minutes, dix minutes, peut-être un quart d’heure. Mais il y a des rires, des sensations d’exister, de s’envoler. La sensation, grâce à un personnage, de se réaliser d’une manière différente mais toujours très puissante. Oui, qu’il est puissant d’être moi-même dans un autre, de faire des gestes qui viennent de moi, mais de les lui faire faire à lui, à sa manière qui est un peu la mienne, et avec son physique qui vient un peu du mien !


Sortie de scène confuse, suante, floue, les jambes tremblantes d’émotion et de fatigue. J’ai la sensation d’avoir dépensé l’énergie d’un spectacle entier. Mais quel plaisir me transperça, pendant ces quelques instants à tes cotés !

Merci, vieille peau.

4 Réponses to “Improvisation et clown : un nouveau souffle”

  1. Fred said

    heuu.. qui c’est la vieille peau…?
    c’est que du bonheur de jouer avec toi.. tellement facile.. une sacé belle complémentarité intuitive et jouissive non ?

  2. guybrush said

    Tu as oublié le « r » de sacré. Je sais, c’est l’émotion…
    Ben oui c’est que du bonheur, et c’est pas la première fois en plus ! Bisous tout plein.

  3. Zapato Veloz said

    Pffff… j’en rigole encore…. VOus me faites passer des moment hyper chouettes!!!

  4. Zapato Veloz said

    … des moments… avec « s »… EXCOUSSER MOI MINSIEURS…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :