Sans titre…

août 26, 2007

[Stand by pour travaux dans ma maison. Humbles excuses à tous ceux qui s’aventurent ici en espérant y trouver quelques belles tournures de phrases. I love you]

Demain soir je serai (enfin) en congés pendant plus de deux semaines. J’en avais vraiment besoin, car il me semble qu’une éternité me sépare de mes dernières vacances : un besoin oppressant de couper les ponts avec le travail et sa Picardie pluvieuse.

Le lecteur hasardeux mais néanmoins doué de courage qui s’est aventuré sur l’art niak ces derniers temps a pu constaté le calme tout estival qui y règne : je m’en excuse, quoique ces excuses ne soient pas indispensables. Mais pour faire court nous venons d’acheter notre nouvelle maison et avons commencé une phase de travaux qui devrait s’étendre sur plusieurs semaines. A présent mon esprit de bricoleur du dimanche n’est obsédé que par les mêmes mots : marteau, vis, cheville métallique à expansion, cloison alvéolaire, carreau de plâtre, enduit, peinture, burin, scie égoïne, perceuse, meuleuse… et j’en passe. Mais souvent des élans d’écriture se pressent dans les carrefours agités de mes neurones et la nécessité de mettre à plat quelques mots se fait brusquement sentir.

Hier soir j’étais convié à une petite soirée pour la célébration des quatre-vingts ans du voisin de mes beaux-parents. Par expérience je savais à quoi m’attendre. Il s’agissait d’une soirée disons mondaine où la politesse et la courtoisie devaient impérativement être de mise, en présence d’une génération plus ancienne que la mienne mais toutefois fort charmante. Pour l’occasion il y eut sans que je le sache un arrangement pour fêter mon anniversaire, ce qui me surprit fortement, ma belle-mère avait confectionné une pièce montée dont tout le monde pu se délecter et dont j’eus l’honneur d’en croquer le sommet. On fit l’éloge de ma récente et toute première « publication » dans le recueil Delerm, sur laquelle je reviendrai plus en détails dans un prochain post. Les convives étaient charmants et la plupart jouissaient visiblement de la sérénité qu’offre le deuxième demi-siècle d’une existence. Parmi tous ces personnages je saluai une vieille dame dont on me dit qu’elle était comtesse. A ce propos, je dirais que oui, il y a certaines occasions dans la vie qui nous font faire de bien singulières rencontres. De comtesse, elle n’avait rien de bien apparent, malgré tout. Elle portait des vêtements fort bien arrangés sans l’être trop et n’avait manifestement pas de manières particulièrement marquées. Son visage, usé par le temps qui passe, était traversé par de nombreuses rides, et bien que la comtesse se fit fort discrète tout au long de la soirée, je me dis au vue des rides qui partaient en étoile de sa bouche, qu’elle devait avoir soit beaucoup mangé dans sa vie, soit beaucoup parlé, soit les deux après tout. De ce visage particulier émanait, de ce que j’en ressentais, une grande sagesse (une grande bêtise traversa mon esprit bouillonnant : ma comtesse ne vivait pas de ses comptes, elle était sage-femme !).

Le moment de notre départ survint peu après vingt-deux heures trente. Je fis mes salutations à toute l’assemblée, puis vint le tour de la comtesse. Je lui serrai la main tout en articulant un très poli « au revoir madame » enveloppé dans ce sourire mitigé qu’est le mien (« laconique » comme dirait ma mère). La vieille dame me serra la main, m’offrit le sourire bienveillant des personnes âgées et rajouta, me regardant de ses yeux fins, qu’elle était très heureuse d’avoir fait ma connaissance, ce à quoi je répondis poliment que moi aussi, je l’étais. Enfin, la comtesse me saisit en dessous des épaules et m’embrassa chaleureusement.

J’ignorai quelle était l’origine de cette subite affection, mais je ressentis alors un étrange sentiment. Comme si en cet instant précis, la comtesse fût comme ma mère, et que je fus moi, comme son fils.

C’est bien la particularité de ce moment qui m’a poussé à rédigé ces quelques lignes, et je me rends compte une fois de plus de l’immense expressivité dont peut être douée l’écriture. Et de cette pensée j’eus l’envie d’en faire une synthèse, et de cette synthèse la vingt-quatrième citation du jour : 

« Parler, c’est donner la parole à son corps.

Ecrire, c’est la donner à son âme. »   

J’ai 28 ans ! Et toutes mes dents comme on dit. Enfin, une couronne en plus par rapport à l’année dernière.Mais bon, cette année mon anniversaire fut un jour comme les autres. Autant dire que je ne l’ai pas du tout fêté cette année. Le matin au réveil il y eut certes mon petit bout de femme me chuchotant à l’oreille un « bon anniversaire le chéri ! » et son bon petit gâteau au chocolat (« j’ai divisé les quantités par deux parce que c’était pour quatre… »), ce qui me rappela un peu la spécificité de ce samedi matin.  

