Dans l’air du temps 19 : Syracuse (3) !

juin 4, 2007

Il y a quelques temps j’écrivais que « la politique, c’est la vie« . Effectivement, qu’on le veuille ou non, que l’on s’intéresse ou non à la politique, celle-ci est indissociablement liée à notre existence. Certes il est très fréquent , surtout lorsque ce sujet nous est fortement étranger, de se demander par exemple si aller voter aurait une quelconque influence sur notre vie quotidienne. Nous ne devrions jamais se poser ce genre de questions, car le simple fait de réfléchir quelques instants sur notre condition individuelle, que ce soit d’un point de vue privé, social ou professionnel, a un caractère profondément politique : la politique fait partie de notre vie quotidienne, et parfois de manière surprenante.

Hier soir je rentrai d’un délicieux week-end entre amis dans les environs de Nantes. Le week-end avait été festif, très joyeux et nous avions profité jusqu’à ses derniers instants d’un temps aux allures estivales. Aux portes de Paris dimanche soir, comme un signe du retour inéluctable, nous subîmes la double pénitence des bouchons franciliens et des averses de la fin de week-end. Bref le retour au bercail peu avant vingt-deux heures, fût tout autant mérité que bienvenu.

Aux alentours de vingt-trois heures, alors que je m’apprêtais à préparer mes vêtements du lendemain, je jetai un rapide coup d’œil par la fenêtre de l’étage. Au bas de l’immeuble d’en face, un homme bedonnant visiblement perturbé parlait à l’interphone. De la chambre j’entendais la voie stridente de l’interlocutrice que j’imaginais facilement comme étant sa femme, puis l’homme se mit à pleurer. Il s’éloigna, s’appuya contre la rambarde devant le local de poubelles l’air à la fois pensif et dépité puis revint à l’interphone, plusieurs fois. La conversation montait en puissance et je captai, par bribes, les mots essentiels qui la constituait : « ta mère », « l’autre salope » était ce qui m’était parvenu, avant qu’un véhicule de gendarmerie, duquel deux militaires et un policier sortirent, vint s’immobiliser devant l’immeuble. Investi soudainement du rôle de commère d’un soir, j’ouvrai discrètement la fenêtre de mon bureau pour mieux saisir l’essence de ce qui se passait devant chez moi. Les gendarmes avaient reçu l’appel d’une femme frappée par son mari. Je prêtai l’oreille et certains mots vinrent y résonner. « visage en sang », « vous avez bu ». « Vous ne croyez pas que la gendarmerie a autre chose à faire ? » se lamentait le gradé. L’homme, la voix tremblante, ému tout autant par la gravité de son acte que par cet interrogatoire inattendu, fit quelques efforts d’explication.
« Elle voulait pas que je sorte coller des affiches et j’avais un peu bu ».
– Vous avez bu, vous être alcoolique ? » demandait le gendarme.
– J’ai bu de la bière cet après-midi, et un whisky ce soir, avant de partir coller les affiches ».
– Mais la politique et l’alcoolisme c’est deux choses différentes » interrompit le gendarme.
Ces deux collègues entreprirent de faire souffler le malheureux dans un ballon et consacrèrent plusieurs minutes à observer le résultat du test sous la lumière d’une lampe torche, avant que l’un d’eux ne sonne à l’interphone pour s’entretenir avec la victime. « Vous allez rester-là, je vais voir votre épouse ».

Quelques minutes plus tard, l’homme redescendit. « Vous avez frappé votre femme, j’espère que vous vous rendez compte de ce que vous avez fait. » « On va la ramener et la prendre en charge ». J’en profitai pour m’éclipser et aller paisiblement repasser une chemise à rayures, essayant de ne pas trop condamner la curiosité qui m’avait poussé à suivre incognito cet évènement auquel il m’était donné très rarement d’assister.

Le lendemain matin j’ouvris la petite porte de la terrasse, fis quelques pas endormis dans la rue avant de me retourner. Partout dans cette rue qui descendait vers l’église – ici même d’ailleurs où à deux reprises la vitre de mon véhicule avait été brisée – sur le vieux lampadaire, le panneau de signalisation ainsi que sur les plots en métal hérissant le trottoir, je vis les petites affiches tricolores, collées de travers. Elles sautaient aux yeux, sur toute la distance de rue qu’il m’était possible d’observer, comme une rangée de militants FN alignés en file indienne. D’une certaine manière j’étais un peu privilégié. Moi je savais. Moi je savais, quel avait été le prix à payer pour coller ces quelques affiches.

Oui la politique fait partie de notre vie quotidienne, et parfois de manière surprenante.

FN

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