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Il y a plus de 2 000 ans en Asie, un souverain puissant règne sur l’un des sept royaumes de Chine. Trois combattants, « Lame brisée », «Flocon de neige » et « Ciel étoilé » projettent de l’assassiner, pour supprimer ses désirs de conquête pour unifier le pays. Un homme sans nom prétend avoir tué les trois assassins et se présente un jour devant le souverain pour en faire l’étonnant récit.

S’il y a une chose que j’aime par-dessus tout lorsque je reviens dans la maison de mes parents à Metz, trois à quatre fois par an, c’est consacrer quelques délicieuses minutes à fouiller dans les grandes bibliothèques familiales. Parfois je pars à la découverte des livres de poches, d’autres fois je me plonge dans les vieilles BD de l’étroit couloir de l’étage, ou d’autre fois encore j’incline la tête au dessus du téléviseur pour lire les titres de DVD, avide d’une trouvaille cinématographique dont mes parents cultivent la passion avec pérennité. Et c’est à l’occasion de mes dernières explorations que mes mains curieuses ont pu extraire de l’étagère blanche le petit boîtier poussiéreux de « Hero ». Certes, la couverture du DVD n’avait rien de bien excitant au premier abord, constat étant fait du style kitchissime dont peuvent faire preuve les asiatiques, que ce soit pour une affiche de cinéma, la pochette d’un album ou la déco d’un sachet de nouilles.

M’appuyant malgré tout sur la fierté de mes origines vietnamiennes et convaincu que l’ouverture à une culture implique l’acceptation de ses cotés les moins attrayants, mon regard se fixa quelques instants sur « Zhang Yimou ». Le nom du cinéaste me remémora immédiatement les émotions procurées par son dernier chef d’œuvre « La cité interdite » (2007). Je n’hésitai pas un seul instant à subtiliser provisoirement le DVD du foyer paternel, réjoui à l’idée de pouvoir découvrir « Hero », plus vieux de quatre ans par rapport à « La cité interdite ».

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Mon goût pour le cinéma s’affine d’année en année et ma sensibilité pour cet art grandit de jour en jour. Avec l’expérience des « petits » et des « grands » films, ce jugement n’étant que celui de mes propres goûts, je sais qu’il y a de fortes chances qu’un film me plaise si ses premiers instants savent capter mon attention. Ceux de « Hero » m’ont hypnotisé. Même si cette image n’est pas tout à fait à mon goût, on dit que « Hero » est un peu un film de Capes et d’épées, mais à la chinoise. Grand film de légende chinoise, à la fois romantique et cruel, « Hero » se construit autour du récit d’un combattant Sans Nom (Jet li) venu trouver le roi pour lui conter comment il a vaincu les trois guerriers désirant sa mort.

Histoire de duels donc, dans des décors somptueux de Chine où chaque combat, chaque chorégraphie est un tableau de maître d’un esthétisme poussé : Zhang Yimou est un peintre qui aime la couleur en mouvement. La nature aussi, les éléments qui la constituent, le vent, l’eau et le sable occupent une place unique dans le film. Une sublime scène de combat en lévitation au dessus des eaux limpides d’un lac, notamment, est d’une rare beauté. La bande originale signée par Tan Dun est magistrale. Lyrique et envoûtante, elle invite dans la modernité les sonorités asiatiques les plus anciennes et enveloppe à merveille le déroulement du récit.

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Pour donner vie à cette fascinante légende, Zhang Yimou s’est entouré de stars du cinéma chinois : outre Jet Li, Tony Leung Chiu-Wai, Maggie Cheung Man-Yuk et l’irrésistible Zhang Ziyi (« Tigres et dragons » Ang Lee – 2000, « Mémoires d’une geisha » Rob Marshall – 2006).

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Voilà un film qui s’approprie un petit coin privilégié de mon esprit pour ne jamais s’en échapper. Il rejoint, dans ma petite cinémathèque asiatique sa petite sœur « La cité interdite » ou encore l’œuvre majeure signée Akira Kurosawa, que mon père m’a fait découvrir, l’imposant « Ran » (1986), incroyable épopée samouraï dans le japon médiéval.

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« Il n’y a réellement ni beau style, ni beau dessin, ni belle couleur :

il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle. »

Auguste Rodin

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La boucle est bouclée.

