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Humeur : normalisée
Vitalité : exceptionnellement bonne, pour un mercredi
Envie : d’une pomme

Paix à son âme. Samedi soir, il s’est éteint pour toujours.

Il fût fidèle, et courageux. Parfois capricieux et impulsif, parfois incompréhensible aussi. Souffrant d’un excès de ventilation dès lors que nous désirions voir une vidéo, s’échauffant terriblement au moindre surmenage. Mais toujours là, surmontant les épreuves.  Il survécut au sombre Half Life 2, bien mieux que moi qui en fis des cauchemars monstrueux. Il survécut à la campagne de Normandie de 44, dans Call of Duty, encaissant par centaines grenades, obus et balles de mauser. Il survécut à Mammouth, qui comprit vite que la chaleur de son clavier était l’endroit rêvé pour le repos paisible d’un félin casanier.

Il y a deux ou trois semaines déjà, il s’était éteint subitement à deux reprises sans aucune raison, ne répondant de son commutateur marche/arrêt qu’au terme d’une angoissante attente de plusieurs minutes. Certes il avait souffert de nos caprices, de notre insouciance. L’une des charnières de l’écran avait rompu, nous contraignant de le laisser toujours ouvert, accumulant poils et poussière et dans la crainte constante que la deuxième charnière ne cède et nous le décapite. Et puis il y avait aussi l’alimentation, dont la pièce de contact finit par se dessouder (nous avions bien bricolé deux ou trois fois, j’y avais mis un vieux ressort pour caler la pièce, garantir le contact. J’ai même récemment tenté  de ressouder la pièce, dans un dernier espoir de sauvegarde).

Mon ordinateur portable est mort samedi soir. Et depuis ce jour, il est assez étrange de se sentir contraint à l’abstinence, comme on pourrait l’être par une cure de désintoxication. Plus de mails, plus de blog, plus d’Internet. Plus d’ebay, plus de fnac.com, ni d’amazon.com. Plus de wikipedia.org.fr. Et par-dessus tout, j’ai perdu une partie de mon travail d’écriture de ce début d’année. Mais tout cela s’oublie relativement vite devant la perspective d’acquérir enfin un Mac. Oh bien sûr, il n’a pas fallut beaucoup de talent à mon ami Matthieu pour me convaincre, ce fanatique incontesté de l’iMac, iPhone et autre i-chépaquoi. En réalité il y a des i partout dans sa vie. Matthieu, Caroline… Paris, gastronomie, marlboro light… Tout un programme, pour ce parisien à la mode, hédoniste, passionné de nouvelles technologies, qui ressemble un peu à Bill Gates (sacrilège !). « Samedi, tu l’achètes à la fnac, tu passes chez moi, j’te montre comment ça marche. Tu verras, c’est que du bonheur. »Ne reste plus qu’à convaincre ma chérie.

« Si c’est pour dépenser des sous juste pour le design, je suis pas d’accord !

– Rhooo… C’est pas juste pour le design ! Les Mac sont plus fiables, ils plantent moins, et puis c’est un autre univers. Et puis j’ai envie de changer. Ca fait des années que j’ai dit qu’je passerai sur Mac !

– OK. Alors tu me rachètes PhotoShop Element 6 ! Tu sais au moins s’il existe sur Mac ?

– Mathieu ‘i dit que sur Mac le logiciel photo il est vachement bien…

– £*ù^¨=*:;ç& »‘_àèç_\[|- !!!!!! »

Va falloir s’accrocher, pour croquer la pomme.

mac

Les oiseaux migrateurs

janvier 26, 2008

Migrateyr

« Voici venu l’automne, avec les premiers matins froids où il fait bon ressortir les petites laines pour marcher dans la brume légère, bientôt déchirée par un soleil d’ambre. J’arrive en haut de la colline pour voir toute l’étendue de la plaine à mes pieds. Au loin, la mer se distingue à peine de la lagune qui scintille de mille pépites d’argent. Je suis au Marquenterre, sur la côte picarde, lieu de passage des oiseaux migrateurs, et poste d’observation privilégié pour tout amateur de nature. Avant de les voir, je les entends, et j’essaie de les reconnaître: à droite une bande de bernaches du Canada, plus loin, des oies sauvages sur un banc de sable , et dans l’étang, des canards, sarcelles ou fuligules peut-être, évoluant parmi les sempiternelles foulques. Quelques rares cygnes, si majestueux sur l’eau, mais d’une démarche dandinante si gauche sur terre. Deux ou trois aigrettes isolées, des nuées de chevaliers, de gravelots. Sur la prairie, papillonnant avec des reflets noirs et blancs, mes préférés: les vanneaux huppés.

