Dans l’air du temps 14 : Randonnée et élections présidentielles

mars 19, 2007

Queyras1

Alors que je quitte un dîner paisible dans la vieille demeure savoyarde de mes grands-parents, aux dernières limites de ce village qu’on appelle Drumettaz-Clarafond, un sentiment de profonde frustation (ou serait-ce de la déception ?) ronge lentement ma soirée. J’avais préparé toute la journée mon appétit dans le but d’aborder avec le plus de sérénité et de plaisir ce repas tant attendu, ma grand-mère ayant annoncé la préparation d’une fondue savoyarde. En m’installant à table peu avant vingt heures je constatais, presque incrédule, que fondue il y avait certes, mais savoyarde beaucoup moins puisqu’au fond de l’appareil ramolissait une vulgaire pâte de fromage industrielle. Sacrilège. A cet instant où la pointe de mon stylo crayonne le papier à lettre rugueux, dans l’attente d’un scolaire recopiage sur l’art niak, un souvenir d’enfance, encore un, vient caresser mes neurones. Que sont devenues les soirées fondue en famille, il y a quinze ou vingt ans lorsque nous autres les gosses nous ingurgitions le sacro-saint fromage fondu, jouant avec les fils de fromage étirés tels ceux d’une toile d’araignée fumante, mangeant plus que de raison au point d’avoir mal au vide et de sentir son coeur battant la chamade à cause du vin blanc ? Un soir mémorable d’ailleurs une main, dont l’allégresse et l’insouciance avaient conjointement agravé la lourdeur, mit une double dose de vin dans le mélange, à moins que ce ne soit une main maladroite n’ayant pas su qu’une première avait déjà fait son office. Pompette à dix ans, j’avais passé la nuit à m’émerveiller d’étranges hallucinations. Le petit cousin lui, n’avait pas supporté et entreprit plusieurs allers-retours vers la cuvette des toilettes pour rendre à la nature ce que son jeune corps ne pouvait contenir. Bref…

Je me remémore la semaine de vacances qui vient de s’écouler. Nous avions bien quelques instants rêvé de grands espaces enneigés, de froid polaire, de chiens de traîneau et de nuits en igloo au fin fond de Laponie. Mais radinisme autant que raison aidant, nous nous sommes finalement retrouvés au coeur du Queyras, en France, dans les odeurs de vieux bois et de crottes de biques. Qu’importe l’odeur, pourvu que l’on ait l’ivresse… Mercredi nous nous attaquions avec beaucoup de philosophie et de naïveté à l’ascension des sept kilomètres reliant le dernier quartier de Molines au refuge du col Agnel culminant à 2500m d’altitude. Dans la montagne parsemée de neige dont les sommets gris et blancs se découpaient nettement sur le fond clair d’un ciel bleu sans nuages le silence, si parfait, faisait presque bourdonner mes oreilles. Et je constatais à quel point cette situation de dénuement total au coeur de la nature, est propice à toutes les réflexions. Alors que je faisais la sourde oreille aux cris incessants et rythmés de ces deux soeurs jumelles d’ampoules qui faisaient rougir mes deux talons, une question vint subitement habiter mon esprit : Quel foutu nom allais-je bien pouvoir introduire dans la petite enveloppe le 22 avril prochain ?

S’il y avait un sujet que je n’aurais jamais imaginé aborder un jour sur mon blog, à une place équivalente à celui de la peinture de coquilles d’oeufs ou à la dernière émission de Thalassa (bon j’exagère un peu, j’ai regardé Thalassa hier soir c’était pas si mal que ça), et bien ce sujet serait celui de la politique. Mais après tout, il n’y a que les imbéciles (heureux) qui ne changent pas d’avis. Et constat étant posé de mon état soit d’imbécilité, soit de bonheur, mais rarement les deux simultanément, je m’autorise à cette petite disgression politicienne. Cependant, pour éviter que l’art niak ne soit le siège d’affrontements politiques non désirés, je contournerai l’utilisation du nom des candidats (mots-clés fatidiques) et ne les désignerai que par leurs illustres initiales.