Tant d’émotions, tant de peurs, tant de rires, tant d’humanité…

Au fond de mon lit, aux alentours de deux heures du matin, alors que mon corps et mon esprit vacillaient de fatigue et d’émotion, je ne parvenais pas à trouver le sommeil, trop excité par tout ce que nous avions vécu quelques heures auparavant. Je revoyais nos scènes, j’entendais à nouveau mes répliques, j’entendais rire tout autour de moi, je voyais le visage de chacun de nous, affublé du collant noir et du nez rouge dans lequel nous avions tant de mal à respirer… Et puis je me suis enfin laissé porté par le sommeil, accompagné par la mélodie infinie des images, des sons et des couleurs de cette soirée hors du commun.

Tout le monde était arrivé à l’heure, mais nous n’avions que trente minutes pour préparer la salle. Luis était agité mais concentré, et tous ensemble nous avons mis en place ce qui allait être notre espace de jeu. Le Grand Jeu. Tout s’est enchaîné à une vitesse vertigineuse, aux portes de la salle s’impatientaient les premiers spectateurs qui devaient au final être trente ou quarante. Comme nous l’avions décidé, l’accès à la salle fut donné aux spectateurs pour assister à nos derniers préparatifs. Daniel prépare consciencieusement mon collant en me demandant régulièrement « ça va ce n’est trop serré ? ». Pendant que Luis meuble l’attente en apprivoisant le public, nous chuchotons, je ferme les yeux pour me concentrer et essayer de dompter les battements de mon cœur. Je sens le souffle du public, j’entends ses pas tranquilles alors qu’il prend peu à peu possession de la salle. Enfin j’ouvre les yeux puis scrute lentement les lieux de gauche à droite : d’innombrables silhouettes silencieuses peuplent les bancs. J’aperçois Marie ainsi que Pascaline et Jacques, mes beaux-parents qui me dévisagent avec impatience et plaisir. Boom boom boom boom boom boom : Luis commence à battre la mesure. Ca y est, les grandes portes de l’improvisation s’ouvrent lentement et nous nous dirigeons, tous les huit d’un seul et même corps, d’une seule et même énergie, derrière le rideau, tout droit vers l’Inconnu.

Notre entrée sur scène est plutôt réussie, malgré une forte sensation de froid dans la salle. Je prends la mesure de la scène, de la salle et de la présence de ce public que nous redoutions tant. Malgré quelques petites imperfections, les différentes étapes de notre échauffement collectif se déroulent comme prévu. Nous maîtrisons nos tournes langues et je décrie mon « petitpotdebeurre » sans même m’en rendre compte. Je m’efforce de respirer mais je finis l’échauffement avec la gorge sèche, sur ma chaise je crois mourir de soif et les battements de mon cœur sont encore bien présents. Le baptême du feu s’approche à grand pas, après que nous ayons collecté auprès du public les différents thèmes qui allaient être nos seules contraintes. Pour cette improvisation « Garden party à l’Elysée » devant intégrer « Pascaline », « la haine » et un nom de village imprononçable, Daniel, Audrey et Cécile font preuve du courage qui manque encore aux autres pour se lancer. L’impro s’envole.

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Je me lance dans mon premier ping-pong avec Cyril et Brownie. Pour me rassurer je décide d’endosser mon rôle de vieux papy râleur et nous allons avec Cécile à la messe qu’officie Brownie. L’échange se déroule à merveille, je commence à respirer et nous trouvons le moyen de boucler la prestation dans de très bonnes conditions. Le public est avec nous, je sens le souffle commun de notre groupe : ça y est nous y sommes !

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Frédérique, Brownie et Ionna nous régalent ensuite d’une délicieuse impro où la dernière ressort de son placard le personnage de Carmen, inspirée de sa grand-mère. En visite à la Tour Eiffel, les trois commères, dont l’une est handicapée par une poitrine gigantesque flirtant avec les « 130-d », s’attèlent à monter les marches de l’escalier et, prise de vertige Carmen stoppe l’ascension à la première marche pour admirer le modeste point de vue. Les dialogues sont croustillants, le public est conquis. Les personnages de Frédérique et Brownie sont marqués, attachants, la seconde répète une phrase qui fait rire l’auditoire. « Elle est conne, mais pas sourde ! » Bravo Brownie. Le couple Frédérique / Brownie fonctionne à merveille. Dans un autre ping-pong loufoque et maîtrisé, Frédérique-Jésus, Cécile-Napoléon et Brownie l’infirmière font monter la sauce. Couverte d’une imposante perruque noire et de son nez rouge, persistant dans un état sérieux admirable, Frédérique est hilarante.

