Improvisation : H – 7…

mai 28, 2007

… avant mon spectacle d’improvisation de fin d’année.

Je suis mort de trouille.

Le cœur qui bat trop vite, les jambes en coton et mal au ventre.

9 ou 9,5 sur l’échelle de Richter de la peur.

Tout a commencé il y a deux ou trois jours, lorsque Marie m’a demandé innocemment : « A quelle heure commence ton spectacle dimanche ? ». Malheur, j’avais complètement occulté ce jour de mon esprit…

Tout est passé si vite depuis et jeudi fut notre dernier atelier de théâtre avant le grand soir. Le fait de retrouver mes compères et mes commères de l’improvisation, que je n’avais pas vus depuis deux semaines, apaisa mes craintes un instant. J’avais failli ne pas venir à cet atelier, accablé par deux ou trois semaines d’un travail sans pitié pour ma petite personne, et sachant qu’exceptionnellement Luis, vaquant à d’autres occupations scéniques en Roumanie, serait remplacé par un inconnu au bataillon.

Après un échauffement plus que bienvenu, nous nous attelâmes à la répétition des premières minutes du spectacle, non improvisées. Quelques tensions sont palpables ce soir, un stress sous-jacent, certainement, s’est emparé de chacun d’entre nous. Malgré tout, notre travail avance, certes loin de la perfection mais avec une fluidité toute acquise. Je sais pertinemment que dimanche soir nous nous marcherons sur les pieds, il y aura certains petits cafouillages, mais finalement qui aura l’œil assez rude pour les condamner, sinon nous-mêmes ?

Le reste de la soirée est consacrée à la série de ping-pongs et d’improvisations. Là encore je palpe les progrès que nous avons faits, et notamment ce savoir-faire assez inattendu pour trouver un moyen de clore une prestation et sortir de scène, comme si après tout la plus grande de nos préoccupations était de savoir se dépêtrer de toutes les situations. Mon ping-pong aux cotés de Frédérique et Cécile est un vrai délice, nous improvisons sur le mot « Staphylocoque ». Malade zozotant, je m’abandonne aux soins d’un médecin et de son assistante aux mœurs peu rassurantes. Alors que le début de l’improvisation me donne très peu l’occasion d’intervenir, le dialogue est confiné entre Frédérique et Cécile. Pourtant la première, avec une lucidité que j’admire, me repasse la main pour rééquilibrer la scène. Maîtrise. Nous nous envolons dans le loufoque, autour de nous les rires s’envolent aussi.

Pour l’improvisation dans laquelle je me lance ensuite aux cotés de Daniel, le thème que nous devons traiter est celui de « gravir une montagne » au temps de « Cro-magnon », en intégrant l’état « prétentieux » et la bizarrerie « Œil du tigre ». Comme à son habitude Daniel est déchaîné. Second, je rentre sur scène stoïque, prenant la mesure de son agitation et j’imagine que le contraste entre nos deux personnages contribuera à la réussite de la scène. Pour cette improvisation, Daniel m’a confié un énorme jouet en forme de massue, dont j’avais totalement oublié qu’il faisait un couinement profondément ridicule lorsqu’il était utilisé. L’acte inévitable se produit au bout de quelques minutes, et alors que j’assène un coup sur mon malheureux collègue, le couinement du jouet retentit et je reste une seconde pétrifié d’étonnement. Fou rire. Ce bruit inattendu vient démolir la violence de mon geste et tout le monde éclate de rire. L’hilarité de cet instant m’empêche de me contenir… Je m’en veux, de ne pas réussir à me contrôler sur scène, et pourtant c’est si bon de rire…

Tout au long de l’année, avec l’expérience, je savais qu’un atelier de théâtre était réussi si à aucun moment une pensée du travail ne venait le perturber. Et ce soir-là, même sur le chemin du retour, luttant contre un sommeil qui réclamait avec insistance sa venue, j’avais encore les images et les rires de ces trois heures de bonheur.

Ce soir, devant un public malgré tout acquis d’avance, il ne me reste plus qu’une chose à faire. Consacrer toute mon énergie à transmettre au public cette émotion. Celle de faire comprendre à quel point l’improvisation sut m’offrir, en seulement sept mois, ces instants d’une si forte intensité.

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