Improvisation et clown : sensations

décembre 11, 2007

Humeur : sereine
Vitalité : couché tôt hier soir, sieste ce midi dans ma voiture
Envie : d’audace

Les images de l’atelier de jeudi me reviennent en mémoire. Les sensations aussi. 

 C’est un exercice que nous avions déjà fait l’année dernière, à peu près à la même période, je m’en souviens comme d’hier. Douze mois plus tard je retente cette expérience déconcertante, affublé d’un masque. Derrière le rideau, Luis nous chuchotte :« Vous vous apprêtez à dire adieu votre meilleur ami pour la dernière fois : vous ne le reverrez jamais. Mais vous êtes en retard au rendez-vous, et arrivé sur le quai vous tentez désespérément de le retrouver, lorsque soudain en levant les yeux, vous l’apercevez au loin sur un bateau qui s’éloigne, et lui ne vous voit pas. » 

Je rentre sur scène pour rejoindre mes trois collègues, qui joue indépendamment la même scène. Après avoir occupé un peu l’espace, je me rapproche de Cyril me faisant face dans le public, et au bout d’une ou deux minutes je regarde mon meilleur ami lentement s’éloigner.

Je n’arrive pas à respirer sous le masque. De la buée vient chaque seconde se déposer sur le verre droit de mes lunettes. Je suis en péril. A la difficulté de ma situation de théâtre vient se mêler peu à peu la sensation de détresse que provoque en moi la séparation vécue. Je fixe du regard Cyril et Nolwenn, alors que mes yeux piquent d’étouffement et de fatigue, puis je tourne la tête vers Frédérique, qui me jauge d’un air déconcertant de curiosité. Alors que je perçois sans les regarder mes collègues quitter la scène, je sens le silence s’emparer de mon environnement, et Luis, concentré, les yeux plissés, semble comme absorbé dans l’observation de ma présence, à l’affût de la moindre étincelle de vie émanant de ma personne.

Un sentiment similaire à celui qui m’avait traversé lors d’un exercice l’année dernière s’empare de moi. Je réprime la soudaine nécessité de pleurer, surpris par cette venue incontrôlée. Lentement, en marche arrière, sans savoir ni ce qu’il se passe ni comment terminer ma prestation, je sors de scène.

A la fin du cours, après m’être assis machinalement dans ma voiture, le silence de la nuit s’installe. 

Au dehors, un vent puissant semble vouloir déplacer des arbres entiers, et il vient bercer ma voiture comme un landau.

 « La nature prouve qu’elle nous veut du bien puisqu’en nous donnant des larmes elle nous donne le meilleur : la sensibilité. »

Juvénal     

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