La citation du jour 20

juin 29, 2007

« Notre vie n’est qu’un fil d’or

dans une trame qui se déchire. »

Maurice Chappaz

Un an déjà ! Le temps est un géant qui avance à grands pas sur l’échelle de l’existence, et cette année s’est écoulée pour moi comme un battement de cil. Belle occasion que ce 28 juin 2007 pour lever la tête du clavier, relever les compteurs et faire le bilan de ces 365 jours de passion.

Relevé des compteurs

103 articles ont été publiés sur l’art niak, soit environ 2 articles par semaine en moyenne, visionnés au cours de 16 827 visites (46 par jour en moyenne, pointe à 540).
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Mon article « Sexblog » est bien évidemment le plus consulté de l’art niak (1 419 visionnages), preuve concrète que les mots clés les plus recherchés sur les moteurs de recherche sont à connotation sexuelle !

Ce qui m’a traumatisé

Je me suis rendu compte très récemment que je confondais depuis des années et en toute impunité Paul Verhoeven et David Cronenberg, en d’autres termes je pensais que « Basic Instinct », « Total Recall », « Robocop » d’une part, « La mouche », « Existenz » et « Crash » d’autre part, étaient du même homme. Confusion pardonnable pour le commun des mortels me direz-vous, mais profondément traumatisant pour le mortel cinéphile que je suis.

Le jour où m’a stagiaire m’a expliqué sans honte aucune qu’elle n’avait jamais vu « Pulp Fiction » d’une part, et qu’elle venait de comprendre que Anakin Skywalker était le futur Dark Vador d’autre part, m’a secoué. Toujours dans le domaine de Star Wars, ma femme a comparé un jour mon sexe à Jabba The Hutt. Que ce personnage soit une grosse et répugnante limace baveuse qui finit étranglée par les chaînes de sa belle esclave en bikini, voilà qui me fait parfois réfléchir au réel dessein de mon épouse.

Jabba

Ce qui m’a passionné

Beaucoup de choses, bien évidemment, puisqu’il n’y a point d’écriture sans passion. Mon goût pour le cinéma ne cesse de s’affirmer : sur le grand écran, « Babel » et « Je vais bien ne t’en fais pas » m’ont bouleversé, « La cité interdite » m’a subjugué et « 300 » m’a profondément secoué.

Dans le domaine de la bande dessinée, l’année a été marquée par la découverte de l’œuvre « Murena » au travers de son premier cycle et dont je découvre en ce moment la suite. Les deux tomes de « Toxic planet » ont égayé ma bibliothèque et « Chevaliers dragons » entre contre toute attente dans mon panthéon des bulles.

J’ai assisté à mon premier concert de Radiohead à Rock en Seine, après dix ans de passion pour ce groupe hors du temps. Soirée marquée à l’encre indélébile dans mon esprit de musicien. Ce même soir je me passionne pour Grand Corps Malade. Son inspiration, sa sincérité et son sens artistique sont aujourd’hui pour moi une grande source d’admiration. Enfin, je me suis rendu compte qu’à chaque écoute, le solo de guitare de « The wall » des Pink Floyd est un des moments de musique qui me fait le plus vibrer au monde.

Yorke

Théâtre, enfin et pour finir, puisque l’improvisation a changé ma vie, elle m’a prit dans ses bras, m’a enserré avec fougue et offert un voyage intense hors du temps, coloré, joyeux et dont le seul carburant était le bonheur. Le bonheur de s’ouvrir aux autres, de rire, d’oublier, d’apprendre, de s’envoler, de se sentir être. Mon spectacle de fin d’année fût l’une des expériences les plus intenses que j’aie pu vivre en l’espace de vingt-huit ans. L’improvisation n’est peut-être qu’une étape, une porte d’entrée, mais elle m’a insufflé le goût de la comédie.

What else ?

J’avais fait des catégories Dessin, Figurines, Improvisation et Ecriture les quatre piliers de l’art niak. Force est de constater que le dessin ne fait malheureusement plus partie de mon univers. Pour l’instant du moins. La révélation de Grèce, il y a un peu plus d’un an, s’était suivie de quelques très beaux coups de crayon. Mais je me suis retrouvé un beau jour dépourvu de toute inspiration, comme si le dessin avait été une énergie furtive m’ayant traversé comme un don magique… Peut-être que ce souffle me reviendra un jour.

Ma passion pour la figurine s’est aussi essoufflée. Activité trop répétitive à mes yeux, m’ayant incité à fréquenter des concours où le même petit groupe, dont j’ai fait partie à ma manière un certain moment, avait pour habitude de s’auto-congratuler, donnant aux médailles un goût amer, surtout lorsqu’elles m’échappaient assez injustement…

L’écriture est toujours le fil de mon existence. Plus que jamais. L’art niak m’a permis de donner des ailes à mon écriture et surtout, suprême récompense, de trouver des lecteurs, des lectrices, dont certains m’ont témoigné un très chaleureux soutient. Merci infiniment à cette poignée de fidèles dont la seule présence suffit à m’insuffler la détermination de poursuivre dans cette voie.

J’ai appris, j’ai compris que le talent ne s’invente pas.

Il ne s’achète pas, il ne se dérobe pas, il ne se provoque pas.

L’inspiration est un souffle qui me traverse par moments et me donne l’énergie de la création. Le temps d’un mouvement de stylo sur ma page blanche, ou l’instant d’un geste et d’une réplique, sur scène. Je sais pertinemment que lorsqu’une agitation s’empare soudain de moi, qu’il m’est vital de prendre un bout de papier pour écrire, je sais alors que cette énergie m’appartient.

L’art niak est pour moi une clé de lecture qui m’a permis de faire le bilan concret de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent de mon existence et la manière dont se profile mon futur. C’est par conséquent une manière de bâtir à mes pieds le chemin de l’art, marche après marche, pierre après pierre, alimentant ainsi une détermination profonde et intime de vouloir être meilleur chaque jour qui passe.

 

 

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Et voilà, nous l’avons refait.

Pas de la même manière, bien évidemment, c’est la nature même de l’improvisation. Cependant avec un certain goût de déjà vu, à n’en pas douter, et cela je le redoutais depuis longtemps. Car la perspective de jouer une deuxième fois m’avait dès le début laissé perplexe et inquiet. Lors de notre premier spectacle du 27 mai dernier, nous avions été bons. Très bons, par instants. Talentueux aussi, à l’échelle de notre parcours, de nos personnalités et de notre travail. J’ai encore à l’esprit cette sensation incroyable de saut dans le vide, de don de soi. L’image de la lumière qui éblouit lorsque nous entrions sur scène, les silhouettes noires du public qui patientait sur les bancs de la salle de spectacle. Tout cela avait eu, le 27 mai, un caractère profondément unique et non répétable. Devait-on vraiment rejouer une finale dont nous étions sortis vainqueurs ?

Pour quelques-uns d’entre nous le stress de ce deuxième spectacle était décuplé par l’expérience du premier. Mais pour la plupart, cette même expérience avait apaisé les craintes, fait baisser nos gardes et détendu nos esprits. Nous nous sommes reposés sur nos certitudes en espérant que ce second voyage se ferait en pilote automatique. Et pourtant… La succession d’erreurs des premiers instants du spectacle a jeté un trouble dans le groupe. Un nez rouge oublié, des entrées ou des sorties de scènes exécutées dans la précipitation, dos au public… Luis réagit immédiatement à nos écarts. Et puis à deux reprises, deux ping-pongs amputés par des « jokers » amplement justifiés. Luis se cache le visage pour ne pas assister au crash international. J’étais moi-même plus à l’aise sur scène, mais tellement moins inspiré, tellement moins impliqué !

