« L’art est le culte de l’erreur »

Francis Picabia

Quelle bien surprenante citation que voilà. Je la retranscris ici, bien qu’elle n’ait pas ma totale adhérence. Et j’aurai la prétention de me réapproprier cette formule en ces termes :

« L’art est le culte de la différence »

La différence, voilà qui peut être l’embryon de l’art. Car ce qui est inhabituel, surprenant, décalé, contrasté, individualisé, peut revêtir un aspect profondément artistique. Et doit-on penser que les grands artistes sont des êtres vivant constamment dans la souffrance de leur différence ? J’en suis persuadé.

Et en reprenant à la source des choses, un être qui ressent sa différence, son individualisation, doit avoir au fond de lui quelque talent, quelque aptitude à la créativité. Libre à lui d’en être conscient et d’exploiter cette richesse artistique.

Aujourd’hui je me suis soudainement demandé quel homme aurais-je été, dépourvu de toute ma créativité. Sans musique. Sans dessin, sans peinture. Sans théâtre. Sans écriture ! Sans ce goût pour l’esthétique, le beau, le fascinant qui m’inspirent tant.

J’aurais été nu comme un vers.

Insipide. Neutre. Banal. Monsieur tout le monde. Autant dire Monsieur personne, en fait.

Et pourtant je suis Monsieur Moi. Sensible et créatif. La tête dans les étoiles et les pieds sur Terre, tant bien que mal.

Hier soir on m’a posé la question suivante : « Mais qu’y a-t-il dans un blog ?». Pour répondre mot à mot, je dirais qu’il peut y avoir une infinité de choses. Et qui y a-t-il dans un blog ?

M.o.i.   

29ème citation du jour

novembre 23, 2007

Pas de compte-rendu de mon atelier théâtre d’hier soir. Je garde mes sensations pour moi. C’est rare, mais d’un autre coté rien n’est plus néfaste que de vouloir tout dire, tout écrire, tout décrire. D’ailleurs, Luis a insisté hier sur l’importance, au coeur d’une scène, de l’instant unique où s’instaure le silence, la pause.

Silence donc, juste après avoir lu ces quelques mots.

« Un homme est la somme de ses actes,

de ce qu’il fait, de ce qu’il peut faire.

Rien d’autre ».

André Malraux

 

Tôt ce matin, dans une cabine téléphonique isolée de Cergy-Pontoise.

« – Allo patron.
– C’est toi ? Imbécile, pourquoi tu m’as pas appelé plus tôt ?
– C’est ma mère chef, elle est malade.

– Alors ?
– Alors quoi chef ?
– Alors, t’as vu quelque chose jeudi soir ?
– Oui chef, j’ai vu. J’ai filé aux Ponceaux, vers houit heures et quart, et j’me suis mis là, dans un coin noir derrière la fénêtre, et j’ai tout vu. Même qu’il y avait une fenêtre à moitié ouverte : j’ai tout entendu aussi.
– Arrête de rouler les r, tu m’agaces.
– C’est ma mère patron, c’est elle qui m’a donné son accent roumain.
– Allez raconte, imbécile.
– Le cours il a commencé par la relaxation. Ils étaient tous allongés sur les tapis, et le spanish il a demandé de faire le nettoyage de l’intérieur de leurs corps, en soufflant comme ça « hhhaannnn phhhhhuuuuuuu ». Et puis après il les a fait crier en contractant lé bas du ventre : « Huah », comme karaté kid chef.
– Arrête de rouler les r j’te dis, tu m’agaces.
– J’en connais pas beaucoup des mots sans r patron. Alors après le spanish il a demandé de voyager dans la tête, au dessus de la planète, comme s’ils volaient, chacun dans leur coin, et puis il leur a demandé à chacun de raconter aux autres. La rose elle a dit qu’elle était sur une étoile filante, et qu’en dessous d’elle y’en avaient plein d’autres, des étoiles filantes. Le Cyril lui il était au dessus de la Thaïlande, et il voyait un banc sculpté dans un tronc d’arbre ou je sais pas quoi. Y’en a oune autre c’était au dessus d’un château.
– Et le niak ?
– Au dessus le l’Inde qu’il disait. Avec beaucoup dé lumières et dé couleurs. Et pouis beaucoup de fumée, comme de l’encens qui monte.

– Et après ?
– Après qu’il a demandé le chorizo, c’est qu’ils se mettent tous en cercle, avec un au milieu. Et puis celoui du milieu il devait fermer les yeux, les autres se rapprocher de loui pour le faire doucement balancer à droite, à gauche, et puis à gauche, et à droite. C’est pour apprendre à faire confiance aux autres, chef.
– C’est bon j’ai compris, allez quoi d’autre ?
– Le chorizo il a dit qu’ils devaient monter un par un sur la chaise, et puis se jeter dans le vide. Alors les autres ils devaient le rattraper tous ensemble, et le porter en marchant dans toute la pièce. Ca avait l’air bien patron, ah oui… tout le monde était content de ça. Le petit aussi. Ils lui ont fait tendre les mains, comme s’il volait.
J’ai enquêté chef : voler dans les airs, c’est vraiment ce qu’il aurait aimé le plus faire, si c’était possible bien soûr. Il en rêve même des fois, qu’il vole. Et puis avec ses cinquante-six kilos, c’était facile de le porter le petit, dans toute la pièce, en lui faisant raser le plafond.

