Ecriture et 24ème citation du jour

août 21, 2007

Demain soir je serai (enfin) en congés pendant plus de deux semaines. J’en avais vraiment besoin, car il me semble qu’une éternité me sépare de mes dernières vacances : un besoin oppressant de couper les ponts avec le travail et sa Picardie pluvieuse.

Le lecteur hasardeux mais néanmoins doué de courage qui s’est aventuré sur l’art niak ces derniers temps a pu constaté le calme tout estival qui y règne : je m’en excuse, quoique ces excuses ne soient pas indispensables. Mais pour faire court nous venons d’acheter notre nouvelle maison et avons commencé une phase de travaux qui devrait s’étendre sur plusieurs semaines. A présent mon esprit de bricoleur du dimanche n’est obsédé que par les mêmes mots : marteau, vis, cheville métallique à expansion, cloison alvéolaire, carreau de plâtre, enduit, peinture, burin, scie égoïne, perceuse, meuleuse… et j’en passe. Mais souvent des élans d’écriture se pressent dans les carrefours agités de mes neurones et la nécessité de mettre à plat quelques mots se fait brusquement sentir.

Hier soir j’étais convié à une petite soirée pour la célébration des quatre-vingts ans du voisin de mes beaux-parents. Par expérience je savais à quoi m’attendre. Il s’agissait d’une soirée disons mondaine où la politesse et la courtoisie devaient impérativement être de mise, en présence d’une génération plus ancienne que la mienne mais toutefois fort charmante. Pour l’occasion il y eut sans que je le sache un arrangement pour fêter mon anniversaire, ce qui me surprit fortement, ma belle-mère avait confectionné une pièce montée dont tout le monde pu se délecter et dont j’eus l’honneur d’en croquer le sommet. On fit l’éloge de ma récente et toute première « publication » dans le recueil Delerm, sur laquelle je reviendrai plus en détails dans un prochain post. Les convives étaient charmants et la plupart jouissaient visiblement de la sérénité qu’offre le deuxième demi-siècle d’une existence. Parmi tous ces personnages je saluai une vieille dame dont on me dit qu’elle était comtesse. A ce propos, je dirais que oui, il y a certaines occasions dans la vie qui nous font faire de bien singulières rencontres. De comtesse, elle n’avait rien de bien apparent, malgré tout. Elle portait des vêtements fort bien arrangés sans l’être trop et n’avait manifestement pas de manières particulièrement marquées. Son visage, usé par le temps qui passe, était traversé par de nombreuses rides, et bien que la comtesse se fit fort discrète tout au long de la soirée, je me dis au vue des rides qui partaient en étoile de sa bouche, qu’elle devait avoir soit beaucoup mangé dans sa vie, soit beaucoup parlé, soit les deux après tout. De ce visage particulier émanait, de ce que j’en ressentais, une grande sagesse (une grande bêtise traversa mon esprit bouillonnant : ma comtesse ne vivait pas de ses comptes, elle était sage-femme !).

Le moment de notre départ survint peu après vingt-deux heures trente. Je fis mes salutations à toute l’assemblée, puis vint le tour de la comtesse. Je lui serrai la main tout en articulant un très poli « au revoir madame » enveloppé dans ce sourire mitigé qu’est le mien (« laconique » comme dirait ma mère). La vieille dame me serra la main, m’offrit le sourire bienveillant des personnes âgées et rajouta, me regardant de ses yeux fins, qu’elle était très heureuse d’avoir fait ma connaissance, ce à quoi je répondis poliment que moi aussi, je l’étais. Enfin, la comtesse me saisit en dessous des épaules et m’embrassa chaleureusement.

J’ignorai quelle était l’origine de cette subite affection, mais je ressentis alors un étrange sentiment. Comme si en cet instant précis, la comtesse fût comme ma mère, et que je fus moi, comme son fils.

C’est bien la particularité de ce moment qui m’a poussé à rédigé ces quelques lignes, et je me rends compte une fois de plus de l’immense expressivité dont peut être douée l’écriture. Et de cette pensée j’eus l’envie d’en faire une synthèse, et de cette synthèse la vingt-quatrième citation du jour : 

« Parler, c’est donner la parole à son corps.

Ecrire, c’est la donner à son âme. »   

2 Réponses to “Ecriture et 24ème citation du jour”

  1. kiara said

    coucou😉
    j’avais préparé une réponse à ton mail et ton adresse ne fonctionne pas…. si tu en as une autre….
    a bientôt !
    kiara

  2. Bernard said

    Salut Rémy,
    depuis tout ce temps comment va?
    la figurine tu ne peins plus?
    sympa tes textes
    a+
    Bernard

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