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Enfin… Malgré tout, les secondes de détresse ont mis en lumière les plus beaux moments, et le public a su les capter et les encourager. De belles improvisations, de jolis échanges en ping-pongs, pour lesquels nous avons tous, comme la première fois, apporté chacun notre pierre. Une représentation qui m’a semblé courte, malgré quatre-vingt dix minutes de scène. Je revisionne mentalement mes deux ping-pongs menés respectivement avec Frédérique et Daniel. Le premier est un cours de mycologie qui aurait dû être de musicologie et dont la progression trouve son issue dans une répugnante affection du derrière. Le second est une « loufoquerie » made in Daniel, une de ces envolées sur lesquelles j’aime tant surenchérir aux cotés de mon frère d’armes. Je participe à une longue improvisation sur le thème des pyramides en Égypte, intégrant l’action de se maquiller et un crocodile volant qui pue, en 1914 ! Accompagné de Cécile, Brownie et Cyril, je déguste notre prestation. De belles trouvailles, comme cet instant inoubliable d’improvisation où Brownie cale sa gestuelle sur la mise en route mécanique de notre lampe torche. Je vois Luis faire des grimaces et des gestes d’impatience, je comprends qu’il faut sortir de scène.

Pour l’improvisation finale où tous participent, je crains derrière le rideau que nous ne terminions sur un fiasco total. Les idées sont complètement confuses et Daniel me dit au dernier moment : « Et moi je fais quoi alors ? ». Dernier rempart contre le vide, nous rentrons progressivement sur scène, patientant fébrilement derrière le rideau qu’une action ne se mette en place : Cyril et Brownie vont au feu en premier. Le reste de l’improvisation se déroule plutôt dans de bonnes conditions, et comme le 27 mai je me retrouve mort au milieu de la scène au bout de quelques minutes. Les yeux fermés, je perçois les échanges invraisemblables de mes collègues, je prends des coups, des claques. Frédérique le médecin (« Appelez l’apothicaire ! » crie Cécile) se penche vers moi, sa voix résonne dans mes oreilles et je sens qu’elle me met un bandeau autour de la tête. « Il a de la bave qui sort de la bouche ». « J’espère qu’il n’a pas la rage ! » s’inquiète Cécile. Daniel me manipule et je fais le pantin. Combien de temps vont-ils s’acharner sur moi ?! J’entends les rires du public, il est conquis. Et comme le 27, amusante coïncidence, je sors de scène traîné par terre. Et c’est ainsi que s’est terminé notre dernière improvisation de l’année.

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Nous nous sommes tous retrouvés, avec Luis, après le spectacle. Pour rire de nos succès, pour ironiser sur nos échecs, nous chamailler sur nos erreurs et défendre nos plus beaux instants. Loin, très loin dans le futur, au mois d’octobre, débutera la prochaine saison de théâtre. Qui sera encore parmi nous, qui saura nous insuffler l’énergie d’une nouvelle année ? Je l’ignore totalement, et perplexe, je croise le regard de chacun, mais ce soir une grande page s’est tournée.

Et quelle page…

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Je n’avais à l’origine pas très envie de venir, à ce spectacle. Eprouvé par cette semaine de travail, trois sorties successives dont deux qui nécessitaient le trajet jusque Cergy, et la préparation de mon spectacle de dimanche. Mais je serais passé à coté d’une si belle soirée !

Que de travail depuis ce jeudi soir où j’avais assisté au premier filage du spectacle de fin d’année du groupe de Théâtre en stock de Pierre Guillen ! Je reconnaissais ces comédiens côtoyés le temps d’une soirée, et en même temps ils avaient tant évolué… Les textes de la pièce présentée, « Le tourbillon de la vie », avait mûri. Il avait gagné en fluidité, en cohérence, en consistance.

