23ème citation du jour

juillet 25, 2007

J’adore…

« On peut faire des choses très belles

en étant soi-même assez moche. » 

Manu Larcenet

22ème citation du jour

juillet 21, 2007

« Ce n’est pas d’un tête-à-tête ni d’un corps-à-corps,

c’est d’un coeur-à-coeur que nous avons besoin ».

Pierre Teilhard de Chardin

 

 

Ecriture et mouvement

juillet 20, 2007

Il faut que je bouge, que j’évolue.

Je me le dois, j’en ai besoin. Je ne peux pas rester assis sur ma chaise ici, toute ma vie, à regarder par la fenêtre l’alternance des saisons et le défilé grisâtre des fantômes.

Que je travaille l’écriture, que je la malaxe, la mélange, en fasse mon écriture. Unique, subtile et inimitable.

Ecrire, c’est un peu comme cuisiner. De cuisinier du dimanche, je dois travailler pour être Meilleur ouvrier de France, puis Grand chef. Je travaillerai la Recette du Mouvement, celle où doivent se mêler à juste dose la grammaire, l’orthographe et la syntaxe. Celle où, les pieds sur terre, l’esprit doit viser les étoiles sans jamais regarder en bas. Celle où l’imaginaire et l’évasion sont les seules clés ouvrant les grandes portes du voyage.

Je suis seul à bord, avec mes mots. Je suis à la fois capitaine, cuistot et matelot.

L’isolement et la solitude, les têtes à têtes avec moi-même sont les puissants catalyseurs de l’écriture.

Rien ne peut arrêter l’esprit, rien ne peut arrêter la détermination. Rien, absolument rien ne peut étouffer la passion de l’écriture.

 

Luisportrait

Hier soir je suis allé assister à la présentation du travail « Masques : fabrication et jeu » au théâtre de l’usine d’Eragny. Cet atelier de formation professionnel animé par Luis depuis neuf mois, présentait pour la première fois sa progression au public.L’utilisation du masque en théâtre, de ce que j’ai pu en découvrir à quelques occasions cette année et pour l’avoir pratiqué aux cotés de Luis à plusieurs reprises, est quelque chose d’assez inattendu et surprenant. Mais toujours très intéressant.

J’étais bien placé pour voir le spectacle, au deuxième rang. A deux ou trois mètres devant moi, Luis s’était installé devant la table de mixage pour orchestrer la représentation. J’étais à la fois surpris, ému et profondément enthousiaste, car une infinité de détails de cette soirée me rappelèrent les moments de théâtre vécus personnellement cette année. Les comédiens mirent en place le portique en métal de Luis enrichi de ce tissu violet et blanc faisant office de rideau que nous avions tant de fois franchi cette année, y compris lors de nos deux spectacles de fin d’année. Pendant la représentation j’observais Luis s’agiter comme il le faisait pour nous, claquant le majeur et le pouce pour redonner du rythme aux comédiens, intervenant avec autorité au milieu d’une scène soit pour recaler son déroulement, soit pour modifier l’attitude de l’un ou l’autre des comédiens. Il se cachait le visage aussi parfois, honteux autant que fier, que ses élèves osent franchir les limites comme lui les avait incités à le faire toute l’année, et j’entendais aussi son rire familier, si généreux. Luis, « bon public ». Finalement je me rendais compte de mon admiration à son égard. Je me rendais compte qu’il avait énormément compté pour moi cette année, et que je ne voulais absolument pas que cela s’arrête ici.

Luisgrimace

Aujourd’hui, après avoir pris un peu de recul sur l’année écoulée, je repense à l’inépuisable énergie que Luis a su mettre en œuvre pour nous porter dans l’improvisation théâtrale. Luis était notre carburant, tous les jeudi soirs, et parfois il m’arrivait de me demander par quelle incompréhensible magie cet artiste à tout faire venu d’Espagne pouvait déployer une passion si forte et nous la communiquer. De l’énergie et de la détermination, oui, de la part de ce jeune homme qui après un jour et une nuit de voiture, a débarqué en France il y a bientôt quinze ans sans un sou en poche. Boulimique de théâtre, Luis frappe aux portes, serre des mains et surtout il travaille. Dur. Sacrifiant week-ends et vacances. Il apprend le français, entre au Conservatoire municipal Supérieur d’art dramatique de Paris puis s’envole dans un tourbillon artistique, croisant les chemins Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, accumulant formations et tournées de représentations théâtrales en France et en Europe, interprétations télévisuelles et, en 2001, une place dans l’émission « Union libre ».