Et puis j’attendis patiemment que mon téléphone portable retentisse, ou bien quelques signaux sonores de SMS, mais la journée fut loin d’être une symphonie. Deux amis et une collègue de travail (salut Manmande). Mes deux sœurs, légèrement en retard (juste retour des choses), et mes parents, ayant retenu les réclamations de mon 27ème 11 août l’année précédente : j’avais crié au scandale devant le silence radio de mes géniteurs. « Si si, je t’assure, on pensait à toi ! ».  

J’essayais de compter le nombre de personnes qui auraient pu me faire signe ce jour-là. Allez, peut-être dix. Quinze, tout au plus.

Au travail je parle souvent de l’effet « boomerang ». C’est un principe clair comme de l’eau de roche : un jour où l’autre on reçoit forcément sur le coin du crâne ce dont on ne s’est pas ou mal occupé dans le passé, juste retour des choses. C’est imparable, quasi mathématique. Et aujourd’hui je constate que la vie est aussi un grand boomerang.  

A qui ai-je souhaité l’anniversaire cette année ?  A force d’être égoïste on se retrouve tout seul, comme un con. C’est imparable, quasi mathématique. Je sais, je ne suis pas très expressif. Je suis bavard comme un gorille et joyeux comme un ours. Alors voilà, j’adresse mes plates excuses à tous ceux à qui je n’ai pas souhaité bon anniversaire, que je n’ai pas appelé ou à qui je n’ai pas écrit depuis des semaines et des mois.  

A tous ceux qui se reconnaîtront dans le terme d’amis et de proches, je leur dédie toute l’affection de mon message. 

 J’aime m’endormir. 

J’adore m’endormir. 

Cet instant est de loin celui de ma journée que je préfère. Loin, bien loin, à l’autre extrémité du moment de lutte et de souffrance qu’est le réveil. Oui oui, moi je suis « ravi au lit ». 

C’est un moment privilégié et sacré, que cet instant où je m’allonge sous la couette, concentrant toute mon attention sur mon sens du toucher, de manière à sentir chaque endroit de mon corps s’abandonnant au divin matelas. Je dépose mon crâne sur l’oreiller mœlleux et parfumé des promesses de la nuit, glisse ma main dans la caverne fraîche de sa face inférieure, puis je ferme les yeux : libération. Parfois, souvent même, quelques minutes seulement me suffisent à basculer du coté obscur. Mais point de Mal dans cet univers parallèle, dans cette seconde vie qu’est la nuit. Que du bonheur. Celui de s’abandonner à la nuit, corps et âme. 

Des milliers d’heures de sommeil à mon actif. Des heures magiques, des heures exquises, peuplées de souvenirs, de créatures fantastiques ou de créatures de rêves, parsemées de fantasmes et de regrets, de rires et de fous rires, de regards volés ou insistants et de tant d’autres choses. Sombres rêves aussi parfois, nuits agitées brisées par des réveils soudains et couverts de sueur, cauchemars insidieux et confusions mentales. Cris dans la nuit noire. 

Les nuits de mon enfance furent agitées. Ma famille en garde encore des souvenirs aujourd’hui. Elle évoque mes états somnambules, où je me levais la nuit pour aller au chevet de mes grands-parents déblatérer des phrases sans queue ni tête. Plus jeune encore, je me souviens à quel point j’aimais dormir dans le lit de ma grand-mère maternelle lorsque nous habitions dans le sud de la France. Une nuit je me levai pourtant, me mis debout sur le lit et criai « Non ! Non ! ». Oppression, angoisses et malaises troublèrent à de nombreuses reprises mes nuits de petit garçon, et il m’arrivait, dans l’étrangeté de ces moments, d’allumer la lumière sans m’en rendre compte, et de me réveiller dans l’atmosphère réchauffée par ma lampe de chevet comme émergeant d’un voyage hors du temps. 

Le temps qui passe apaise nos angoisses. Où plutôt il en change la nature. Toujours quelques sursauts et des paroles en l’air, d’une cohérence parfois douteuse. Il y a quelques années, en pleine nuit, je mis subitement en garde ma compagne contre un perroquet qui allait faire ses besoins sur nous. Je refuse toute analyse psychiatrique sur cette surprenante vision, trop inquiet quant à la possibilité d’une interprétation traumatisante pour ma petite personne. Des rires aussi, dans les premières heures de mon sommeil, qui ont tendance à me réveiller moi-même.  

J’aime m’endormir. 

J’adore m’endormir. Ce soir c’est week-end, et demain, pour mon anniversaire c’est grasse mat’ !