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Je me porte volontaire aux cotés d’Audrey et Cyril pour une improvisation sur l’année 1789 intégrant un « concombre ». Luis repousse les limites de l’impro et incite Daniel à nous rejoindre pour que nous improvisions à quatre. Notre préparation de quelques secondes suffit à nous mettre d’accord sur des idées folles, nous rions avant même de commencer la scène, c’est un délice unique que de se regrouper tous les quatre pour bâtir notre impro. Daniel est roi, bien évidemment et alors que sur le trône… de ses toilettes, il expulse Cyril – le concombre de son corps, Audrey et moi forçons la porte en chantant la Marseillaise. Je lis un texte révolutionnaire devant mes collègues, c’est incroyable comme les mots me viennent tous seuls, je me sens partir, je me sens incroyablement bien. Je bois les rires du public que je perçois par intermittences. Et depuis le début je reconnais parmi ces rires celui de Luis, ce rire si familier qui vient rythmer et encourager nos prestations.

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J’observe mes compagnons de théâtre. Chacun d’entre eux semble évoluer dans un univers imaginaire. Dans leurs yeux brille un éclat particulier que seule la scène peut faire émerger. Je suis fier, je suis admiratif de voir ces regards, ces visages. Nous vivons des moments uniques.

Ca devait arriver. L’époque « Cro-magnon » est choisie par le public et au sein du groupe des petits sourires s’esquissent. Je sais pertinemment que Daniel et moi allons plonger dans la mare, comme jeudi dernier. Je vais pouvoir utiliser cette massue couinante qui m’a fait tant rire lors du dernier atelier. Frédérique et Cyril nous accompagnent. Daniel s’envole, il profite des mots imposés « Saigon » et « pêcher » pour endosser le rôle d’un pêcheur asiatique. L’impro est loufoque à souhait, délicieuse. Cyril explose. Il copule derrière moi, j’entends des rires de part et d’autres. Depuis le début une incroyable écoute, exacerbée à la fois par l’euphorie du moment et le stress qu’il génère, nous relie les uns aux autres et à aucun moment je ne perçois de précipitations ou de cafouillages. C’est si bon de maîtriser la scène…

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Le temps n’a pas compté depuis le début. Luis annonce la dernière improvisation, collective. Ce doit être le clou du spectacle, il ne faut pas déraper sur cette dernière scène, malgré la difficulté d’improviser à huit. Pourtant nous vivons ensemble un grand moment partagé. Débordant de courage, de plaisir, de désir de scènes, nous accueillons les thèmes comme des prétextes au bonheur plutôt que comme des contraintes d’improvisation. « Renaissance », « courir », « scout mort » sont les balises de notre prestation finale. Nous savourons chaque seconde. Au terme de quelques minutes d’improvisation avec Cyril et Frédérique, Daniel entre en scène et finit par nous mettre à mort, Cyril et moi. Allongé par terre, la tête tournée vers le rideau, je me délecte d’une place unique, celle d’un spectateur au milieu des comédiens, au beau milieu de la scène. Je vois tout le monde s’agiter. Audrey le peintre et Ioanna, s’approcher de la « nature morte », Cécile et Brownie s’approcher de nous et nous tripoter. Quelques secondes de scène nous séparent encore de la fin. La troupe lentement se retire derrière le rideau sous les applaudissements d’un public conquis.

Voilà, le spectacle se termine. Soudés, profondément heureux, nous saluons en arc de cercle notre public. Nous, comédiens d’un soir, improvisateurs en herbe. La pression s’est envolée depuis longtemps, avec les premiers rires de l’auditoire.

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Ce fut un grand moment de ma vie. Une grande étape, si courte mais si intense. L’aboutissement d’une aventure commencée en octobre 2006 avec des inconnus. Une expérience dans laquelle je me suis investi sans jamais savoir où elle allait me mener. Voilà la magie de l’improvisation, celle de ne savoir ni où l’on va, ni avec qui, dans l’ignorance totale de la manière dont on va le faire. Finalement il y a un peu de destin dans l’improvisation. Mais il y a aussi et surtout beaucoup de bonheur.

« Merci Luis »

LuisM

 

 

… avant mon spectacle d’improvisation de fin d’année.

Je suis mort de trouille.

Le cœur qui bat trop vite, les jambes en coton et mal au ventre.

9 ou 9,5 sur l’échelle de Richter de la peur.