Un grand plaisir donc que de (re)découvrir ce travail, cette pièce attachante qui met en lumière, au travers de personnages variés et très colorés, les grands moments d’une existence. Vie, mort, déclaration d’amour, jalousie, adolescence et vieillesse… En proposant une succession de scènes courtes, « Le tourbillon de la vie » met en valeur les comédiens dont chacun à sa manière a su apporter une personnalité, une interprétation, et le texte, drôle et incisif. Du rire, car deux facettes de l’humour émergeaient de la pièce. D’une part l’humour de l’écriture en elle-même, et d’autre part l’humour qui jaillit de chaque comédien en situation de théâtre et d’où émerge à un moment ou un autre une profonde vérité, une grande humanité.

J’ai été ému aussi car ce tourbillon, c’est aussi ceux qui partent, ceux que l’on a aimés tout en regrettant de ne pas leur avoir suffisamment dit. Ainsi ce vieillard en fauteuil roulant qui, au soir de sa vie, s’apprête enfin à dire « je t’aime » à celle qui s’occupe de lui depuis tant d’années. Ou cette rayonnante jeune femme dont les yeux brillent de tristesse car son père disparaît, le jour de son mariage.

Il y avait, dans le regard de chaque comédien, pendant le spectacle et bien plus encore lors du salut final, le scintillant éclat d’une grande aventure. Cet instant magique de théâtre, du premier rang d’où j’avais assisté à la représentation, j’avais la sensation de le partager avec eux. Peut-être un peu plus que celles et ceux qui, dans le public, n’ont jamais vécu ces moments de scènes. Car le théâtre peut se raconter. Il peut se transmettre de bouches à oreilles, il peut être écrit avec passion. Mais au final rien ne vaut autant que de le vivre, tout simplement.

Bravo à tous…

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Stuntman Mike, un homme mystérieux au volant d’un sombre bolide, traque des jeunes femmes et attend patiemment de pouvoir les tuer. Quatre femmes qui échappent à la mort décident de poursuivre l’homme et se venger.

Ca décoiffe, c’est le moins que l’on puisse écrire. Car il n’y a que les grandes œuvres qui ne laissent indifférents, et à coup sûr pour « Boulevard de la mort » Tarantino sera soit adulé, soit haï mais moi j’adore car cette œuvre m’a sacrément secoué et si j’aime le cinéma c’est bien pour ce pouvoir qu’il a de me marquer. Le projet « grindhouse » est le fruit d’un travail réalisé conjointement par Tarantino et son compère Robert Rodriguez. Le terme grindhouse fait référence aux salles de cinéma américaines qui projetaient il y a une vingtaine d’années des films de genre (kung-fu, horreur etc.) mêlant souvent violence et érotisme, en deux projections successives. L’œuvre Grindhouse de Tarantino-Rodriguez est donc un diptyque dont « Boulevard de la mort » est le premier volet, et dont le second « Planet terror » sortira à la rentrée, les deux films étant totalement indépendants l’un de l’autre. Copies rayées, scènes volontairement amputées, Tarantino et Rodriguez poussent à bout le concept pour faire revivre avec le plus d’intensité leur passion des vieilles « séries B ». Cela donne l’occasion de s’interroger sur la nature d’une série B : il s’agit, en terme cinématographique, d’un film au budget limité qui comporte par conséquent plusieurs imperfections. Le terme « série Z » lui désigne le même type de films mais de très mauvaise qualité : montage bâclé, erreurs techniques, mauvais acteurs etc.

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Plus précisément, « Boulevard de la mort » est un road-movie hommage au « slasher », dans lequel un tueur psychopathe massacre méthodiquement chacun des protagonistes. Mais bien évidemment dans « Boulevard de la mort », Tarantino y ajoute sa patte et fait mouche. Dialogues aux petits oignons entre personnages féminins quoique traînant parfois en longueur : à ce titre, le film est presque un « film de femmes ». Ambiance savoureuse, typée et surtout personnages ultra marqués. Ainsi Kurt Russel revit : l’acteur est magistralement effroyable dans son rôle de Stuntman. Des visages de femmes sont familiers. Ainsi Pam (Rose McGowan) n’est autre qu’une des sœurs Halliwell de la série « Charmed », Abernathy (Rosario Dawson) est un personnage de « Sin City » (Rodriguez – 2005) et enfin certains reconnaîtront dans les traits de la délicieuse Lee (Marie Elisabeth Winstead) l’héroïne de « Destination finale 3 » (Wong – 2006). Oui, toutes mes références ne sont pas forcément très avouables, mais après tout un cinéphile se doit de s’ouvrir à tous les cinémas…