Luismasque           Luiscolonne

Jusqu’à aujourd’hui, j’avais une certaine image de mon « professeur » de théâtre. Pour moi il était un artiste, intermittent du spectacle, vivant de spectacles et de formations sporadiques, et je me disais qu’il était profondément injuste qu’un tel artiste ne puisse pas mener son existence dans de meilleures conditions. Mais à la lumière de tout ce que j’ai vécu à ses cotés, j’en suis presque envieux aujourd’hui. Car peu d’êtres humains croisés dans ma vie n’ont fait preuve d’autant de générosité, d’humilité et d’humanité. De sens artistique et d’imaginaire. De partage. Et finalement c’est peut-être la plus belle, la plus pure des richesses.

Luis m’a pris tel que je me suis présenté à lui, ce 13 octobre 2006 où je l’ai rencontré. Avec ma beauté, avec ma laideur. Avec ma timidité, avec mon aisance. Avec ma volonté d’aller vers lui, et avec la difficulté qui m’empêchait de m’ouvrir à lui et aux autres. Luis m’a apporté une grande affection. Cette même affection qu’il offre à chacun de ses élèves, sans aucune exception. Et à chaque être qui a eu la chance un jour de croiser son chemin.

El gran camino.

 

 

airdutemps23

Rien ne va plus par là-haut. Le ciel va nous tomber sur la tête et jamais je ne m’étais senti aussi gaulois qu’en ce mois de Juillet 2007. Parce que le mois d’avril s’écoulait sous un soleil généreux et constant, il n’était pas stupide d’imaginer un été caniculaire. Pourtant, de la Picardie d’où je subis la météo depuis la fin du printemps j’observe, la mine dépitée, l’alternance des nuages gris foncé et gris clair, l’omniprésence de la pluie lourde ou de la bruine et, à de rares, très rares occasions, l’apparition timide d’un soleil boudeur et feignant.

Quand j’étais petit, il faisait beau en été. Tous les jours sans exception. C’est peut-être la vision déformée et particulièrement joyeuse de petit garçon qui me donne ce souvenir : il faisait forcément un temps magnifique pendant les mois de juillet-août, et le jour de la rentrée de septembre était forcément une matinée grise et froide. Mais la vérité sort toujours… du souvenir des enfants.

Nous habitions dans le Var, dans un petit lotissement en bord de forêt qu’on appelait « Le hameau des Sauvans ». Les mois d’été étaient secs et lumineux, mon teint de peau légèrement hâlé issu de mon métissage asiatique était renforcé par le soleil de plomb qui venait égayer chaque jour de notre insouciante existence. Je passais le plus clair de mon temps avec mon copain Loïc qui habitait au bout de la rue. Nous étions torse nu et pieds nus, la tignasse en bataille et crasseux d’une manière générale, à force de traîner partout là où des enfants de nos âges étaient capables de se faufiler. Loïc avait réussi à me convaincre qu’en buvant du lait notre masse musculaire allait augmenter considérablement. Alors après avoir bu deux ou trois verres de lait nature, nous faisions plusieurs fois, toujours pieds nus, le tour du lotissement en courant puis nous nous arrêtions, s’observant mutuellement, s’impatientant d’observer les bienfaits de la boisson. Mais rien ne vint jamais.