J’aime particulièrement ces petits oiseaux discrets et élégants dont le cri un peu triste ressemble à un déchirement de soie. Je ne les vois jamais en dehors des périodes où ils se rassemblent pour partir en migration. Je les croisais en Alsace, dans les Flandres lorsque nous étions dans la région lilloise, dans la Frise hollandaise dont ils sont paraît-il l’emblème. Je les retrouve de nouveau en Moselle, et aujourd’hui en Picardie. A chaque retrouvaille, un pincement d’émotion et un sentiment de familiarité. Leurs rites immuables rassurent sur la pérennité de l’ordre des choses. J’ai la croyance, fausse certes, mais j’y tiens, qu’ils m’accompagnent dans ma vie, que ce sont les mêmes nuées qui d’Est en Ouest, du Nord au Sud, d’années en années me suivent dans mes pérégrinations.

Car nous sommes un peu de la même race: dans un autre style, je suis un oiseau migrateur. Pas comme eux dont le trajet inscrit dans les gènes suit une ligne invisible incontournable. Mais comme eux, en certaines saisons je largue les amarres. Restée toute mon enfance jusqu’à l’adolescence dans le périmètre étroit compris entre les limites de ma famille et celles imposées par la guerre, j’ai été brusquement propulsée à 18 ans à des milliers de kilomètres de là, en France. Première migration qui réveilla en moi le germe du nomadisme. Je n’ai pas eu à attendre le divan de mon analyste pour comprendre les motivations inconscientes du choix de mon partenaire, militaire et fils de militaire,pour qui les déplacements font partie de la vie. Quand une mutation professionnelle est annoncée, nous ressentons peu à peu monter une excitation, une fièvre s’empare de nous. D’un coup les réflexes endormis se réveillent: recherche de postes pour moi, maison, école, collège, lycée, sport, musique pour les enfants quand ils étaient encore avec nous. Puis nous partons. J’essuie toujours une larme discrète. De la voiture je regarde pour une dernière fois l’environnement qui fut le mien pendant quelques années, la boulangerie du quartier, le square où le vieux monsieur promène son chien toujours à une heure précise; plus loin le chemin de terre où j’ai l’habitude de faire mon footing du dimanche et où sans doute plus jamais je ne reviendrai. Mes pensées vont plus loin vers mes relations amicales que je laisse derrière moi, trop courtes pour durer toute la vie, mais assez fortes néanmoins pour me rendre triste de les quitter. Parfois j’envie les personnes, sans doute les plus nombreuses, qui naissent, vivent et un jour mourront à un même endroit. Qui continuent à voir leurs amis d’enfance. Qui prennent le repas du dimanche chez leurs parents. Qui se marient avec leur camarade de lycée ou de fac, et qui me disent avec un ton de propriétaire dont je suis jalouse :” voyez-vous, quand j’étais petit, nous allions avec mes frères patiner sur ce canal qui était gelé de novembre à mars ou presque” ou encore ” j’ai connu cette rue encombrée de voitures” en parlant d’une rue piétonne aseptisée du centre ville. Toute chose que je suis condamnée à ne jamais connaître. Non, je ne verrai pas grandir l’arbre qui vient d’être planté le long de la promenade du bord de la rivière.

Mais très vite l’excitation du nouveau prend le dessus, et nous trouvons vite nos marques dans nos nouveaux quartiers. Ainsi va notre vie.

