Dans l’air du temps 26 : rentrée picarde

septembre 14, 2007

C’est la rentrée ! Et avec elle, toutes les réjouissances « qui se profilent à l’horizon », comme disait mon professeur de Français en sixième Madame Lefevre, en parlant des avertissements. Point de matinées grises et humides, comme j’imagine chaque rentrée depuis que j’ai été écolier.

Depuis que le monde ne tourne plus rond, et surtout cette année, il n’y a plus de saisons. C’est certainement la nouvelle expression, venant remplacer le vieux « Y’a plus de jeunesse ! ». Non, la rentrée me gâte d’un temps certes frais mais ensoleillé. Et puis je ne sais pas ce qu’il m’a pris cette année, au retour de vacances, mais j’étais presque heureux de retourner au travail. J’avais presque l’impression que j’allais m’acheter un nouveau cartable, de nouvelles chaussures et que j’allais retrouver mes petits copains pour faire plein de nouvelles conneries.

C’est vrai qu’il en fallait un peu, de bonne humeur, pour retrouver ma Picardie. Je prenais avant-hier mon courage (et mon volant) à deux mains, pour aller dans une vieille usine de Chauny, au fin fond de l’Aisne. Il me fallait rejoindre Noyon, aux confins de l’Oise puis traverser d’improbables villages picards en briques rouges : Chiry-Ourscamp est un village de mille cinq cents âmes à l’accent plein de « o », traversé par une route encombrée des travailleurs noyonnais qui se rendent à Compiègne, bouchonnant au pied de deux malheureux feux rouges. Il y a aussi un magasin discount d’aliments pour animaux, une restauration rapide flambant neuf, un bar-tabac-press ainsi qu’un fleuriste un peu dégarni.

A Chauny je décidai de retrouver un petit restaurant avant d’aller à mon rendez-vous. J’avais fréquenté « Le Chateaubriand » à plusieurs reprises lors d’une mission de deux semaines à Chauny, et j’espérais qu’il n’ait pas changé de propriétaire. Je poussais la porte vitrée de la salle et m’installai sur une table de deux personnes. J’aperçus et reconnu sans difficulté, derrière le comptoir, l’imposante silhouette du chef de la maison. Un homme grand, rustique, avec un bidon à ne pas vouloir s’y frotter, mais à mon souvenir il était un homme généreux et sympathique. Lui ne reconnu ni ma discrétion ni mon visage, ou du moins il ne m’en fit pas part, et je décidai de ne pas évoquer mon passage datant d’au moins un an.

Tripes et pommes vapeur au menu : pas ma tasse de thé. J’optai plutôt pour une omelette aux lardons, et m’accordait pour débuter un avocat-crevettes, plat se chamaillant la première place de mes entrées favorites, entre l’œuf mayonnaise et le filet de harengs – pommes de terre. Ma solitude, toujours difficile à supporter au restaurant, m’incita à observer avec attention les lieux. Devant moi un aquarium, vide d’eau, était encastré dans un mur de fausses pierres en plastique blanc. Son fond était rempli de différents sables et granulats hétérogènes sur lesquels mourraient trois ou quatre cactus de formes variées. Aux murs, une décoration d’une étonnante disparité venait intriguer mon regard. Un miroir publicitaire de la marque Thonon, deux ou trois reproductions de peintures inconnues au bataillon surmontant la marque Perrier, et puis à droite encore, une vieille carte usée du réseau de chemins de fer français.

Alors que l’avocat-crevettes frisait l’imposture, j’eus concernant l’omelette une ration pour deux jours, et de la compote de pomme maison choisie en dessert, une ration pour trois.  Finalement je sortais du Chateaubriand l’estomac tendu et gonflé. A bien m’en souvenir, c’était déjà le cas lorsque j’y venais les premières fois.

Et puis tout cela n’était pas prêt de changer au Chateaubriand. Ici, à Chauny, au cœur de la Picardie.

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