Littérature : « Le feu » – Henri Barbusse

janvier 13, 2008

Le feu - Barbusse

Il est des livres qui marquent une existence, et voici un chef d’œuvre qui imprime sa marque dans la mienne.

J’ignorais totalement l’existence de ce témoignage majeur sur la Première Guerre mondiale, jusqu’à l’achat du recueil « Les grands romans de la guerre 14-18 », lecture passionnante dont « Le feu » constituait la première partie.

C’est à l’âge de 41 ans que Henri Barbusse s’engage dans l’armée, en 1914. Il rédige son roman pendant deux années et « Le feu, journal d’une escouade » est publié en 1916. Bien qu’il suscite beaucoup de controverse, il est couronné la même année par le prix Goncourt.

Je me souviendrai longtemps du soir où j’ai lu les premières lignes de ce roman. Alors que la nuit avançait et que ma chère et tendre réclamait l’obscurité pour s’endormir, je pris la décision pour la première fois, de lire à la lampe de poche. Curieuse expérience de prime abord, mais qui était courante lorsque d’habitude, c’est moi qui le lui réclamais. Et c’est ainsi qu’en l’espace de quelques pages, à la lueur d’une lumière qui me sembla bientôt celle d’une bougie, je fus immergé de tout mon corps, de tout mon être, au fond d’une tranchée, aux cotés des poilus, dans le froid et l’humidité.

« Le feu » est une puissante évocation de la guerre. Cette évocation, au travers d’une écriture aussi brutale qu’imagée et poétique, qui semble être le parfait et troublant miroir du traumatisme psychologique de l’écrivain, est faite de milliers d’images, de milliers de sons et de milliers d’odeurs. Images de boue, de tranchées infâmes, de corps enchevêtrés. Fracas d’obus, cris de mutilés et crépitements des mitrailleuses. Odeur de la soupe, de la poudre et des cadavres pourrissants sur le champ de bataille. « Le feu » se dévore, avec un appétit que l’excitation des combats vient attiser, et que l’effroi et la tristesse viennent déchirer. Car les hommes tombent, jour après jour, d’une manière aléatoire, souvent horrible, toujours injuste, avec une fatalité que la plus grande des révoltes ne pourrait combattre.

C’est avec le sentiment d’être bouleversé, traumatisé, que j’ai survécu à ma lecture, comme Henri Barbusse a survécu au grand conflit. Mais j’ai gardé ce sentiment pour moi, sans en parler, le laissant brûler lentement à l’intérieur de moi, m’infligeant cette punition en hommage à « tous ceux-là », que j’avais rencontrés et cotoyés de manière si intime dans le livre et qui maintenant étaient loin, très loin. Après tout, Henri Barbusse avait enduré tant de souffrance que je pouvais bien endurer la mienne, si insignifiante au regard du grand traumatisme de sa vie. Car en ayant lu « Le feu », on est forcément un peu honteux d’être si heureux, si paisible. D’être ici, au chaud, après avoir dîné à sa faim, et en sachant que ce soir un grand lit chaud nous attend.

Qui aurais-je été, moi, à leur place, si j’avais vécu au fond d’une tranchée maculée de sang, sous une pluie de balles et d’obus ?

Comment, après avoir lu ce chef d’œuvre, ne pas vouer une admiration sans limite au courage inhumain de ces sacrifiés ?

Extraits choisis…

 

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