Dans l’air du temps 22 : un kebab à Montreuil

juillet 3, 2007

Montreuil,

Banlieue peuplée et multicolore, aux portes de Paris, où se côtoient toutes les races et toutes les origines. Ville hétéroclite où s’invitent, entre deux immeubles gris, les appartements de standing de la nouvelle vague immobilière. Frappant contraste que cette juxtaposition de pauvreté et d’architecture moderne, destinée à accueillir les travailleurs de la capitale n’ayant pas les moyens de vivre au cœur de la grande ville.

J’étais arrivé dans l’artère principale de Montreuil une heure en avance avant une représentation de théâtre, confiant dans l’idée de localiser un petit traiteur japonais bon marché pour satisfaire mon appétit du soir. Mais j’entrepris une longue marche vers l’est, observant sans conviction les vieilles devantures des vendeurs de pizza, des brasseries délabrées et des Kebabs si nombreux, handicapé comme souvent après un long trajet en voiture par une envie d’uriner que je contenais avec beaucoup de courage. Au bout de longues minutes d’errance et devant le constat que Montreuil n’avait pas investi un seul euro dans les toilettes public, je dus accepter la double nécessité de trouver un endroit pour manger, celui-ci devant être doté de toilettes.

Je pénétrai alors dans l’étroite pièce de « l’Istanbul », où la lourde odeur si caractéristique des Kebabs me prit d’assaut. Le propriétaire des lieux, un homme de petite taille mais dont l’hypertrophie crânienne me frappa immédiatement, se leva pour aller derrière le comptoir. Il était vêtu d’un survêtement bleu usé, et il portait d’épaisses chaussettes grises enserrées dans des claquettes Adidas. Après quelques instants de réflexion je commandai une « assiette Doner ». L’homme me proposa, dans un accent indigeste, un accompagnement dont je ne compris pas le nom. Je regardai alors la vitrine et vis un reste de riz épais mourrant dans un récipient en inox. Non, je ne voulais pas de ce vieux riz, et je demandai des frites tout simplement.

Au fond de la salle je devinai la présence du cabinet de toilettes tant désiré. Je m’en approchai et pénétrai dans cette petite arrière cours en réprimant ce mélange de honte et de dégoût. Le cabinet avait le mérite d’exister certes, mais il n’était pas le genre d’endroit dans lequel j’aimais m’attarder. Au moins y avait-il un peu de papier toilette. Je ressortis du cabinet puis approchai mes mains du lavabo. A ma gauche je vis un seau dans lequel marinait un balai serpillière, dans une eau noire. Avant de revenir dans la salle honorer ma commande, je m’essuyai les mains sur le pantalon, à l’ancienne. Le patron s’approcha de moi une grande assiette à la main, garnie de frites et de salade. Malgré l’accent, je compris le très gentil « Bon appétit monsieur » de mon interlocuteur.

kebab

Il était bon, son kebab, il faut le reconnaître. Mon cuisinier vint s’asseoir derrière moi, pour regarder la télévision. Je n’y comprenais rien, à cette chaîne turque. On y voyait des actualités politiques (des hommes en costumes s’adressaient à la foule en levant les bras), et puis ensuite ce devait être un moment dramatique (des femmes tout de noir vêtues menaient un lent cortège). Et puis ensuite le petit homme changea de chaîne, zappant sur une série grand public, qui le fit rire à plusieurs reprises. Il avait l’air maussade malgré tout. Il avait du déchanter, depuis son arrivée en France. Et depuis que Sarkozy avait fermé les portes de l’Europe à la Turquie, il préférait rester dans sa petite échoppe de Montreuil, à préparer des Kebabs en regardant sa télévision turque.

A mi-parcours de ma dégustation, une voix de femme me parvint. « Salam Alikoum ». Le film « Kingdom of heaven » m’avait appris la réponse, qui aurait dû être « Alikoum Salam », mais en réalité rien ne vint. La vieille femme s’était approchée de moi en tendant la main, demande à laquelle je répondis par un signe négatif de la tête. La mendiante me regarda de ses petits yeux fatigués, elle avait le teint hâlé et les dents grises. Elle consacra quelques instants à me parler dans son patois maternel. Pour m’insulter, certainement. Je ne savais pas de quand datait ce pichet d’eau, sur la table, pourtant j’avais soif. Alors je me suis décidé à en boire un verre, au moins, convaincu qu’Escherichia Coli ne mesurait que quelques micromètres et que par conséquent sa présence passerait parfaitement inaperçue à mes yeux d’homme.

Coli

Je suis sorti de « l’Istanbul » complètement repu, dégageant tant par l’haleine que par les vêtements une puissante odeur de kebab. Je l’avais payé cher, ce kebab. Six euros cinquante. Enfin… j’espérais simplement que ces six malheureux euros suffisaient à le faire vivre, ce gentil petit homme au crâne hypertrophié.

 

4 Réponses to “Dans l’air du temps 22 : un kebab à Montreuil”

  1. olivier said

    Personne n’est parfait, meme vous.

  2. guybrush said

    L’imperfection est le plus touchant des caractères humains.
    Mais je ne vois pas le rapport avec mon texte…
    A moins que je n’ai eu l’imperfection de m’y être mal exprimé…

  3. […] négatif qu’il m’ait été donné de lire un jour disait simplement, au bas de l’article « un kebab à Montreuil » […]

  4. […] » au Théâtre du faune de Montreuil (tiens d’ailleurs c’était ce soir-là, le fameux kebab…). Aux cotés de Stéfane Fitoussi, Joey Khonke, Cyril Graux et Cecilia Lucero, Fred Robbe nous […]

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