Improvisation : La tour Eiffel

septembre 29, 2007

Souvenirs, souvenirs…

Une impro signée, de gauche à droite, Frédérique, Ioana et Brownie lors de notre représentation du 27 mai dernier. Comment faire rire en ne faisant pratiquement rien, en faisant deux ou trois pas vers le public. En étant présent tout simplement, dans un personnage marqué et grâce à quelques échanges bien placés.

Que dire de cette étrange soirée ?

Que je m’y suis senti légèrement en danger, en terrain inconnu. Pas très à l’aise.

En arrivant je fus tour à tour stressé comme un gosse un jour de rentrée, et convaincu au contraire de ma position forcément plus confortable vis-à-vis des « petits nouveaux » dont j’avais hâte de découvrir le visage : je savais pertinemment que ma relation avec les anciens allaient immédiatement se ressentir, plaçant peut-être les néophytes dans le malaise et l’appréhension de la nouveauté…

Et pourtant la configuration du groupe prit très vite une dimension à laquelle je n’étais pas préparé. Daniel, Brownie, Fred et Cyril étaient au rendez-vous et j’étais profondément heureux de les retrouver. Puis les nouvelles têtes arrivèrent comme un flot suscitant gêne et curiosité. Sept nouveaux visages, sept nouveaux corps, sept nouveaux regards vinrent grossir les rangs de la cuvée 2007-2008.

Placés tous en cercle, nous écoutons avec attention Luis – réservé – se présenter et donner les grandes lignes du travail de cette année. Je prie pour qu’il ne nous donne pas la parole, mais esprit de groupe et ouverture oblige, le temps des présentations individuelles tombe comme un coup de masse sur mes épaules. S’il y a une chose que je déteste faire dans la vie, c’est de parler de moi à des inconnus. Je ne sais pas trop ce que je dis, quelques banalités rehaussées tant bien que mal par une ou deux réflexions intimes. Je me force. Je lutte pour refouler la question indomptable de savoir comment je suis perçu par l’assemblée.

Voilà ce que c’est, de trop bien se connaître. Je sais pertinemment que face à des inconnus je suis replié cinquante fois sur moi-même, froid et distant. Alors dans mon mutisme je reprends mon observation passionnante de l’humanité. Dans le groupe ceux et celles qui sont à l’aise dès les premiers instants, qui disent vouloir soigner leur timidité après avoir parlé pendant plusieurs minutes avec un aplomb insoupçonné, me désarçonnent. Mon armure est trop lourde, difficile de me relever.

Les premiers exercices que Luis nous propose de faire me sont familiers, car nous les avons faits, sous d’autres formes peut-être, il y a un an. J’ai l’impression de me mentir à moi-même en me prêtant au jeu, dépourvu de la naïveté dont il faut être habité pour vivre ces exercices. Je cerne immédiatement les deux personnalités les plus opposées. Lui, est un jeune homme simple, volontaire, motivé et ouvert. Très présent, sans aucun blocage apparent. Elle, est un petit bout de femme de vingt ans, à la timidité délicate, à la réserve prudente. En retrait.

Un combat intérieur secoue mon esprit. Je me sens bloqué, agrippé au regard de Fred ou au bras de Daniel qui régulièrement me secoue, pour détendre l’atmosphère. Et en même temps quelque chose me pousse à aller vers chacun de mes nouveaux collègues, de les regarder, leur demander qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’il y a au fond d’eux-mêmes, ce qui les passionne. Dois-je me convaincre que dans six mois des liens forts m’auront rapproché de chacun d’eux, des liens aussi forts que ceux créés avec Cyril, Brownie et les autres fidèles au poste ?

Je me raccroche à ma bouée, à mon phare. Je me remémore les pensées de Luis au début de ce premier atelier, expliquant l’importance de prendre le temps de monter, l’une après l’autre, chacune des marches du cheminement de l’année.

N’aurais-je pas été surpris par la marche à gravir hier soir, dont j’aurais tout simplement sous-estimé la taille ?

En attendant la reprise des ateliers d’improvisation (demain soir !), voici le tout premier ping-pong de notre spectacle du 27 mai dernier. Rappel du principe du ping-pong : un mot est pioché au hasard dans le dictionnaire. Les comédiens entrent sur scène l’un après l’autre, le dernier prenant la parole le premier. L’improvisation est alors un échange oral sans recourir aux mouvements sur scène. Seul le comédien qui a la parole regarde le public…

De gauche à droite : « moi », Brownie et Cyril.

