Dans l’air du temps 21 : chez mon dentiste…

juin 19, 2007

 Dentiste

Ce midi je me suis rendu chez mon dentiste, certes avec quelques minutes de retard mais avec un courage dont il faut nécessairement se doter pour ce genre de rendez-vous. Je parle de courage mais en réalité depuis trois ans, même si je n’ai pas l’entière rigueur des rendez-vous annuels, la peur du dentiste s’est peu à peu évaporée puisque le mien est un homme formidable.

Finies donc les douloureuses séances du centre commercial des 3 Fontaines à Cergy, où une femme peu scrupuleuse, impatiente et mal aimable expédiait mes opérations, perçait à coup sûr mes joues de ses outils aiguisés et poussait même le scandale à poser ses instruments sur moi. Non, monsieur Marois lui est un homme charmant et un chirurgien-dentiste de talent, au geste net, précis et tout en douceur. Savoir rassurer, savoir expliquer, voilà des compétences qui nous font revenir chez le dentiste sans trop rechigner. Car dans ces situations de don de soi, ou du moins de don de sa bouche (ce qui n’est pas rien), rien de tel que de bonnes explications, fussent-elles trop scientifiques et par conséquent, pas totalement transparentes à notre égard. Mais bon…

Tout n’avait pas commencé dans les meilleures conditions puisque handicapé par un retard de quelques minutes sans en avoir averti le cabinet, je me précipitai dans la rue et sentis en descendant du trottoir le contact mou et glissant si caractéristique des crottes de chien fraîches. Celle qui avait eu l’honneur de recevoir mon pied devait être d’une belle taille à l’origine, mais l’inertie de ma précipitation l’avait bien étalée sur le macadam tiède. Fort heureusement pour moi tout autant que pour mon dentiste les semelles de mes chaussures, parfaitement lisses, furent vite nettoyées contre le montant d’un panneau d’affichage compiégnois. Je tiens d’ailleurs à présenter mes excuses aux services techniques de la ville impériale, la culpabilisation du propriétaire du chien concerné permettant certainement de pardonner mon geste précipité.

Le docteur Marois s’était mis très vite au travail. C’est cela que j’aime chez monsieur Marois, dès le début nous avons commencé à discuter. Enfin lui plus que moi, articuler avec un tube dans la bouche étant bien évidemment un exercice voué à un échec inévitable et humiliant. Les inondations de la semaine dernière sur Noyon, l’émergence de la Chine, les mutuelles… Comme d’habitude je ne comprenais rien de ce qu’il pouvait bien trafiquer dans ma bouche : je le voyais s’affairer à changer ses outils divers et bruyants, il m’indiquait successivement « Fermez la bouche », « Ouvrez grand » ou « Tournez vers moi ». Et puis j’apercevais, dans la lumière des deux spots qui me fixaient tel un robot muet, les petites éclaboussures s’envolant de ma bouche et venant parfois s’échouer sur mes lunettes.

J’étais tendu, malgré tout, de cette tension naturelle d’instinct de survie, convaincu inconsciemment que l’acte de dentiste constitue malgré tout une certaine forme d’agression. Mais au final tout s’était déroulé dans d’excellentes conditions et je sortis même plutôt heureux, en me disant que j’avais beaucoup de chance de l’avoir, monsieur Marois.

Une Réponse to “Dans l’air du temps 21 : chez mon dentiste…”

  1. […] sécurité sociale : je ne vais jamais chez le médecin. Enfin, si peu… Une fois par ans chez le docteur des quenottes, et moins encore chez le docteur qui sait tout sur rien et rien sur tout (permettez-moi cette […]

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