– Et après, ils ont fait du masque ? Allez, dis-moi.
– Après oui, ils ont fait du masque. Alors le torero il était tout excité, il sautait partout, et puis il avait un trou dans le pantalon, entre les jambes, ça faisait rire tout le monde. Ils sont passés sur scène à quatre ou cinq, et le torero il demandait toujours qué tout le monde il voyait les comédiens sur la scène, « pour jamais couper le fil ». Et à chaque fois qu’il y en a un qui faisait une connerie, le public il criait et tout le monde recommençait.
Au début c’était un peu dur. Mais pétit à pétit ça commençait à être bien chef. J’vous dis, il fallait voir, les comédiens masqués rentrer un à un sour scène, occouper l’espace et bouger en faisant attention aux autres. Au bout d’un moment, on n’arrivait plus à savoir qui était qui, et tous ces mouvements, c’était beau. On aurait dit presque de l’art.
– T’y connais quelque chose toi en art ?
– C’est ma mère chef, elle m’amenait souvent aux mousées quand j’étais gamin.
– M’en fous de ta mère.
– Mon père aussi, il aimait bien les mousées. Mais loui il est mort pendant la guerre.
– Bon et c’est tout ?
– Tout le monde il est rentré chez lui. Le spanish il a tout fermé, et avant de partir il est allé pisser contre un arbre, en chantant la marseillaise.
– Imbécile. Qu’est-ce que t’avais bu avant d’y aller ?
– Rien patron, c’est juste que j’avais pris une bouteille de vodka. Il faisait froid déhors !
– Abruti.
– C’est ma mère chef, elle buvait beaucoup de vodka aussi.

– La semaine prochaine, balance la purée. Décolle la moquette, appelle le curée et ramène les betteraves. Et surtout n’oublie pas les écrous dans le frigo sinon je t’explose la soupière.
– Ca veut dire quoi ça patron ?
– C’est le langage des agents secrets. Et toi t’es pas prêt d’en devenir un. Dégage. »

Humeur : sereine
Vitalité : bonne
Envie : de pas grand-chose d’autre

Ce week-end je suis particulièrement serein. Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas ressenti un tel détachement, et surtout, celui-ci m’offre un répit bien mérité après une semaine de travail tendu et trois nuits ponctuées par des réveils intempestifs.

Jeudi soir nous sommes allés voir Luis jouer dans « La veuve rusée » de Carlo Goldoni. C’était chouette de venir soutenir son professeur de théâtre ; de le voir lui, pour une fois, dans la difficulté. Surtout que Luis remplaçait un acteur et avait dû digérer son rôle et son texte en un temps record. Nous l’avons retrouvé, à la fin de la pièce, en collant jaune, suant et heureux d’avoir terminé. Et puis c’était vraiment agréable, pour une première sortie avec notre nouveau petit groupe de théâtre : Nol et Wen, Cécile et Cathy étaient de la partie.

Hier je suis allé voir mon cousin monté de Savoie pour exposer au marché de l’histoire à Pontoise. Il faisait une chaleur déraisonnable dans le hall. Je voyais passer devant moi d’improbables personnages de tous âges, des romains et des chevaliers, des gueux crasseux et des damoiselles aux allures gothiques, des hommes vêtus de cotes de maille et de peaux de bêtes, des musiciens en tous genres, des mousquetaires à la fine moustache, et sur les étals brillaient une armurerie gigantesque où se mêlaient rapières, masses d’armes, casques médiévaux et antiques, dagues et poignards. Dehors, des hommes couverts de capes fumaient la cigarette, et je voyais des visiteurs repartir avec d’immenses boucliers. J’en profitais pour aller saluer le stand de Théâtre en stock qui faisait acte de présence dans ce curieux manège. Pierre et Jean étaient les deux courageux (salut Pierre, profondément heureux d’apprendre que tu me lis !). Je repartis content de mon échange, fort d’une idée importante concernant mes activités d’écriture et de théâtre : pour progresser, me renouveler, je dois être curieux des autres, me nourrir d’eux, m’efforcer parfois de dévier de mon chemin habituel, être avide de ce qui se fait à coté.

Ce week-end je suis particulièrement serein. Touchant du bout des doigts une saveur qui doit être drôlement proche du bonheur.

Le bonheur est une idée qui me laisse bien perplexe, depuis ces nombreuses années où l’on m’a doté d’un minimum de conscience et de cerveau. J’ai toujours pensé qu’il n’y avait que trois choses fondamentales pour satisfaire le plus commun des êtres humains : la bouffe, le sexe et l’argent. Je ne sais pas trop dans quel ordre d’ailleurs. Mais dans mes fantasmes de reconversion, je me suis toujours dit qu’un homme devait forcément réussir sa vie en ouvrant une sorte de grand casino-restaurant de luxe, où il serait également possible de prendre maîtresse… En tout cas pour moi le bonheur est une convergence compliquée de plein de facteurs en même temps, une sorte de point unique et idéal où se croisent toutes les droites et les courbes de la vie. Et je passe mon temps à vouloir faire tout coïncider.