Récemment je discutais avec ma Belle à propos de mon style d’écriture et des sujets traités sur mon blog. D’après les retours qu’il m’est possible de connaître, de manière plus ou moins directe, certains lecteurs sont gênés par la consistance de mes écrits, le « fond ». La manière que j’emploie, pour aborder la vérité et décrire le monde tel que je le perçois, d’utiliser l’émotion, la nostalgie, la mélancolie. Un manque certain d’optimisme, de gaité, de joie…

Comment répondre à ces perceptions si ce n’est en défendant corps et âme que mon blog est un espace de liberté dont je suis le seul gardien ? Et que par conséquent, sur le fond comme sur la forme, je suis seul maître des lieux. Que de certains de mes textes émanent de la mélancolie, je ne peux m’en excuser, et au contraire dois-je m’en féliciter, car que le lecteur ressente une émotion en me lisant est la première de mes récompenses. Quant à la nature de cette émotion qui émane de mes textes, ne devrait-on tout simplement pas accepter, comprendre qu’il s’agit ni plus ni moins de ma plus intime personnalité ?

Il y a une semaine, j’ai consacré quelques minutes à répondre à un questionnaire de personnalité sur Internet. Et justement, comme en réponse à ces interrogations, le bilan du test apporte un éclairage évident sur ma personne, et permet certainement de mieux comprendre, notamment, le fond de mon écriture.

La construction de votre personnalité

« […] on peut penser qu’il vous reste l’impression d’un manque, d’un bonheur perdu ou difficile à trouver. D’ailleurs vous avez peut-être le sentiment que rien n’est durable. C’est un bonheur absolu, sorte d’idéal fantasmé, que vous recherchez aujourd’hui inconsciemment. Les évènements qui ont constitué votre enfance vous ont finalement donné des impressions qui se sont progressivement ancrées en vous […] ce que l’on appelle en psychologie des « croyances » sur vous-même […].

Vos valeurs

De ces croyances découlent certaines de vos valeurs. Parmi elles nous pouvons citer :
– La différence, l’originalité en tant que fuite de la banalité.
– L’amour, les grands sentiments, les émotions, la passion.
– L’authenticité, le besoin d’être dans le vrai.
– La sensibilité, le besoin de vivre avec intensité.
– Le beau, l’esthétique.

Le sentiment d’être différent

 […] Cette image vous ranime et vous anoblit par la perception de votre personne comme quelqu’un d’à part, décalé, une sorte de personnage tragico-romantique […]. Vous exprimez votre différence au quotidien et avez ainsi développé une certaine créativité qui est la marque de cette différence […] Elle peut aussi se traduire par un penchant enflammé pour le beau, l’esthétique, le noble, le délicat, l’harmonieux… et un besoin d’affirmer votre propre style.

Des émotions particulièrement intenses

C’est avec énormément d’intensité que vous vivez vous émotions. Elles sont au centre de votre vie, au cœur de vos motivations. Très changeantes, elles peuvent vous faire passer rapidement du bonheur au malheur, du chagrin à la joie, de l’enthousiasme au désespoir avec autant de force.

Ces oscillations émotionnelles ont probablement continué à l’âge adulte, avec ainsi une faculté hors norme de passer rapidement d’un état positif à un état négatif et vice-versa. Vos états positifs correspondent vraisemblablement à une situation interprétée inconsciemment comme une promesse de bonheur et d’amour réparateur qui sont la quête de votre vie. Vos états négatifs sont quant à eux la conséquence de ce que vous pouvez inconsciemment interpréter comme des signes de rejet, de manque d’attention, et de séparation. De tout cela découle une connexion très forte au monde émotionnel lié à la souffrance, la mélancolie, la nostalgie. La mélancolie est d’ailleurs probablement une émotion assez présente en vous, si bien que vous pouvez avoir tendance à vous identifier à elle.

[…] Vous êtes probablement attiré par un univers d’épanchements émotionnels exacerbés : ils vous procurent un ressenti d’une intensité dont vous êtes à l’origine, et non plus une émotion subie provenant du détachement d’une personne. Vous avez même inconsciemment tendance à accentuer, à démultiplier vos ressentis, en un chavirement intérieur dramatisé plus attirant que le simple quotidien et son cortège de petites émotions. C’est aussi inconsciemment l’occasion de théâtraliser votre vie en vous sentant, une fois de plus, différent et unique.

Pourtant vos émotions ne sont pas forcément visibles de l’extérieur et les autres ne les perçoivent pas toujours. De plus, malgré votre désir d’être compris, vous ne parvenez pas forcément à communiquer sur tout ce que vous ressentez […].

Le goût de l’authenticité

L’authenticité est sûrement dans beaucoup de domaines ce que vous recherchez le plus.
– Authenticité des liens : vous détestez sans doute les relations purement frivoles et légères. Au contraire vous aimez la profondeur et l’intensité des relations et des moments de partage.
– Authenticité des sentiments : vous attachez beaucoup d’importance à la vérité des sentiments et vous détestez probablement les gens qui simulent sans rien ressentir.
– Authenticité des personnes : vous n’aimez probablement pas les gens superficiels. Vous appréciez les êtres vrais et authentiques.

Relation au temps

Vous pouvez avoir tendance à vivre plus dans le passé et le futur que dans le présent. En effet, d’un côté cette impression héritée de l’enfance d’avoir perdu une forme de bonheur peut vous amener à ressasser des souvenirs avec une certaine nostalgie et à les revivre émotionnellement : donc vivre beaucoup dans le passé. D’un autre côté vous pouvez aussi être transporté dans un futur fantasmé, prometteur d’un bonheur réparateur. Dans les deux cas vous vivez au présent des émotions émanant de votre projection à un autre temps […].

Vous pouvez ainsi avoir parfois tendance à ne pas apprécier pleinement les situations présentes car vous ressentez tout de suite ce qui pourrait être mieux, ce qui aurait pu rendre l’instant plus intense, ce qui n’est pas là et qui aurait pu l’être… Et c’est peut-être sous l’influence du regret que vous vous détournez alors de ce que vous vivez.

Cette habitude est accentuée par le rôle que joue votre imagination : elle amplifie les éléments désagréables pour les rendre franchement déplaisants, et embellit ce qui manque pour le rendre enviable. Vous êtes ainsi probablement attiré par tout ce qui est hors d’atteinte.

Des qualités inhérentes à votre personnalité

Ces éléments de personnalité que nous avons décrits vous confèrent un certain nombre de qualités qui vous sont propres. Ainsi vous êtes, entre autres :

– Créatif
– Original
– Spontané
– Authentique
– Sensible
– Attentif aux autres, altruiste
– Doté d’une bonne capacité d’écoute. Vous êtes un vrai confident.
– Compatissant
– Doté d’une réelle intelligence émotionnelle
– Non-conformiste
– Doué d’une certaine sensibilité artistique
– Passionné

« On peut bégayer en mimant un geste »

Marcel Marceau

Marceau

Improvisation et clown : J-5

septembre 22, 2007

Rentrée théâtrale enfin, après trois mois d’interruption. Ce soir j’ai comme retrouvé une partie de moi-même.

Lors de cette soirée de présentation des ateliers de l’année, je retrouvai Luis tel que je l’avais quitté au mois de juin. Fou, excité, enthousiaste, humain et ouvert. Avec son regard et son accent espagnol. Artiste.

« Improvisation et clown ». Quelles surprises Luis allait-il nous réserver cette année ? Lors de sa présentation, il synthétisa en quelques phrases notre travail de l’année passée, s’appuyant sur les photos du spectacle du mois de mai, puis dévoila le fil conducteur de l’année à venir : travailler et façonner un personnage. Son personnage. Et creuser, creuser encore, apprendre à improviser avec ce personnage.

L’impatience me dévore. Cette nouvelle porte ouverte me tend les bras, je veux m’y engouffrer à corps perdu. Faisant d’incessants allers-retours entre mon cœur et mon âme, l’enthousiasme du bonheur retrouve un nouveau souffle, entraînant dans son sillage celui de l’écriture. Je prend conscience d’un point commun évidant me liant à Luis, lui qui m’a prit la main et m’a apprit à marcher sur le chemin du théâtre. C’est celui de mépriser la monotonie et la répétition.

Evoluer, faire mieux, apprendre. Etre meilleur, jour après jour, grâce à l’improvisation. Non pas être meilleur que l’autre mais, grâce à lui, en improvisant ensemble, être meilleur que celui que l’on était la veille.

On va se régaler.