Les oiseaux migrateurs reviennent toujours au même endroit. Quelle émotion lorsqu’un matin encore froid, j’entends un froissement au dessus de moi et qu’en levant les yeux je vois un vol d’oies vers le nord, rangées en une flèche bien ordonnée. Eh, madame, eh, monsieur, le printemps est là!
Nous, notre trajet ne suit pas une logique biologique. Il part à l’est, descend au Sud, remonte brusquement vers le Nord, puis revient un peu à l’Est. Mais il s’apprête lui aussi à revenir, dans l’habituelle jubilation mêlée de tristesse, presque vers son point de départ.

Joke trouvée dans une papillote de Noël:

Qu’est ce qu’un oiseau migrateur?

C’est un oiseau qui ne se gratte que d’un côté. »

Phuong Coulot

 

34ème citation du jour

janvier 21, 2008

Qui ma foi, s’accorde plutôt bien avec la précédente et en forme un complément très intéressant.

« Les mots sont comme les sacs :

ils prennent la forme de ce qu’on met dedans ».

Alfred Capus 

Alors surtout… En me lisant, ne me prenez pas au mot…

33ème citation du jour

janvier 20, 2008

« De l’audace, de l’audace;

en toute occasion de l’audace. »

Edmund Spencer

Et avec cela, en pensant à cela, en s’en imprégnant, en s’efforçant de s’en munir en toute occasion jusqu’à ce que cela paraisse inné, il n’y a rien que du bon, que du beau, que du vrai, qui puisse naître de nos actes.

Je persiste à considérer que l’écriture est un travail. Du moins la mienne en est un, de plus en plus profondément, au fil des jours et au fil des mois. L’écriture n’est plus seulement un caprice qu’il faut assouvir avec l’urgence vitale d’une blessure hémorragique. C’est une démarche qui me rend plus fort, plus mature, plus sensible, plus observateur, plus à l’écoute, plus humain, plus universel, plus curieux. Qu’il soit beau, ce caprice ! Qu’il soit cohérent, fluide, intelligent, maîtrisé ! Qu’il ne soit pas seulement quelques jolis mots griffonnés à la hâte sur un bout de papier qui ne mènent à rien, si ce n’est une satisfaction aussi égoïste qu’éphémère.

Et voilà un grand travail dont je m’investis dès maintenant. Avoir de l’audace. Et non pas l’ambition aveugle et naïve de franchir un jour le palier si convoité de « l’écrivain ». Ne pas écouter les échos du temps qui passe et sa pression psychologique de métronome infatigable. Toute la vie s’offre à moi pour écrire, et peut-être me faudra t-il cinquante années pour faire aboutir le travail de ma vie. Se laisser porter par l’écriture, voilà tout.

Avoir de l’audace.

Au bout du stylo, du crayon ou de la plume.

Car l’audace, c’est l’espérance, c’est l’anticipation.

C’est un peu la vision du futur, dans l’optimisme.

Etre audacieux en écriture, c’est avoir une furieuse confiance en soi et en ce qu’on écrit, quoiqu’il arrive.

 

baywatch

Humeur : chlorée
Vitalité : chlorée
Envie : chlorée

Résolution 2008 : faire du sport

(mais tout faire pour ne pas ressembler à David Hasselhoff).

 

Une forte odeur de chlore me prend les narines dès que nous franchissons la porte. Je dis à mon collègue que j’accompagne :
« Ca fait au moins dix ans que je n’ai pas senti cette odeur ! »
Au moins quinze ans, en réalité, que je n’ai pas mis les pieds dans une piscine. Au guichet un grand panneau de pictogrammes confirme clairement mes craintes. Les shorts de bain sont interdits. Je baisse la tête dans la guérite :
« Pour quelle(s) raison(s) exactement ?
– Parce qu’y’en a qui les portent toute la journée. »
Et ça ne serait pas hygiénique… En tout cas, vraiment pas commode de porter un short de bain sous un pantalon, à mon avis, mais passons.

Une espèce de maître nageur nous écoute, à l’entrée des vestiaires. Avec ses cheveux longs et cette odeur de chlore, il me fait penser à Philippe Lucas, mais en picard profond (nez rougeaud, dents gâtées). Mon collègue l’interroge :
« Vous ne pouvez pas lui en prêter, un maillot ? »
Le bonhomme répond, avec un accent de baraque à frites :
« Môa déjà personnellement j’en prête pô, c’est pô hygiénique. »
Sans façon, quoiqu’il arrive.
Je me dirige vers Decathlon avec ce souvenir vieux de deux ans, de cet essayage de maillot qui m’avait immédiatement dissuadé d’aller à la piscine, après avoir observé ma petite silhouette emmaillotée d’un petit bout de tissu noir moulant. Mais l’idée me vient d’un shorty (d’ailleurs ça fait un peu plus athlétique, au premier abord, et soldes aidant, je m’en tire pour moins de 6 euros).

J’ai toujours eu une haine furieuse contre la piscine. Car s’il est des mauvais souvenirs d’école, celui de la natation accède aisément aux toutes premières places de mon classement. Parce que la piscine avait toujours lieu en hiver, parce que l’eau y était toujours froide, parce que nos heures de piscine étaient toujours à la première heure, parce que, parce que, parce que… j’ai toujours détesté la piscine. Nous étions tous là, dans ce bassin uriné, à patauger comme des animaux, les cheveux tirés par ce foutu bonnet en caoutchouc qui faisait « clac ! », et à grelotter de fureur au bord du bassin lorsque venaient les évaluations. Il ne m’en reste pas beaucoup, de ces heures de naufrage, si ce n’est quelques images furtives. Celle d’un maître nageur en claquette – T-shirt blanc, des cuisses grosses comme mon ventre et avec dix kilos de barbaques dans le slibard. Il faisait la gueule à longueur de séance, nous tendait la perche par un sursaut de pitié lorsque nous semblions nous noyer après avoir bu cent fois la tasse de cette eau infâme, et sifflait de temps en temps, d’un sifflement strident résonnant dans tous les coins, lorsqu’un gaillard faisait le zouave en sautant dans l’eau n’importe comment. Il arrivait que notre professeur d’ « EPS » (Education Physique et Sportive) fasse trempette aussi, histoire de montrer l’exemple. Une année, une femme plutôt athlétique d’une trentaine d’année, pas forcément sympathique, était notre professeur de sport. Un beau matin, alors qu’elle remontait l’échelle du bassin devant notre paquet de gosses agglutinés, nous la vîmes sortir partiellement dévêtue du fait d’un maillot qui devait être un peu trop lâche, ce qui laissa entrevoir un peu la pilosité de son entrejambes, et bien sûr ce jour-là nous avons bêtement et grassement ricané. Et enfin, un matin mémorable, je décidai pour la première fois de ma vie d’ouvrir mon cahier d’excuses pour y m’auto-accorder une dispense de piscine, non sans avoir déployé un talent remarquable à reproduire les caractères arrondis de l’écriture maternelle (pardon maman…). D’ailleurs les filles étaient régulièrement dispensées de piscine, j’en ignorais totalement la raison à l’époque, aussi avais-je considéré qu’au titre de la parité homme-femme, je pouvais aussi débrayer ce jour-là sans trop de remords. Le professeur de sport examina mon carnet (j’avais pris soin de venir emmitouflé dans une grosse écharpe et toussais d’une toux certes un peu forcée mais ma foi crédible, puisque le bonhomme signa la dispense puis se dirigea vers l’autocar sans aucune autre forme de procès). Je passai alors l’une des plus délicieuses matinées de ma scolarité, en salle de permanence, à faire distraitement mes exercices de mathématiques en pensant à toutes les filles dont j’étais amoureux cette semaine-là, et surtout à mes petits camarades pataugeant dans la fosse humide pendant que j’étais moi, en train de me laisser doucement bercer par les premiers rayons du soleil qui perçaient les vitres de la grande salle sentant le vieux bois.