Et puis d’autres fois, c’est tout con le bonheur. C’est juste se complaire et se ravir de ce que l’on est, de ce que l’on a, et de l’endroit où l’on vit. Aimer son petit chez soi, ses petites affaires. Aimer être devant son écran pour écrire un petit article, alors qu’au dehors il fait un temps de chien. Aimer sa petite femme et son petit chat. Tout le reste, absolument tout, n’ayant aucune autre espèce d’importance.

« Le bonheur, on ne le trouve pas, on le fait.

Le bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque, mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons. »

Arnaud Desjardins

Ecriture : solitude

novembre 4, 2007

Humeur : meilleur qu’il y a quelques heures
Vitalité : deux siestes dans la journée…
Envie : d’arrêter de me poser sans cesse des questions

– Indissociable de mon clavier
– Blog-addict
– Commentaires-dépendant

Ou lorsque le blog n’est plus un espace de liberté mais devient une grande boîte hermétique dans laquelle je m’épuise à parler, et à n’entendre que mon propre écho. Cela fait plusieurs semaines que cette idée m’obsède. Pourtant ce 28 juin 2006, lorsque j’ai rédigé mon premier post sur l’art niak, je savais pertinemment qu’écrire ici était par nature à sens unique. Qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que des milliards de gens se ruent sur mon blog pour en dévorer chaque parcelle. Et c’est d’ailleurs pour cela, que j’avais choisi le blog. Pour m’installer dans une voie d’écriture sans vraiment de limite. Comme jouer d’un instrument de musique au beau milieu d’un champ, sans que cela ne dérange personne, ni même les quelques oiseaux curieux tournant autour de moi. Et puis un blog c’est un peu comme une maison avec une grande baie vitrée dans laquelle on se ballade tout nu. Alors du dehors, on peut venir voir ce qu’il s’y passe, dans cette vie.

Mais aujourd’hui je me sens seul ici. Finalement, la liberté du blog est une richesse qu’il est difficile de maîtriser au fil du temps. Et puis c’était plus facile avant, à l’école, lorsque quelqu’un donnait une note à mon travail. Je savais si ce que je faisais était bon, ou mauvais. Mais ici…

Fous-nous la paix avec ton blog ! Tu écris trop, c’est trop long à lire. Et puis excuse-moi, mais tout le monde n’est pas passionné d’écriture, de théâtre, de musique et de cinéma !

Obsédé par les commentaires, les statistiques de visites, les termes de recherches. Guettant toutes les heures sur ma messagerie l’annonce d’un commentaire sur l’art niak. 5 000 visiteurs par mois, ne me faites pas croire que ce sont tous des fantômes… J’en suis presque réduit à mendier pour un commentaire, et à écrire encore plus, inconsciemment persuadé d’un lien mathématique entre la productivité de mes articles et l’arrivée des commentaires. Peut-être faut-il simplement les mériter, les commentaires. Une amie m’a récemment éclairé sur le sujet :

« Tu sais, si tu veux que des gens viennent te lire et te laissent des commentaires, fais toi aussi la démarche d’aller vers eux ! Tu laisses des commentaires toi quand tu vas sur un site ? Vas lire d’autres blogs, laisse des commentaires, fais-toi un petit réseau ! ».

C’est peut-être ça.

Un blog ne peut pas subsister sans commentaire. Le commentaire est un encouragement. Le commentaire est un tuteur, un indice, une bouée, un signe de vie.

Alors pour terminer, je m’adresserai directement à mon Lecteur, à ma Lectrice. D’un jour ou de toujours. Fidèle ou passager. Et je reprendrai les mots de mon grand-père rendu jadis perplexe par mon stoïcisme légendaire, et qui résonnent encore en moi, dans mes souvenirs d’enfance :

« Dis-moi quelque chose !

Dis-moi merde, mais dis-moi quelque chose ! »

 

Automne

Humeur : maussade
Vitalité : lendemain de mariage
Envie : de faire un bel article

Tout est arrivé en quelques jours seulement. Lorsque je regarde par la fenêtre, j’observe l’automne qui s’est définitivement installé. L’authentique automne. Celui des livres, celui que l’on nous apprenait à l’école. Avec ses feuilles mortes, ses matins calmes où les rayons du soleil viennent lentement mourir sur la fraîcheur du mois de novembre.

Les arbres se sont subitement couverts de vermillon, d’orange et de jaune, donnant aux rues un éclat particulier, sublime, presque éblouissant. L’automne s’est abattu sur la nature qui lentement se prépare au grand sommeil de l’hiver. En attendant la neige du mois de décembre, dont on espère qu’elle sera abondante à Noël pour raviver nos souvenirs et nos délices d’enfance, l’automne nous offre, dans un lumineux silence, son dernier spectacle.

L’automne est comme une aquarelle sur laquelle est venue mourir une goutte d’eau, entraînant avec elle au pied des arbres, ses feuilles sans vie aux couleurs diluées.