Tout a commencé il y a deux ou trois jours, lorsque Marie m’a demandé innocemment : « A quelle heure commence ton spectacle dimanche ? ». Malheur, j’avais complètement occulté ce jour de mon esprit…

Tout est passé si vite depuis et jeudi fut notre dernier atelier de théâtre avant le grand soir. Le fait de retrouver mes compères et mes commères de l’improvisation, que je n’avais pas vus depuis deux semaines, apaisa mes craintes un instant. J’avais failli ne pas venir à cet atelier, accablé par deux ou trois semaines d’un travail sans pitié pour ma petite personne, et sachant qu’exceptionnellement Luis, vaquant à d’autres occupations scéniques en Roumanie, serait remplacé par un inconnu au bataillon.

Après un échauffement plus que bienvenu, nous nous attelâmes à la répétition des premières minutes du spectacle, non improvisées. Quelques tensions sont palpables ce soir, un stress sous-jacent, certainement, s’est emparé de chacun d’entre nous. Malgré tout, notre travail avance, certes loin de la perfection mais avec une fluidité toute acquise. Je sais pertinemment que dimanche soir nous nous marcherons sur les pieds, il y aura certains petits cafouillages, mais finalement qui aura l’œil assez rude pour les condamner, sinon nous-mêmes ?

Le reste de la soirée est consacrée à la série de ping-pongs et d’improvisations. Là encore je palpe les progrès que nous avons faits, et notamment ce savoir-faire assez inattendu pour trouver un moyen de clore une prestation et sortir de scène, comme si après tout la plus grande de nos préoccupations était de savoir se dépêtrer de toutes les situations. Mon ping-pong aux cotés de Frédérique et Cécile est un vrai délice, nous improvisons sur le mot « Staphylocoque ». Malade zozotant, je m’abandonne aux soins d’un médecin et de son assistante aux mœurs peu rassurantes. Alors que le début de l’improvisation me donne très peu l’occasion d’intervenir, le dialogue est confiné entre Frédérique et Cécile. Pourtant la première, avec une lucidité que j’admire, me repasse la main pour rééquilibrer la scène. Maîtrise. Nous nous envolons dans le loufoque, autour de nous les rires s’envolent aussi.

Pour l’improvisation dans laquelle je me lance ensuite aux cotés de Daniel, le thème que nous devons traiter est celui de « gravir une montagne » au temps de « Cro-magnon », en intégrant l’état « prétentieux » et la bizarrerie « Œil du tigre ». Comme à son habitude Daniel est déchaîné. Second, je rentre sur scène stoïque, prenant la mesure de son agitation et j’imagine que le contraste entre nos deux personnages contribuera à la réussite de la scène. Pour cette improvisation, Daniel m’a confié un énorme jouet en forme de massue, dont j’avais totalement oublié qu’il faisait un couinement profondément ridicule lorsqu’il était utilisé. L’acte inévitable se produit au bout de quelques minutes, et alors que j’assène un coup sur mon malheureux collègue, le couinement du jouet retentit et je reste une seconde pétrifié d’étonnement. Fou rire. Ce bruit inattendu vient démolir la violence de mon geste et tout le monde éclate de rire. L’hilarité de cet instant m’empêche de me contenir… Je m’en veux, de ne pas réussir à me contrôler sur scène, et pourtant c’est si bon de rire…

Tout au long de l’année, avec l’expérience, je savais qu’un atelier de théâtre était réussi si à aucun moment une pensée du travail ne venait le perturber. Et ce soir-là, même sur le chemin du retour, luttant contre un sommeil qui réclamait avec insistance sa venue, j’avais encore les images et les rires de ces trois heures de bonheur.

Ce soir, devant un public malgré tout acquis d’avance, il ne me reste plus qu’une chose à faire. Consacrer toute mon énergie à transmettre au public cette émotion. Celle de faire comprendre à quel point l’improvisation sut m’offrir, en seulement sept mois, ces instants d’une si forte intensité.

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Ce soir je cède à cette grande tentation de poursuivre l’embryon de réflexion abordée il y a quelques jours dans mon premier « Syracuse ». Oui, c’était trop tentant, après avoir lu le commentaire politico philosophique de mon « papounet » (salut ‘pa, content de voir que tu lis mon blog…) s’y rapportant. Qui aurait pu croire que je puisse un jour aborder un sujet politique sur l’art niak ? Certes mes vacances d’hiver furent pour moi l’occasion de sonder mon âme sur la question, mais de là à en poursuivre l’écriture…

C’est très amusant. Jusqu’à aujourd’hui j’ai toujours cru que la politique était un sujet binaire, soit noir, soit blanc. J’ai toujours imaginé que la gauche c’était le « bien », les « plus gentils » et la droite le « mal », les « moins gentils ». Lorsque la gauche est arrivée à la mairie de Paris et que tout le monde parlait de cet « évènement » j’ai naïvement pensé que la vie dans la capitale allait être plus paisible, les parisiens plus solidaires et le cœur gonflé de plus d’amour. C’est assez comique de constater en grandissant, les « raccourcis intellectuels » de nos années passées. Ces raccourcis ne sont autres que de l’ignorance et je persiste à dire que ces raccourcis, ces ignorances sont sources de bien des maux comme l’est le racisme par exemple.