Quentin Tarantino s’offre lui-même un second rôle plutôt réussi. Et d’ailleurs « Boulevard de la mort » est parsemé de références, délicieuses pour celui qui sait les saisir au vol (j’avoue qu’une ou deux m’ont totalement échappé malgré tout…). Ainsi la Chevy Nova au volant de laquelle Stuntman sévit est la même que conduisaient Vincent et Jules dans « Pulp Fiction » (Tarantino – 1994), la sonnerie téléphonique de Pam n’est autre que le sifflement de « Can’t hardly stand it » de la BO de « Kill Bill » (Tarantino – 2003) et le cinéaste remet en scène les deux flics texans de « Kill Bill ». Zoe Bell, enfin, qui joue son propre rôle, est la doublure d’Uma Thurman dans « Kill Bill » !

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Bref, un nouvel incontournable de ce créateur fou et sans limites qu’est Quentin Tarantino. Comme dans tous les films du cinéaste, la violence est très présente dans « Boulevard de la mort ». Une violence profonde, intense, concentrée. Une violence tant visuelle que psychologique, ce qui est bien plus traumatisant. Mais finalement comme dirait mon père « on ne sait plus trop si c’est du 3ème ou du 4ème degré ». Oui, « Boulevard de la mort » est un peu un film de malade. Mais ne boudons pas notre plaisir, car seul le cinéma peut nous nourrir de tels instants.

Tarantino

 Dentiste

Ce midi je me suis rendu chez mon dentiste, certes avec quelques minutes de retard mais avec un courage dont il faut nécessairement se doter pour ce genre de rendez-vous. Je parle de courage mais en réalité depuis trois ans, même si je n’ai pas l’entière rigueur des rendez-vous annuels, la peur du dentiste s’est peu à peu évaporée puisque le mien est un homme formidable.

Finies donc les douloureuses séances du centre commercial des 3 Fontaines à Cergy, où une femme peu scrupuleuse, impatiente et mal aimable expédiait mes opérations, perçait à coup sûr mes joues de ses outils aiguisés et poussait même le scandale à poser ses instruments sur moi. Non, monsieur Marois lui est un homme charmant et un chirurgien-dentiste de talent, au geste net, précis et tout en douceur. Savoir rassurer, savoir expliquer, voilà des compétences qui nous font revenir chez le dentiste sans trop rechigner. Car dans ces situations de don de soi, ou du moins de don de sa bouche (ce qui n’est pas rien), rien de tel que de bonnes explications, fussent-elles trop scientifiques et par conséquent, pas totalement transparentes à notre égard. Mais bon…

Tout n’avait pas commencé dans les meilleures conditions puisque handicapé par un retard de quelques minutes sans en avoir averti le cabinet, je me précipitai dans la rue et sentis en descendant du trottoir le contact mou et glissant si caractéristique des crottes de chien fraîches. Celle qui avait eu l’honneur de recevoir mon pied devait être d’une belle taille à l’origine, mais l’inertie de ma précipitation l’avait bien étalée sur le macadam tiède. Fort heureusement pour moi tout autant que pour mon dentiste les semelles de mes chaussures, parfaitement lisses, furent vite nettoyées contre le montant d’un panneau d’affichage compiégnois. Je tiens d’ailleurs à présenter mes excuses aux services techniques de la ville impériale, la culpabilisation du propriétaire du chien concerné permettant certainement de pardonner mon geste précipité.

Le docteur Marois s’était mis très vite au travail. C’est cela que j’aime chez monsieur Marois, dès le début nous avons commencé à discuter. Enfin lui plus que moi, articuler avec un tube dans la bouche étant bien évidemment un exercice voué à un échec inévitable et humiliant. Les inondations de la semaine dernière sur Noyon, l’émergence de la Chine, les mutuelles… Comme d’habitude je ne comprenais rien de ce qu’il pouvait bien trafiquer dans ma bouche : je le voyais s’affairer à changer ses outils divers et bruyants, il m’indiquait successivement « Fermez la bouche », « Ouvrez grand » ou « Tournez vers moi ». Et puis j’apercevais, dans la lumière des deux spots qui me fixaient tel un robot muet, les petites éclaboussures s’envolant de ma bouche et venant parfois s’échouer sur mes lunettes.

J’étais tendu, malgré tout, de cette tension naturelle d’instinct de survie, convaincu inconsciemment que l’acte de dentiste constitue malgré tout une certaine forme d’agression. Mais au final tout s’était déroulé dans d’excellentes conditions et je sortis même plutôt heureux, en me disant que j’avais beaucoup de chance de l’avoir, monsieur Marois.

 

Evènement planétaire : la troupe d’improvisation de Théâtre en Stock vous convie à sa représentation de fin d’année !

Après un échauffement tant du corps que de l’esprit, nous comédiens-improvisateurs, serons les cobayes de vos expérimentations puisque c’est VOUS, public sadique, qui choisirez les thèmes de nos improvisations ! Moyennant une participation de trois euros à notre douleur, tour à tour vous assisterez avec un malin plaisir à notre pitoyable naufrage, ou bien serez témoins d’inoubliables envolées improvisées dont seuls d’immenses comédiens ont la maîtrise… Pour ce bon moment partagé, venez nombreux le dimanche 24 juin aux portes de la maison de quartier des Linandes à Cergy (derrière le Leader Price), à 16 heures .

« Ne jamais oublier d’aimer exagérément :

c’est la seule bonne mesure.« 

Christiane Singer

 

Suracuseillustré

Nous sommes tous un peu « artistes » dans la famille. Ma mère est une pianiste sensible et douée, une guitariste éternelle et mania même pendant quelques temps les baguettes de batterie. Qu’elle ait eu pendant longtemps crayons et pastels à la main et qu’elle soit aujourd’hui un peintre aquarelliste ou huilée complètera l’ampleur de ses talents. Mes soeurs de leur coté effleurèrent aussi avec plus ou moins de passion les touches du piano pendant plusieurs années et la plus jeune démontra à plusieurs reprises sa sensibilité de dessinatrice. Quant à mon père, c’est au travers de l’objectif d’un appareil photo qu’il s’exprime.

C’est avec beaucoup de fierté que je présente les clichés qu’a réalisé mon père à l’occasion des élections présidentielles. Certes l’idée est simple et tout le monde ne pourra pas adhérer au sujet, cependant je trouve que ces bouts d’affiches électorales malmenées, collées les unes sur les autres, ont une profondeur et un pouvoir d’évocation certains. Tout comme la musique, le dessin ou la peinture peuvent le faire à merveille, la photographie fait vivre tout autant le souvenir du passé que l’impact du présent et l’imagination du futur. La photographie invite a un voyage, dont chacun est libre de choisir le chemin.

Merci ‘Pa

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Bayrou     Sarkozy    Devilliers

Royale     Lepen

Il y a quelques temps j’écrivais que « la politique, c’est la vie« . Effectivement, qu’on le veuille ou non, que l’on s’intéresse ou non à la politique, celle-ci est indissociablement liée à notre existence. Certes il est très fréquent , surtout lorsque ce sujet nous est fortement étranger, de se demander par exemple si aller voter aurait une quelconque influence sur notre vie quotidienne. Nous ne devrions jamais se poser ce genre de questions, car le simple fait de réfléchir quelques instants sur notre condition individuelle, que ce soit d’un point de vue privé, social ou professionnel, a un caractère profondément politique : la politique fait partie de notre vie quotidienne, et parfois de manière surprenante.

Hier soir je rentrai d’un délicieux week-end entre amis dans les environs de Nantes. Le week-end avait été festif, très joyeux et nous avions profité jusqu’à ses derniers instants d’un temps aux allures estivales. Aux portes de Paris dimanche soir, comme un signe du retour inéluctable, nous subîmes la double pénitence des bouchons franciliens et des averses de la fin de week-end. Bref le retour au bercail peu avant vingt-deux heures, fût tout autant mérité que bienvenu.

Aux alentours de vingt-trois heures, alors que je m’apprêtais à préparer mes vêtements du lendemain, je jetai un rapide coup d’œil par la fenêtre de l’étage. Au bas de l’immeuble d’en face, un homme bedonnant visiblement perturbé parlait à l’interphone. De la chambre j’entendais la voie stridente de l’interlocutrice que j’imaginais facilement comme étant sa femme, puis l’homme se mit à pleurer. Il s’éloigna, s’appuya contre la rambarde devant le local de poubelles l’air à la fois pensif et dépité puis revint à l’interphone, plusieurs fois. La conversation montait en puissance et je captai, par bribes, les mots essentiels qui la constituait : « ta mère », « l’autre salope » était ce qui m’était parvenu, avant qu’un véhicule de gendarmerie, duquel deux militaires et un policier sortirent, vint s’immobiliser devant l’immeuble. Investi soudainement du rôle de commère d’un soir, j’ouvrai discrètement la fenêtre de mon bureau pour mieux saisir l’essence de ce qui se passait devant chez moi. Les gendarmes avaient reçu l’appel d’une femme frappée par son mari. Je prêtai l’oreille et certains mots vinrent y résonner. « visage en sang », « vous avez bu ». « Vous ne croyez pas que la gendarmerie a autre chose à faire ? » se lamentait le gradé. L’homme, la voix tremblante, ému tout autant par la gravité de son acte que par cet interrogatoire inattendu, fit quelques efforts d’explication.
« Elle voulait pas que je sorte coller des affiches et j’avais un peu bu ».
– Vous avez bu, vous être alcoolique ? » demandait le gendarme.
– J’ai bu de la bière cet après-midi, et un whisky ce soir, avant de partir coller les affiches ».
– Mais la politique et l’alcoolisme c’est deux choses différentes » interrompit le gendarme.
Ces deux collègues entreprirent de faire souffler le malheureux dans un ballon et consacrèrent plusieurs minutes à observer le résultat du test sous la lumière d’une lampe torche, avant que l’un d’eux ne sonne à l’interphone pour s’entretenir avec la victime. « Vous allez rester-là, je vais voir votre épouse ».

Quelques minutes plus tard, l’homme redescendit. « Vous avez frappé votre femme, j’espère que vous vous rendez compte de ce que vous avez fait. » « On va la ramener et la prendre en charge ». J’en profitai pour m’éclipser et aller paisiblement repasser une chemise à rayures, essayant de ne pas trop condamner la curiosité qui m’avait poussé à suivre incognito cet évènement auquel il m’était donné très rarement d’assister.

Le lendemain matin j’ouvris la petite porte de la terrasse, fis quelques pas endormis dans la rue avant de me retourner. Partout dans cette rue qui descendait vers l’église – ici même d’ailleurs où à deux reprises la vitre de mon véhicule avait été brisée – sur le vieux lampadaire, le panneau de signalisation ainsi que sur les plots en métal hérissant le trottoir, je vis les petites affiches tricolores, collées de travers. Elles sautaient aux yeux, sur toute la distance de rue qu’il m’était possible d’observer, comme une rangée de militants FN alignés en file indienne. D’une certaine manière j’étais un peu privilégié. Moi je savais. Moi je savais, quel avait été le prix à payer pour coller ces quelques affiches.

Oui la politique fait partie de notre vie quotidienne, et parfois de manière surprenante.

FN