RémyVar

Le temps était sec. Et pendant les vacances notre petit groupe de gamins s’affairait à imaginer d’impensables bêtises dont les conséquences étaient tant bien que mal dissimulées à nos parents respectifs. De l’autre coté de la route, il y avait une bâtisse abandonnée dont on disait qu’elle était hantée. Nous nous étions un jour aventurés à pénétrer à l’intérieur de ses murs, mais le traumatisme de cette expérience fût tel que mon esprit en rejette encore aujourd’hui la commémoration. La maison était entourée d’un vaste terrain couvert d’herbes hautes. Un après-midi caniculaire, nous eûmes la brillante idée de faire un petit feu au milieu de cette étendue. Nous avions trouvé un vieux morceau de canalisation en fonte, disposé par terre et qui devait contenir les flammes en son centre. L’euphorie ne dura qu’une petite minute, puisque le feu indomptable voulut très vite étendre ses longs bras meurtriers aux alentours. Oubliant avec une force peu commune l’existence de mes petits camarades, n’ayant pour obsession que celle de sauver ma peau, je sautai dans le creux asséché du cours d’eau voisin pour m’échapper et rentrer chez moi incognito, fuyant le brasier exponentiel. Les pompiers étaient intervenus à temps pour ne pas nous infliger le spectacle de notre petit lotissement partant en fumée. Mais le soir même mon père m’offrit la plus belle correction de ma vie de petit garçon.

Aujourd’hui premier jour de vrai beau temps en Picardie, depuis fin avril. Il était temps, j’en ai marre de me peler les miches.

Feu

21ème citation du jour

juillet 5, 2007

« Il est parfois nécessaire de se taire

pour délivrer une parole juste »

Christian Bobin

 

Moi je suis vachement d’accord :).

Montreuil,

Banlieue peuplée et multicolore, aux portes de Paris, où se côtoient toutes les races et toutes les origines. Ville hétéroclite où s’invitent, entre deux immeubles gris, les appartements de standing de la nouvelle vague immobilière. Frappant contraste que cette juxtaposition de pauvreté et d’architecture moderne, destinée à accueillir les travailleurs de la capitale n’ayant pas les moyens de vivre au cœur de la grande ville.

J’étais arrivé dans l’artère principale de Montreuil une heure en avance avant une représentation de théâtre, confiant dans l’idée de localiser un petit traiteur japonais bon marché pour satisfaire mon appétit du soir. Mais j’entrepris une longue marche vers l’est, observant sans conviction les vieilles devantures des vendeurs de pizza, des brasseries délabrées et des Kebabs si nombreux, handicapé comme souvent après un long trajet en voiture par une envie d’uriner que je contenais avec beaucoup de courage. Au bout de longues minutes d’errance et devant le constat que Montreuil n’avait pas investi un seul euro dans les toilettes public, je dus accepter la double nécessité de trouver un endroit pour manger, celui-ci devant être doté de toilettes.

Je pénétrai alors dans l’étroite pièce de « l’Istanbul », où la lourde odeur si caractéristique des Kebabs me prit d’assaut. Le propriétaire des lieux, un homme de petite taille mais dont l’hypertrophie crânienne me frappa immédiatement, se leva pour aller derrière le comptoir. Il était vêtu d’un survêtement bleu usé, et il portait d’épaisses chaussettes grises enserrées dans des claquettes Adidas. Après quelques instants de réflexion je commandai une « assiette Doner ». L’homme me proposa, dans un accent indigeste, un accompagnement dont je ne compris pas le nom. Je regardai alors la vitrine et vis un reste de riz épais mourrant dans un récipient en inox. Non, je ne voulais pas de ce vieux riz, et je demandai des frites tout simplement.

Au fond de la salle je devinai la présence du cabinet de toilettes tant désiré. Je m’en approchai et pénétrai dans cette petite arrière cours en réprimant ce mélange de honte et de dégoût. Le cabinet avait le mérite d’exister certes, mais il n’était pas le genre d’endroit dans lequel j’aimais m’attarder. Au moins y avait-il un peu de papier toilette. Je ressortis du cabinet puis approchai mes mains du lavabo. A ma gauche je vis un seau dans lequel marinait un balai serpillière, dans une eau noire. Avant de revenir dans la salle honorer ma commande, je m’essuyai les mains sur le pantalon, à l’ancienne. Le patron s’approcha de moi une grande assiette à la main, garnie de frites et de salade. Malgré l’accent, je compris le très gentil « Bon appétit monsieur » de mon interlocuteur.

kebab

Il était bon, son kebab, il faut le reconnaître. Mon cuisinier vint s’asseoir derrière moi, pour regarder la télévision. Je n’y comprenais rien, à cette chaîne turque. On y voyait des actualités politiques (des hommes en costumes s’adressaient à la foule en levant les bras), et puis ensuite ce devait être un moment dramatique (des femmes tout de noir vêtues menaient un lent cortège). Et puis ensuite le petit homme changea de chaîne, zappant sur une série grand public, qui le fit rire à plusieurs reprises. Il avait l’air maussade malgré tout. Il avait du déchanter, depuis son arrivée en France. Et depuis que Sarkozy avait fermé les portes de l’Europe à la Turquie, il préférait rester dans sa petite échoppe de Montreuil, à préparer des Kebabs en regardant sa télévision turque.