Retour à la piscine. Parcours du combattant dans ce labyrinthe chloré. Un premier bac m’incite à me déchausser avant d’accéder aux vestiaires jonchés de flaques d’eau. Après avoir inséré 1 euro dans le casier je me déshabille, enfile le shorty flambant neuf et quitte, avec le plus grand regret, ma paire de lunettes sans lesquelles je ne suis rien. En marchant vers le bassin, je ne vois absolument rien sauf l’inscription « douche obligatoire ». J’appuie sur le bouton pression et suis surpris par la chaleur du jet qui coule sur mes épaules. C’est un bonheur inouï, et je me dis que je serais même prêt à débourser chaque midi 3 euros 80 pour venir me réchauffer sous cette douche. Une grande luminosité traverse les baies vitrées de la piscine. Dans le bassin, je vois dans le plus grand flou des bras rentrer et sortir de l’eau, éclaboussant les couloirs que plusieurs lignes de flotteurs viennent délimiter. Il y a des robots partout, avec des yeux en plastique bleu et des crânes lisses de toutes les couleurs. Je dois presque coller mes yeux aux panneaux disposés au pied des plongeoirs pour pouvoir lire la ségrégation des niveaux. Sans aucune honte, je me dirige vers le couloir « nageurs lents » puis pénètre dans l’eau tiède. J’essaye de puiser dans mes automatismes d’enfant pour retrouver les bons gestes, et bonnant malant je nage dans le sillage des quelques bonnes femmes qui pataugent dans mon couloir.
« Ma grand-mère… elle faisait tout à l’époque !… allait au marché…. achetait des bouts de tissus… et elle fabriquait tous les manteaux des petits… ah oui c’était un boulot ! ».
On se croirait dans un salon de coiffure. Certaines nagent même avec leurs lunettes. J’observe, à l’autre bout du bassin, quelques athlètes plonger vigoureusement les bras dans l’eau dans un puissant mouvement de crawl. La semaine prochaine, j’essaierai…
Tout mon corps souffre, sans vraiment que je m’en aperçoive, et je m’agrippe à l’échelle comme un naufragé pour reprendre mon souffle, au bout de chaque longueur, puis peu à peu toutes les deux longueurs.

Lorsque je remonte l’échelle, mes mollets se réveillent, comme si sortir de l’eau avait subitement réveillé mon corps un peu chamboulé par l’effort. J’ai la sensation d’être enflé de partout, gonflé des bras et des jambes, comme sortant d’une longue séance de musculation, avec l’impression d’avoir pris dix kilos de muscles, comme par magie.

Allez, moi aussi je veux faire l’homme. La semaine prochaine, je mets des lentilles, m’achète des lunettes de robot, et j’essaye le crawl !

Le feu - Barbusse

Il est des livres qui marquent une existence, et voici un chef d’œuvre qui imprime sa marque dans la mienne.

J’ignorais totalement l’existence de ce témoignage majeur sur la Première Guerre mondiale, jusqu’à l’achat du recueil « Les grands romans de la guerre 14-18 », lecture passionnante dont « Le feu » constituait la première partie.

C’est à l’âge de 41 ans que Henri Barbusse s’engage dans l’armée, en 1914. Il rédige son roman pendant deux années et « Le feu, journal d’une escouade » est publié en 1916. Bien qu’il suscite beaucoup de controverse, il est couronné la même année par le prix Goncourt.

Je me souviendrai longtemps du soir où j’ai lu les premières lignes de ce roman. Alors que la nuit avançait et que ma chère et tendre réclamait l’obscurité pour s’endormir, je pris la décision pour la première fois, de lire à la lampe de poche. Curieuse expérience de prime abord, mais qui était courante lorsque d’habitude, c’est moi qui le lui réclamais. Et c’est ainsi qu’en l’espace de quelques pages, à la lueur d’une lumière qui me sembla bientôt celle d’une bougie, je fus immergé de tout mon corps, de tout mon être, au fond d’une tranchée, aux cotés des poilus, dans le froid et l’humidité.

« Le feu » est une puissante évocation de la guerre. Cette évocation, au travers d’une écriture aussi brutale qu’imagée et poétique, qui semble être le parfait et troublant miroir du traumatisme psychologique de l’écrivain, est faite de milliers d’images, de milliers de sons et de milliers d’odeurs. Images de boue, de tranchées infâmes, de corps enchevêtrés. Fracas d’obus, cris de mutilés et crépitements des mitrailleuses. Odeur de la soupe, de la poudre et des cadavres pourrissants sur le champ de bataille. « Le feu » se dévore, avec un appétit que l’excitation des combats vient attiser, et que l’effroi et la tristesse viennent déchirer. Car les hommes tombent, jour après jour, d’une manière aléatoire, souvent horrible, toujours injuste, avec une fatalité que la plus grande des révoltes ne pourrait combattre.

