Premières planches improvisées

janvier 29, 2007

– Représentation de Théâtre en Stock du 27 janvier 2007 –

A l’instant où je commence à écrire ces quelques lignes, les souvenirs de la soirée de samedi ne m’ont toujours pas laissé de répit.

Car peu d’instants dans ma vie m’ont rappelé avec autant de force des sensations ressenties pour la première fois il y a une quinzaine d’années lorsque j’étais petit garçon, je débute le récit de cette soirée par sa fin : alors que minuit approchait à l’allure inaltérable du temps universel, je roulais seul sur le chemin du retour. J’avais comme ce pincement au coeur d’avoir quitté trop tôt mes petits copains d’école après un spectacle de fin d’année, la tristesse de savoir que les grandes vacances de l’été me sépareraient d’eux jusqu’à la prochaine rentrée des classes. Il n’y avait que cela d’important finalement, en ces temps-là. L’amitié…

Ecolier

J’étais arrivé le tout premier de l’atelier, en avance, alors qu’autour de moi les autres groupes de théâtre en stock commençaient à se constituer autour des tables. A peine arrivé, Cyril disparaît avec son atelier de « farces », lorsque Daniel fit enfin son apparition suivi au compte-gouttes par tous les membres de l’atelier. Dans ce moment si particulier, dans cette étape importante, constat rassurant par sa présence, de la solidarité de chacun.

Sur les six ateliers de théâtre présents à cette soirée de représentation, nous devions passer en cinquième. J’assiste avec une anxiété dissimulée aux présentations des autres ateliers, jetant régulièrement un oeil de coté pour regarder mes compères de peur qu’un groupe de terroristes ne vienne me les kidnapper, me laissant orphelin pour ma première scène. La peur me donne froid et j’ai perdu un litre de flotte par les aisselles.

Les spots s’éteignent et l’obscurité s’abat sur la scène après le passage du quatrième atelier : c’est à nous. Tout s’enchaîne à une vitesse vertigineuse, à la même manière que lorsque je me laissais tomber dans les bras de mes collègues lors de l’atelier de développement. Effervescence dans les coulisses, nous enfilons fiévreusement les quelques déguisements apportés pour l’occasion et révisons une dernière fois les points de repères de notre improvisation. Que j’ai aimé cet instant où nous nous sommes spontanément mis en rond, bras dessus-dessous et la tête baissée, pour se donner du courage, pour que chacun d’entre nous offre un peu de sa magie à tous les autres. Esprit de groupe. Partage.

Alors que les planches sont encore plongées dans le noir, je m’installe sur scène à côté de Daniel, Frédérique et Ioanna. L’improvisation prend enfin son envol. Lumières. Je ne sens ni ma respiration ni les battements de mon coeur. Notre scène prend forme dès les premiers instants et le caractère exceptionnel du moment que nous vivons nous insuffle l’énergie de la dernière minute, celle de nous dépasser et de vivre chaque instant. C’est un vrai délice, chaque seconde est unique, chaque minute inimitable. Nous parvenons même à intégrer des improvisations dans notre jeu et tout fonctionne à merveille. Je n’avais pas fait attention au déguisement de Frédérique, je ne la découvre qu’en me tournant vers elle lors de l’improvisation, elle est excellente avec ses vieilles lunettes et le gilet qu’elle a enfilé. Je ne vois absolument rien, la luminosité des spots nous prive du public, mais j’entends rire de part et d’autre de la salle. Nous sortons de scène et pénétrons dans les coulisses, j’ai la gorge sèche, le corps exténué. Brownie, Cyril, Audrey et Cécile entrent en scène à leur tour et nous les observons depuis les coulisses. Que j’aurais adoré pouvoir être devant la scène pour les regarder ! Cécile fait son cirque avec les bougies alors que les trois autres commencent à rouler un pétard géant. J’observe en souriant Cyril, Audrey et Brownie dans leur prestation, avant qu’ils ne s’imbibent de fumée et ne s’écroulent en arrière. Nous attendons le moment de les rejoindre pour le troisième acte, puis nous remontons sur scène. Pour ces derniers instants nous sommes tous ensemble, enfin, pour atteindre la fin de l’improvisation.

Ca y est, nous l’avons fait. Notre première scène. Cécile, Daniel, Cyril, Ioanna, Audrey, Brownie et Frédérique, nous sommes tous euphoriques, soulagés, heureux, contents. Echange de bécots et félicitations, alors que Luis n’a pas l’air mécontent de nous. Au fond de moi j’éprouve une immense fierté, comme si j’avais surmonté une épreuve de force et fait mes preuves. Nous passons le reste de la soirée incroyablement soudés, et ces quelques minutes ont opéré dans notre groupe un rapprochement puissant.

Voilà qui me touche, bien au-delà de passer pour la première fois sur scène ou de surmonter mon stress.

Il y a trois mois je rejoignais des inconnus dans un groupe de théâtre.

Aujourd’hui je fais partie d’une troupe d’improvisation…

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