30ème air du temps : Noël

décembre 24, 2007

 

« Allez, vas-y ! »

Alors que j’arrive dans le couloir, j’entends piétiner dehors des voix d’enfants, juste derrière la porte d’entrée de la maison. Je m’immobilise silencieusement pour prêter l’oreille aux murmures.

« Tu dis que c’est pour acheter un cadeau à ta mère, ça marche bien ça. »

Le bruyant ding-dong de la sonnerie retentit dans tout le rez-de-chaussée. J’ouvre la porte, habité par un sadisme frémissant certes un peu involontaire, mais que j’espère bien pouvoir mettre en œuvre.

C’est souvent comme ça, dans une fine équipe de trois. Garçon ou fille, il y a toujours le ou la meneuse, aussi dégourdi(e) qu’effronté(e), la grande perche qui rit bêtement, et le ou la troisième, terré dans un silence maladif, observant le monde avec les yeux de bête d’un animal promis à l’abattoir.

Les trois adolescentes emmitouflées se tiennent au seuil de la porte, par ordre de taille. La meneuse, une enfant d’une dizaine d’années au minois délicat, prend la parole comme convenue :

« Bonjour monsieur, on vend du thym, c’est pour acheter un cadeau à ma maman.»

L’adolescente me tend une main gantée au creux de laquelle j’observe trois pitoyables branchettes probablement arrachées à un jardin du quartier. La greluche de derrière, une grassouillette aux cheveux frisés, me tourne brusquement le dos la main sur la bouche et pouffe de rire. La troisième est immobile comme un piquet, figée de peur, saisie de honte peut-être, je ne la vois pas, elle n’existe pas. Je prends mon air rigide et dépité que je maîtrise si bien :

« Qu’est-ce que c’est que ça… »

La meneuse me fixe d’un regard édifiant de témérité et poursuit avec un aplomb surprenant :

« C’est pour acheter un cadeau à ma maman, c’est dix centimes le brin. »

J’observe d’un air fatigué les branches de thym puis pose mon regard sur les traits angéliques de ma vendeuse d’herbes en herbe, puisant dans les ressources endormies de ma bonté d’âme.

Mes doigts fouillent dans le fond de mon portefeuille et y dénichent une pièce de deux euros. L’adolescente recueille la pièce au creux de sa main, tente de contenir son étonnement puis me tend à nouveau le thym.Je refuse d’un geste agacé de la main.

« Allez, oust ! ».

Une Réponse to “30ème air du temps : Noël”

  1. Potines said

    Lors d’un vide grenier dans ma ville, il y avait un petit garçon assis à même le trottoir, et qui vendait….4 escargots vivants…
    Et du haut de ses huit ans, il passait un temps infini à les remettre systématiquement dans leur petit carton de fortune…
    Nul bien sûr ne s’arretait…
    Je lui ai alors donné 2 euros, en précisant bien que je repasserai prendre le bestiau quand j’aurai fini mon tour…. je ne suis pas repassée…
    Ton histoire me fait penser à la mienne…

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