C’est avec le sentiment d’être bouleversé, traumatisé, que j’ai survécu à ma lecture, comme Henri Barbusse a survécu au grand conflit. Mais j’ai gardé ce sentiment pour moi, sans en parler, le laissant brûler lentement à l’intérieur de moi, m’infligeant cette punition en hommage à « tous ceux-là », que j’avais rencontrés et cotoyés de manière si intime dans le livre et qui maintenant étaient loin, très loin. Après tout, Henri Barbusse avait enduré tant de souffrance que je pouvais bien endurer la mienne, si insignifiante au regard du grand traumatisme de sa vie. Car en ayant lu « Le feu », on est forcément un peu honteux d’être si heureux, si paisible. D’être ici, au chaud, après avoir dîné à sa faim, et en sachant que ce soir un grand lit chaud nous attend.

Qui aurais-je été, moi, à leur place, si j’avais vécu au fond d’une tranchée maculée de sang, sous une pluie de balles et d’obus ?

Comment, après avoir lu ce chef d’œuvre, ne pas vouer une admiration sans limite au courage inhumain de ces sacrifiés ?

Extraits choisis…

 

32ème citation du jour

janvier 7, 2008

Voilà de quoi animer le début de cette deuxième semaine de janvier qui sera, n’en doutons pas un seul instant, d’une douceur infinie (méthode Coué !). En réalité, il y a certains jours comme ceux-là où le souvenir de quelques détails du passé ou la perspective de petites choses du futur suffisent à nous faire supporter les pires supplices avec le détachement et l’insouciance du bonheur. 

La première citation permettra de m’appuyer sur le talent d’un homme pour  pardonner, ou plutôt justifier, ma tendance naturelle au pointillisme (non non, pas le mouvement artistique, mais bien la nécessité d’être pointilleux…). Ce qui permettra par ailleurs de faire sombrer dans l’oubli les notions de maniaqueries si souvent entendues.

« Se donner du mal pour les petites choses,

c’est parvenir aux grandes, avec le temps. »

Samuel Beckett

Et puisque la minutie que suggère tout cela est bien évidemment liée à l’idée d’ordre et de rigueur, efforçons-nous de lire ce qui suit :

« L’ordre est le plaisir de la raison,

mais le désordre est le délice de l’imagination. »

Paul Claudel

 

Radiohead : « Nude »

janvier 3, 2008

Deux mille huit

janvier 1, 2008

Humeur : maussade par anticipation d’un jour
Vitalité : celle d’un 1er janvier
Envie : d’une 2ème semaine

Qu’elle soit riche !

Mais qu’elle soit aussi humble,
Qu’elle vous insuffle audace et ambition sans vous faire connaître l’orgueil,

Soyez créatif ! L’espérance, l’imagination et la découverte, voilà le triptyque de la créativité qui vous garantira les sursauts lumineux d’une vie animée ! (Et pour cela, par-dessus tout : écoutez-vous et écoutez votre cœur, je ne vous en dis pas plus).

Qu’elle soit constamment source d’apprentissage, car même le plus vif des esprits ne rattrapera jamais la connaissance, cette bête mouvante aux extensions exponentielles,

Qu’elle soit parsemée de belles rencontres, inattendues, improvisées et délicates,
Qu’elle vous apprenne à aimer sans mesure ! Il faut tout aimer, et aimer tout le monde dans le cadre humain de la tolérance,
(Aimez par un mot, une phrase, une lettre, un discours. Aimez par un furtif regard ou une intense contemplation. Aimez par l’effleurement d’une peau, le serrement d’une main ou par l’étreinte d’une nuit).

Qu’elle soit jonchée des cadavres encore gigotant de vos fous rires indomptables, ceux dont vous pensiez un instant qu’ils allaient vous étouffer à force de mal de ventre,

Oui pleurez, pleurez de rire ! Car jamais ces perles que sont les larmes n’ont eu meilleur goût que celui du rire.

« Si je vous dis ‘Vivez’, vous comprendrez ? »