Faceàface

Voyez-vous, si N.S est élu, j’estime qu’il n’aura pas volé sa place, et je me fais peu de soucis sur l’avenir de la France. Si S.R accède à la fonction suprême, je pense que cela récompenserait son courage et la difficulté de sa démarche de femme. Enfin, si F.B avait le privilège de pousser les portes de l’Elysée, j’imagine que ce serait un drôle de moment, un sacré tournant dans l’histoire de France. Depuis quelques temps que s’éveille en moi une certaine conscience politique je ne parviens pas à m’imaginer possible l’adhésion totale aux orientations d’un parti politique et le rejet de tous les autres. Malgré une certaine fibre socialiste, je me complais dans un monde libéral et capitaliste dont je profite. Et si avec mes 2700 euros par mois, mon téléphone et ma voiture de fonction (merci Entreprise) je commence à m’inquiéter des sans-papiers, sans-logis et sans-plein de choses, on va me traîter d’intello de gauche. Ou intello de droite, va savoir. Centriste tiens, ça m’irait bien ça. Moi qui suis toujours dans la nuance, dans la conciliation, dans le mi-figue mi-raisin, dans le mi-dur mimolette. Mais à bien y réfléchir, viser au centre c’est un peu la solution de facilité. Il paraîtrait même que ce serait à la mode. Surtout chez les bobos. Il paraîtrait même que j’en sois un, moi, de bobo. La classification des stéréotypes me laisse on ne peut plus perplexe. Bourgeois de Versailles, racaille des cités, vieux ploucs des campagnes, ouvriers révolutionnaires, fonctionnaires incompétents et chefs d’entreprise sans scrupules. Bon et moi en attendant, je vote pour qui ?

Bayrou

Les jambes vascillantes, l’estomac criant famine, nous atteignons enfin le refuge du col Agnel. En dévorant des yeux le menu du restaurant le choix est très vite fait entre la petite salade pommes de terre – tomates de mon pic-nique et l’impressionnante « croûte du col Agnel », une épaisse tranche de pain grillée dans du vin blanc couverte de jambon blanc, de fromage fondu et coiffé d’un oeuf sur le plat. A l’instant même où je vis s’approcher la grosse patronne du refuge, le plat dans les mains, je sus pertinemment que le chemin du retour serait moins un exercice de jambes qu’une épreuve de digestion. Mais au lever de camps les réflexions me reprirent. Ce qui est sûr c’est que les extrêmes n’obtiendront pas mes faveurs. D’abord, le communisme est un beau rêve, plus proche de l’utopie que d’un véritable projet social et politique. Ensuite, peut-être que les OGM feront-ils bientôt de nous des légumes, mais le jour où un paysan moustachu à chemises à carreaux sera président de la République, l’ordre du monde aura sacrément changé. Enfin, avec une mère vietnamienne et deux voisins de bureau respectivement algérien et plus noir que la nuit, plutôt crever que d’être frontiste. Adhérer au FN, c’est être ignorant, finalement. Et l’ignorance enfante la peur. Après tout ma chérie a raison. Tous ces gens-là, les O.B, J.B et autre J.M.L.P ne seront jamais élus président de la République, là n’est pas la question. L’important c’est qu’ils puissent véhiculer librement leurs idées et leurs opinions. Qu’ils aient la possibilité de représenter une partie de la population dont ils sont une image, une représentation fidèle. Cela s’appelle la démocratie.

Enfin bon, pour l’instant la démocratie pour moi c’est qu’on me laisse rentrer en paix à l’appartement pour m’écrouler enfin dans mon lit et faire une bonne sieste. Le futur président attendra encore un peu pour obtenir l’honneur de mes faveurs…

Queyras2

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