Bref, à mes yeux la politique, bien que le sujet ne m’inspirât aucune sorte d’intérêt jusque là, était une simple équation. Lors des élections de 95, je votais par procuration à droite, certain qu’il s’agissait du vote par défaut et certain surtout que je suivrais ainsi l’orientation de mes parents. A la lumière de toutes ces années passées j’imagine la tête de mon père au bout du fil, lui lecteur de Télérama et du Monde, à ma demande de voter Chirac… Jusqu’au jour où je me suis pris de passion pour la campagne de 2007. Ca m’a prit comme ça, un matin de vacances, je me suis acheté un journal et puis j’ai commencé à suivre avec attention une, puis deux puis trois émissions politiques. Fascinant constat : la politique, c’est la vie. Et un véritable homme politique l’est à chaque instant de son existence et ne peut jamais vraiment cesser de l’être.

Je commençais à « comprendre ». Visualiser les camps, les clans et les partis, à mettre des têtes sur des noms, des noms sur des têtes et à nuancer mon modeste savoir en la matière. Commencer à façonner mes convictions intimes. Alors voilà, les élections sont terminées, un nouveau personnage porté par une énergie peu commune dont certains excès font des vagues accède à l’Elysée, et moi je suis un peu moins ignorant qu’avant. Et puis maintenant je peux débattre. Il y a tant à débattre…

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Ah… Sarkozy et ses trois malheureuses petites journées à bord d’un yacht de luxe. Mais celui qui certes veut réhabiliter le travail, l’effort, celui qui devrait donner l’exemple, aurait-il franchement dû planter sa tente dans un camping municipal ? Condamner son excès de zèle et ses diverses conséquences pourquoi pas, mais doit-on préférer l’immobilisme et la léthargie pour un homme de sa fonction ? Oui je sais, Sarkozy est radical. Mais je n’ose imaginer le cataclysme national s’il avait proposé l’encadrement militaire des jeunes délinquants tel que l’a soutenu à l’époque sa concurrente du PS ! Remémorons-nous notre enfance, et interrogeons-nous sur la meilleure manière que nos parents aient employé pour nous éduquer. Fermeté et répression ou dialogue et laxisme ? Sujet si complexe, surtout lorsqu’il s’agit d’un peuple tout entier, contrasté par sa diversité d’âge, d’origine ou de culture.

Solidarité, certes. Ouverture à l’autres, certes.

Mais comment supporter une solidarité à sens unique, un don de soi gratuit et sans retour ? Alors effectivement l’égoïsme, que j’identifie grossièrement comme un caractère de droite, est un repli sur soi rapide et rassurant. J’ai donné à des SDF, j’ai aidé des personnes dans le besoin, à mon échelle, sans rien demander en retour. Mais trois pavés sur les vitres de ma voiture en trois ans, voilà qui me pousse, sans que je n’aie rien demandé à personne, à l’égoïsme. Comment prendre sur moi et tendre la main à mon vandale pour lui dire : « Dialoguons toi et moi, toi qui est envieux de mes biens car les biens sont si mal répartis entre nous, marchons ensemble et faisons en sorte que nos différences s’estompent. » ?

Tant de sujet à débattre, tant de sujet passionnants…

Il n’y a qu’une chose que je puisse craindre en politique. C’est que les gens adhèrent à un homme non pas pour ses convictions, mais pour la manière dont il sait les communiquer. Un peu comme une star de rock anglais : on se passionne pour son style, on admire son charisme et sa puissance scénique sans jamais rien comprendre à ce qu’il chante. Allez Nicolas, vient faire un petit pogo dans les cités, soixante millions de Français t’observent.