A mi-parcours de ma dégustation, une voix de femme me parvint. « Salam Alikoum ». Le film « Kingdom of heaven » m’avait appris la réponse, qui aurait dû être « Alikoum Salam », mais en réalité rien ne vint. La vieille femme s’était approchée de moi en tendant la main, demande à laquelle je répondis par un signe négatif de la tête. La mendiante me regarda de ses petits yeux fatigués, elle avait le teint hâlé et les dents grises. Elle consacra quelques instants à me parler dans son patois maternel. Pour m’insulter, certainement. Je ne savais pas de quand datait ce pichet d’eau, sur la table, pourtant j’avais soif. Alors je me suis décidé à en boire un verre, au moins, convaincu qu’Escherichia Coli ne mesurait que quelques micromètres et que par conséquent sa présence passerait parfaitement inaperçue à mes yeux d’homme.

Coli

Je suis sorti de « l’Istanbul » complètement repu, dégageant tant par l’haleine que par les vêtements une puissante odeur de kebab. Je l’avais payé cher, ce kebab. Six euros cinquante. Enfin… j’espérais simplement que ces six malheureux euros suffisaient à le faire vivre, ce gentil petit homme au crâne hypertrophié.

 

Pffff…..

Non je n’ai pas remporté de prix au concours « Déclarez-vous en toutes lettres » de la Poste. Certes c’était un concours national. Des milliers d’écrivains en herbe de talent, certainement, des dizaines d’écrivains de métiers peut-être, qui ont planché sur le sujet. La consigne était simple, écrire la plus belle lettre d’amour en vingt-cinq lignes, à faire parvenir à un jury régional. Deux à trois jours avant la date limite d’envoi, Marie était revenu de la poste en s’écriant : « Eh il y a un concours de lettres d’amour à la Poste, tu devrais participer ! « . Alors juste avant de faire la sieste du samedi après-midi j’avais improvisé ma lettre d’amour en quelques minutes.

Je n’ai même pas été selectionné au niveau régional… « Le talent ne s’invente pas »: cette fois-ci il ne m’a pas traversé. Peu importe, moi je l’aime bien, ma lettre d’amour…

 

Ma chère compagne,

Ma si belle fleur,

Ma lumière,

Mon amour,

Ce matin, à l’heure où mon corps s’éveille, où mes yeux fatigués lentement s’ouvrent à la vie, un déchirement vient secouer mon cœur. Car ce matin comme celui d’hier et ceux de demain, mon corps fragilisé par la tristesse n’est pas assez fort, n’est pas assez grand dans le lit pour y occuper la place que tu y as laissée si brutalement. Dans l’obscurité silencieuse de ce nouvel hiver, le contact de ma peau sous les draps est glacial.

Dans mon esprit figé par tant de douleur revivent comme un film coloré les souvenirs de nos moments. Je me délecte des images de ton visage lumineux, de ta peau clair et de tes yeux amoureux et jamais le regard d’une femme ne m’aura tant bouleversé que le tient. J’ai aimé ton corps autant que ton âme, je fus amoureux de toute ta personne et si précieuse soit la vie, l’idée me vint un jour que j’eus donné la mienne pour construire ton bonheur.

Mais finalement c’est toi qui as donné la tienne. Même entouré de mille êtres qui me chérissent, en ton absence je suis orphelin pour toujours. Je t’ai aimée avec toute la force qu’un homme de ma modestie ait pu déployer, jour après jour, et je n’ai jamais fini de t’aimer. Le cœur se remet de tout, sauf des passions inabouties. Aussi, où que tu sois aujourd’hui, nourris-toi de mes pensées, nourris toi de mon insatiable passion, et repose en paix.