Ce soir j’ajoute une immense dimension à l’art niak : la vidéo !

Pour inaugurer cet évènement, je vous propose un fantastique hommage au leader de Radiohead, qu’un artiste surdoué, Nico Di Mattia, a su mettre en image sur ordinateur. Et quelle image !

Ayez la patience du téléchargement, ça vaut le coup d’oeil, surtout ceux pour qui le visage de cet homme hors du commun est familier.

25ème citation du jour

septembre 19, 2007

« Un coeur n’est juste

que s’il bat au même rythme que les autres coeurs ».

Paul Eluard

 

C’est la rentrée ! Et avec elle, toutes les réjouissances « qui se profilent à l’horizon », comme disait mon professeur de Français en sixième Madame Lefevre, en parlant des avertissements. Point de matinées grises et humides, comme j’imagine chaque rentrée depuis que j’ai été écolier.

Depuis que le monde ne tourne plus rond, et surtout cette année, il n’y a plus de saisons. C’est certainement la nouvelle expression, venant remplacer le vieux « Y’a plus de jeunesse ! ». Non, la rentrée me gâte d’un temps certes frais mais ensoleillé. Et puis je ne sais pas ce qu’il m’a pris cette année, au retour de vacances, mais j’étais presque heureux de retourner au travail. J’avais presque l’impression que j’allais m’acheter un nouveau cartable, de nouvelles chaussures et que j’allais retrouver mes petits copains pour faire plein de nouvelles conneries.

C’est vrai qu’il en fallait un peu, de bonne humeur, pour retrouver ma Picardie. Je prenais avant-hier mon courage (et mon volant) à deux mains, pour aller dans une vieille usine de Chauny, au fin fond de l’Aisne. Il me fallait rejoindre Noyon, aux confins de l’Oise puis traverser d’improbables villages picards en briques rouges : Chiry-Ourscamp est un village de mille cinq cents âmes à l’accent plein de « o », traversé par une route encombrée des travailleurs noyonnais qui se rendent à Compiègne, bouchonnant au pied de deux malheureux feux rouges. Il y a aussi un magasin discount d’aliments pour animaux, une restauration rapide flambant neuf, un bar-tabac-press ainsi qu’un fleuriste un peu dégarni.

A Chauny je décidai de retrouver un petit restaurant avant d’aller à mon rendez-vous. J’avais fréquenté « Le Chateaubriand » à plusieurs reprises lors d’une mission de deux semaines à Chauny, et j’espérais qu’il n’ait pas changé de propriétaire. Je poussais la porte vitrée de la salle et m’installai sur une table de deux personnes. J’aperçus et reconnu sans difficulté, derrière le comptoir, l’imposante silhouette du chef de la maison. Un homme grand, rustique, avec un bidon à ne pas vouloir s’y frotter, mais à mon souvenir il était un homme généreux et sympathique. Lui ne reconnu ni ma discrétion ni mon visage, ou du moins il ne m’en fit pas part, et je décidai de ne pas évoquer mon passage datant d’au moins un an.

Tripes et pommes vapeur au menu : pas ma tasse de thé. J’optai plutôt pour une omelette aux lardons, et m’accordait pour débuter un avocat-crevettes, plat se chamaillant la première place de mes entrées favorites, entre l’œuf mayonnaise et le filet de harengs – pommes de terre. Ma solitude, toujours difficile à supporter au restaurant, m’incita à observer avec attention les lieux. Devant moi un aquarium, vide d’eau, était encastré dans un mur de fausses pierres en plastique blanc. Son fond était rempli de différents sables et granulats hétérogènes sur lesquels mourraient trois ou quatre cactus de formes variées. Aux murs, une décoration d’une étonnante disparité venait intriguer mon regard. Un miroir publicitaire de la marque Thonon, deux ou trois reproductions de peintures inconnues au bataillon surmontant la marque Perrier, et puis à droite encore, une vieille carte usée du réseau de chemins de fer français.

Alors que l’avocat-crevettes frisait l’imposture, j’eus concernant l’omelette une ration pour deux jours, et de la compote de pomme maison choisie en dessert, une ration pour trois.  Finalement je sortais du Chateaubriand l’estomac tendu et gonflé. A bien m’en souvenir, c’était déjà le cas lorsque j’y venais les premières fois.

Et puis tout cela n’était pas prêt de changer au Chateaubriand. Ici, à Chauny, au cœur de la Picardie.