 

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« La beauté des choses existe

dans l’esprit de celui qui les contemple »

David Hume

 

Il y a certains matins comme ceux-là dont je me passerais bien, surtout lorsqu’ils ont un certain goût de « déjà vu ». En ce mercredi matin, lendemain de jour férié, j’avais les yeux embués de cette fatigue provoquée par le rythme cassé de ces deux dernières semaines, tronquées respectivement par le 1er et le 8 mai. Je descendais donc la rue Saint Justin de Louvres, consolé par la perspective de mon acquisition très prochaine d’une nouvelle maison dans un joli quartier de la ville, lorsque j’aperçus au pied de ma clio jaune de société, les débris bleutés de la vitre conducteur. En m’approchant du carnage, je vis un pavé logé entre les deux sièges avant, sur le levier de vitesse, et puis des traces de chaussures sur les sièges. Ma pochette à CD était laissée ouverte sur le siège passager. Entre Radiohead, Garbage ou Bjork, rien de bien excitant aux yeux de mes délinquants nocturnes. Un petit Rap ou R’n’B aurait été peut-être plus convoité, mais le vandalisme est par nature gratuit et désintéressé.

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Pendant la campagne présidentielle, je dialoguais avec ma mère et ma sœur sur la nature de notre vote du second tour. « Notre niveau social et notre éducation nous donnent la conscience pour ne pas soutenir cet homme », disait la première. « Il fait peur quand même… ». « Il ne faut pas voter pour quelqu’un qui cloisonne comme ça les gens » soutenait la seconde. Débat pacifique et intellectuel au terme duquel j’avais conclu très clairement l’idée que si je voulais voter en pensant un peu aux autres, effectivement je devais voter à gauche. Vote de solidarité, d’humanisme. Par contre, si je souhaitais voter pour moi, uniquement pour moi et dans ma situation actuelle, c’est-à-dire si je procédais à un vote égoïste, mon vote irait à droite.

Parfois il est si bon d’être égoïste.

En sortant du second tour, mon épouse remarquait : « Oh là là… il n’y avait que des Ségo dans la poubelle de l’urne… ». Pas étonnant, les beaux quartiers du 92 votent « égoïste ».

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Mon CD de Yves Montant était au milieu des débris de verre, dans la voiture. J’entendais intérieurement sa voix aussi virile que fragile et la douceur de son timbre. « J’aimerais tant voir Syracuse… ». Amer, je vis dans Syracuse une évocation qui vint à point et je revisitai la mélodie. « J’aimerais tant voir Sarkozy »…

Finalement voilà, c’était peut-être cela, ce pavé. Un pavé anti-Sarkozy, comme il y en a eu de nombreux suite aux résultats du 6 mai. Mais j’adresse un message personnel à celui qui a eu la gentillesse de déposer délicatement un pavé dans mon véhicule : tu es révolté par l’élection de Sarkozy ? Alors j’ai deux choses à te dire. Premièrement il a été élu à la majorité absolue dans le cadre d’une élection : cela s’appelle la démocratie, et ton geste est par conséquent une action anarchique, anti-démocratique. Et deuxièmement, si tu penses que ton geste apportera une solution à tes aspirations ou tes revendications, tu n’as pas ta place dans cette société. 

En juin 2005 je donnai naissance à « Du sang sur les mains », une sombre nouvelle de cinq pages rédigée de manière quasi instinctive en deux ou trois jours. C’est en découvrant l’écrasante bande-annonce de « Sin city » de Robert Rodriguez à l’affiche à cette époque, que me virent les quatre premières lignes de la nouvelle. Et d’ailleurs lorsque ma femme finit de lire « Du sang sur les mains », elle se lamenta : « Pfff… j’ai l’impression de lire Sin city », ce que je pris finalement comme un compliment.

A l’origine « Du sang sur les mains » se suffisait à elle-même, elle reposait sur un récit construit en boucle dont le déroulement permettait de comprendre le premier paragraphe. Mais pendant deux ans j’ai travaillé sur une suite, ou plutôt un complément, et aujourd’hui je termine enfin ce deuxième volet. Pour l’occasion il m’a fallut rajouter à la première partie le sous-titre « Chap.1: l’exécution » et de choisir « Le maître du jeu » pour la seconde. Certes un récit composé de plusieurs chapitres n’est pas une nouvelle à proprement parler, mais appelez-le comme vous le souhaitez l’essentiel pour moi étant de concrétiser une inspiration littéraire. Et sachez aussi qu’un troisième et dernier chapitre viendra clore la « trilogie » !

Du sang sur les mains – Chap.1: l’exécution

Du sang sur les mains – Chap.2: le maître du jeu

Sincity

« Un peu de folie est nécessaire

pour faire un pas de plus »

Paul Coelho