Théâtre et improvisation, el gran camino

juillet 19, 2007

Luisportrait

Hier soir je suis allé assister à la présentation du travail « Masques : fabrication et jeu » au théâtre de l’usine d’Eragny. Cet atelier de formation professionnel animé par Luis depuis neuf mois, présentait pour la première fois sa progression au public.L’utilisation du masque en théâtre, de ce que j’ai pu en découvrir à quelques occasions cette année et pour l’avoir pratiqué aux cotés de Luis à plusieurs reprises, est quelque chose d’assez inattendu et surprenant. Mais toujours très intéressant.

J’étais bien placé pour voir le spectacle, au deuxième rang. A deux ou trois mètres devant moi, Luis s’était installé devant la table de mixage pour orchestrer la représentation. J’étais à la fois surpris, ému et profondément enthousiaste, car une infinité de détails de cette soirée me rappelèrent les moments de théâtre vécus personnellement cette année. Les comédiens mirent en place le portique en métal de Luis enrichi de ce tissu violet et blanc faisant office de rideau que nous avions tant de fois franchi cette année, y compris lors de nos deux spectacles de fin d’année. Pendant la représentation j’observais Luis s’agiter comme il le faisait pour nous, claquant le majeur et le pouce pour redonner du rythme aux comédiens, intervenant avec autorité au milieu d’une scène soit pour recaler son déroulement, soit pour modifier l’attitude de l’un ou l’autre des comédiens. Il se cachait le visage aussi parfois, honteux autant que fier, que ses élèves osent franchir les limites comme lui les avait incités à le faire toute l’année, et j’entendais aussi son rire familier, si généreux. Luis, « bon public ». Finalement je me rendais compte de mon admiration à son égard. Je me rendais compte qu’il avait énormément compté pour moi cette année, et que je ne voulais absolument pas que cela s’arrête ici.

Luisgrimace

Aujourd’hui, après avoir pris un peu de recul sur l’année écoulée, je repense à l’inépuisable énergie que Luis a su mettre en œuvre pour nous porter dans l’improvisation théâtrale. Luis était notre carburant, tous les jeudi soirs, et parfois il m’arrivait de me demander par quelle incompréhensible magie cet artiste à tout faire venu d’Espagne pouvait déployer une passion si forte et nous la communiquer. De l’énergie et de la détermination, oui, de la part de ce jeune homme qui après un jour et une nuit de voiture, a débarqué en France il y a bientôt quinze ans sans un sou en poche. Boulimique de théâtre, Luis frappe aux portes, serre des mains et surtout il travaille. Dur. Sacrifiant week-ends et vacances. Il apprend le français, entre au Conservatoire municipal Supérieur d’art dramatique de Paris puis s’envole dans un tourbillon artistique, croisant les chemins Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, accumulant formations et tournées de représentations théâtrales en France et en Europe, interprétations télévisuelles et, en 2001, une place dans l’émission « Union libre ».

Luismasque           Luiscolonne

Jusqu’à aujourd’hui, j’avais une certaine image de mon « professeur » de théâtre. Pour moi il était un artiste, intermittent du spectacle, vivant de spectacles et de formations sporadiques, et je me disais qu’il était profondément injuste qu’un tel artiste ne puisse pas mener son existence dans de meilleures conditions. Mais à la lumière de tout ce que j’ai vécu à ses cotés, j’en suis presque envieux aujourd’hui. Car peu d’êtres humains croisés dans ma vie n’ont fait preuve d’autant de générosité, d’humilité et d’humanité. De sens artistique et d’imaginaire. De partage. Et finalement c’est peut-être la plus belle, la plus pure des richesses.

Luis m’a pris tel que je me suis présenté à lui, ce 13 octobre 2006 où je l’ai rencontré. Avec ma beauté, avec ma laideur. Avec ma timidité, avec mon aisance. Avec ma volonté d’aller vers lui, et avec la difficulté qui m’empêchait de m’ouvrir à lui et aux autres. Luis m’a apporté une grande affection. Cette même affection qu’il offre à chacun de ses élèves, sans aucune exception. Et à chaque être qui a eu la chance un jour de croiser son chemin.

El gran camino.

 

 

3 Réponses to “Théâtre et improvisation, el gran camino”

  1. J’insiste…je trouve que tu exagères… ;o)

  2. Bon… quand mêeeeemeeeee…. merci… ça m’a fait plaisir…. Pfffff…. Je suis mal à l’aise quand je lis des trucs comme ça…. c’est compréhensible…n’estce pas?

  3. guybrush said

    Non non… sincèrement Luis… t’es un sacré bonhomme ! Allez je n’en rajouterai pas plus, de peur de te faire rougir. Remarque, un peu de rouge sur le nez, c’est pas mal pour un clown non ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :