Improvisation : représentation « Théâtre en stock » du 27 mai 2007

mai 28, 2007

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La boucle est bouclée.

Tant d’émotions, tant de peurs, tant de rires, tant d’humanité…

Au fond de mon lit, aux alentours de deux heures du matin, alors que mon corps et mon esprit vacillaient de fatigue et d’émotion, je ne parvenais pas à trouver le sommeil, trop excité par tout ce que nous avions vécu quelques heures auparavant. Je revoyais nos scènes, j’entendais à nouveau mes répliques, j’entendais rire tout autour de moi, je voyais le visage de chacun de nous, affublé du collant noir et du nez rouge dans lequel nous avions tant de mal à respirer… Et puis je me suis enfin laissé porté par le sommeil, accompagné par la mélodie infinie des images, des sons et des couleurs de cette soirée hors du commun.

Tout le monde était arrivé à l’heure, mais nous n’avions que trente minutes pour préparer la salle. Luis était agité mais concentré, et tous ensemble nous avons mis en place ce qui allait être notre espace de jeu. Le Grand Jeu. Tout s’est enchaîné à une vitesse vertigineuse, aux portes de la salle s’impatientaient les premiers spectateurs qui devaient au final être trente ou quarante. Comme nous l’avions décidé, l’accès à la salle fut donné aux spectateurs pour assister à nos derniers préparatifs. Daniel prépare consciencieusement mon collant en me demandant régulièrement « ça va ce n’est trop serré ? ». Pendant que Luis meuble l’attente en apprivoisant le public, nous chuchotons, je ferme les yeux pour me concentrer et essayer de dompter les battements de mon cœur. Je sens le souffle du public, j’entends ses pas tranquilles alors qu’il prend peu à peu possession de la salle. Enfin j’ouvre les yeux puis scrute lentement les lieux de gauche à droite : d’innombrables silhouettes silencieuses peuplent les bancs. J’aperçois Marie ainsi que Pascaline et Jacques, mes beaux-parents qui me dévisagent avec impatience et plaisir. Boom boom boom boom boom boom : Luis commence à battre la mesure. Ca y est, les grandes portes de l’improvisation s’ouvrent lentement et nous nous dirigeons, tous les huit d’un seul et même corps, d’une seule et même énergie, derrière le rideau, tout droit vers l’Inconnu.

Notre entrée sur scène est plutôt réussie, malgré une forte sensation de froid dans la salle. Je prends la mesure de la scène, de la salle et de la présence de ce public que nous redoutions tant. Malgré quelques petites imperfections, les différentes étapes de notre échauffement collectif se déroulent comme prévu. Nous maîtrisons nos tournes langues et je décrie mon « petitpotdebeurre » sans même m’en rendre compte. Je m’efforce de respirer mais je finis l’échauffement avec la gorge sèche, sur ma chaise je crois mourir de soif et les battements de mon cœur sont encore bien présents. Le baptême du feu s’approche à grand pas, après que nous ayons collecté auprès du public les différents thèmes qui allaient être nos seules contraintes. Pour cette improvisation « Garden party à l’Elysée » devant intégrer « Pascaline », « la haine » et un nom de village imprononçable, Daniel, Audrey et Cécile font preuve du courage qui manque encore aux autres pour se lancer. L’impro s’envole.

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Je me lance dans mon premier ping-pong avec Cyril et Brownie. Pour me rassurer je décide d’endosser mon rôle de vieux papy râleur et nous allons avec Cécile à la messe qu’officie Brownie. L’échange se déroule à merveille, je commence à respirer et nous trouvons le moyen de boucler la prestation dans de très bonnes conditions. Le public est avec nous, je sens le souffle commun de notre groupe : ça y est nous y sommes !

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Frédérique, Brownie et Ionna nous régalent ensuite d’une délicieuse impro où la dernière ressort de son placard le personnage de Carmen, inspirée de sa grand-mère. En visite à la Tour Eiffel, les trois commères, dont l’une est handicapée par une poitrine gigantesque flirtant avec les « 130-d », s’attèlent à monter les marches de l’escalier et, prise de vertige Carmen stoppe l’ascension à la première marche pour admirer le modeste point de vue. Les dialogues sont croustillants, le public est conquis. Les personnages de Frédérique et Brownie sont marqués, attachants, la seconde répète une phrase qui fait rire l’auditoire. « Elle est conne, mais pas sourde ! » Bravo Brownie. Le couple Frédérique / Brownie fonctionne à merveille. Dans un autre ping-pong loufoque et maîtrisé, Frédérique-Jésus, Cécile-Napoléon et Brownie l’infirmière font monter la sauce. Couverte d’une imposante perruque noire et de son nez rouge, persistant dans un état sérieux admirable, Frédérique est hilarante.

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Je me porte volontaire aux cotés d’Audrey et Cyril pour une improvisation sur l’année 1789 intégrant un « concombre ». Luis repousse les limites de l’impro et incite Daniel à nous rejoindre pour que nous improvisions à quatre. Notre préparation de quelques secondes suffit à nous mettre d’accord sur des idées folles, nous rions avant même de commencer la scène, c’est un délice unique que de se regrouper tous les quatre pour bâtir notre impro. Daniel est roi, bien évidemment et alors que sur le trône… de ses toilettes, il expulse Cyril – le concombre de son corps, Audrey et moi forçons la porte en chantant la Marseillaise. Je lis un texte révolutionnaire devant mes collègues, c’est incroyable comme les mots me viennent tous seuls, je me sens partir, je me sens incroyablement bien. Je bois les rires du public que je perçois par intermittences. Et depuis le début je reconnais parmi ces rires celui de Luis, ce rire si familier qui vient rythmer et encourager nos prestations.

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J’observe mes compagnons de théâtre. Chacun d’entre eux semble évoluer dans un univers imaginaire. Dans leurs yeux brille un éclat particulier que seule la scène peut faire émerger. Je suis fier, je suis admiratif de voir ces regards, ces visages. Nous vivons des moments uniques.

Ca devait arriver. L’époque « Cro-magnon » est choisie par le public et au sein du groupe des petits sourires s’esquissent. Je sais pertinemment que Daniel et moi allons plonger dans la mare, comme jeudi dernier. Je vais pouvoir utiliser cette massue couinante qui m’a fait tant rire lors du dernier atelier. Frédérique et Cyril nous accompagnent. Daniel s’envole, il profite des mots imposés « Saigon » et « pêcher » pour endosser le rôle d’un pêcheur asiatique. L’impro est loufoque à souhait, délicieuse. Cyril explose. Il copule derrière moi, j’entends des rires de part et d’autres. Depuis le début une incroyable écoute, exacerbée à la fois par l’euphorie du moment et le stress qu’il génère, nous relie les uns aux autres et à aucun moment je ne perçois de précipitations ou de cafouillages. C’est si bon de maîtriser la scène…

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Le temps n’a pas compté depuis le début. Luis annonce la dernière improvisation, collective. Ce doit être le clou du spectacle, il ne faut pas déraper sur cette dernière scène, malgré la difficulté d’improviser à huit. Pourtant nous vivons ensemble un grand moment partagé. Débordant de courage, de plaisir, de désir de scènes, nous accueillons les thèmes comme des prétextes au bonheur plutôt que comme des contraintes d’improvisation. « Renaissance », « courir », « scout mort » sont les balises de notre prestation finale. Nous savourons chaque seconde. Au terme de quelques minutes d’improvisation avec Cyril et Frédérique, Daniel entre en scène et finit par nous mettre à mort, Cyril et moi. Allongé par terre, la tête tournée vers le rideau, je me délecte d’une place unique, celle d’un spectateur au milieu des comédiens, au beau milieu de la scène. Je vois tout le monde s’agiter. Audrey le peintre et Ioanna, s’approcher de la « nature morte », Cécile et Brownie s’approcher de nous et nous tripoter. Quelques secondes de scène nous séparent encore de la fin. La troupe lentement se retire derrière le rideau sous les applaudissements d’un public conquis.

Voilà, le spectacle se termine. Soudés, profondément heureux, nous saluons en arc de cercle notre public. Nous, comédiens d’un soir, improvisateurs en herbe. La pression s’est envolée depuis longtemps, avec les premiers rires de l’auditoire.

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Ce fut un grand moment de ma vie. Une grande étape, si courte mais si intense. L’aboutissement d’une aventure commencée en octobre 2006 avec des inconnus. Une expérience dans laquelle je me suis investi sans jamais savoir où elle allait me mener. Voilà la magie de l’improvisation, celle de ne savoir ni où l’on va, ni avec qui, dans l’ignorance totale de la manière dont on va le faire. Finalement il y a un peu de destin dans l’improvisation. Mais il y a aussi et surtout beaucoup de bonheur.

« Merci Luis »

LuisM

 

 

9 Réponses to “Improvisation : représentation « Théâtre en stock » du 27 mai 2007”

  1. Cyril said

    Eh Papy, c le concombre qui te parle !

    Alors comme ca : « Je me lance dans mon premier ping-pong avec Cécile et Brownie. Pour me rassurer je décide d’endosser mon rôle de vieux papy râleur et nous allons avec Cécile à la messe qu’officie Brownie. »

    Et bien mon vieux, l’Alzheimer est déjà bien avancé chez toi. La scene ramolit tes neurones, papy !

    C avec moi et non Cécile que tu as fait ce ping-pong. C t moi ta femme !

    Non seulement t’aime pas ma cuisine, mais tu me confonds avec une rousse ???

    A part ca, je me délecte de revivre cette aventure en te lisant…

    Bisous mon chou…

  2. guybrush said

    Oups Monsieur Cyril… Certainement parce que la première impro de ma vie en tant que vioc c’était avec Cécile !
    Je rectifie ça illicto presto
    Bisous ma poule et encore félicitations pour hier soir😉

  3. Daniel said

    Salut p’tit scoot , c’est Frantz qui te parles…..comme tu le dis nous avons tous vecu un moment extras,que du plaisir sauf le stress du debut palpable ,et tu le retrenscrit très bien , au fait t’as des videos?

  4. ioanna said

    oui, oui des vidéos…

  5. fred said

    hello l’ami !!

    ici le christ rasta qui te parle..

    Comme toi et sans doute les autres, c’est notre

    unité qui m’a le plus marquée et touchée..

    Troupe d’amateurs certes! mais avec une réelle

    volonté de réussir, pour nous d’abord, pour le

    public, et aussi pour Luis ! QUEL PLAISIR !

    Et encore merci à toi de « fixer » nos moments

    théatraux.

    Bon on, se retrouve tous l’année prochaine..?

  6. Ian said

    Waouh! Bravo!

    C’est plein d’émotion ton billet, j’aurais aimé voir ça… Les photos en tout cas, sont très « théâtrales ». Est-ce qu’il va y avoir des videos peut être?

    Par contre, je me demande une chose qui m’intrigue, comment est-ce que vous avez structuré votre spectacle?

    Au plaisir de te revoir!

    Ian

  7. The Wonderful Rousse said

    Merci Papy de retranscrire avec autant de talent toutes nos émotions, nos peurs, nos rires et NOTRE STRESSSSSSSS !!!

    C’était horriiiiiiible mais tellement bon, presque jouissif de partager avec le public. AAAAAhhh oui !

    J’ai adoré la sensation d’être constamment habitée par THE clown (même si certains et certaines n’ont pas besoin d’un nez rouge pour refaire la Piste aux Etoiles…hihihiiii).

    Et surtout vous étiez tous génialissimes, à l’écoute, plein de surprises et extraordinairement belles et beaux. JE VOUS AIMEEEEEUUU !!

    Mais je m’emballe…

    Je vais prendre mes gouttes.
    Adieu je retourne sur mon île.

    Signé : Napoléon

  8. Brownie said

    Je pense avoir découvert la « jubilation » ce soir là. Comme un fou rire qui envahit et reste en soi délie la langue et les gestes tout simplement.

    Moments trop courts avec et au milieu de vous imprimés pour toujours.

    Big Kissssssessss, trés gros bisous Brownie

    Cloé a laissé un message: fantastique vous tous. Je garde des images plein la tête.

  9. Léa said

    Un grand bravo à vous tous. Il fallait un sacré courage pour se lancer comme ça dans le vide et vous l’avez fait à merveille.
    Bravo aussi à toi pour avoir si bien retranscrit ce que l’on ressent avant de rentrer sur scène, ce stress insoutenable mais en même temps si bon et puis, dès qu’on commence et qu’on entre sur scène, le soulagement, la joie, le bien-être, les rires du public qui nous motivent. Et puis soudain tout s’arrête, deux heures se sont déjà écoulées. Nous qui avions tellement peur de jouer, on a qu’une envie, retourner sur scène pour jouer jouer et encore jouer…
    Bon, trêves de mystères, je tombe le masque ! Je fais aussi partie de la joyeuse troupe de Théâtre en Stock, mais avec Pierre Guillen. J’étais dans le public et vous nous avez vraiment fait passer un bon moment.
    Camarades théâtreux, bonne chance pour le 24 ! et see you on the stage… !!

    Léa

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