Improvisation et nostalgie

janvier 26, 2007

Regard

Demain soir est un grand soir. Car demain soir je vais vivre ma première représentation théâtrale. Certes mes collègues d’improvisation seront à mes cotés et l’auditoire sera un public d’improvisateurs débutants, tout comme nous. Certes la furtivité de notre passage sur scène, quelques sept ou huit petites minutes, ne provoquera pas un traumatisme irréversible sur nos esprits. Cependant le symbolisme de cet évènement suffit à occuper mes pensées, et toute pensée qui se tourne et se retourne dans mon esprit finit très souvent par enfanter quelques lignes sur l’art niak.

Hier soir nous avons consacré notre atelier à la préparation de cette soirée tant redoutée. Luis m’est apparu un peu fatigué, tendu, et les discussions de premières quarante-cinq minutes n’apportent pas les réponses que nous souhaitions. En réalité nous étions confrontés à la difficulté implacable qu' »une improvisation s’improvise et ne se prépare pas… » Cependant, dotés de notre si faible expérience, étrangers à la croyance en nos capacités, il nous était tout simplement inconcevable d’envisager notre représentation en totale improvisation. Après de nombreuses délibérations nous arrivons enfin à entrevoir la silhouette d’une scène, moyennant l’intervention de deux groupes sur le thème imposée de la soirée : la nouvelle année. Alors que cinq d’entre nous préparent la mise en scène d’un groupe de jeunes lymphatiques, je travaille avec Frédérique, Ioana et Daniel sur une improvisation de deux couples âgés réunis pour le repas du 31, le but étant de se faire rencontrer les deux groupes dans une troisième scène finale.

Je prends un très grand plaisir à interpréter, une fois de plus, un vieux papy aux cotés de mes trois collègues. J’admire Frédérique qui empoigne son personnage, à ma droite Ionna expérimente avec beaucoup de succès sa petite vieille à l’extrémité de la table, papy Daniel ronfle et nous fait profiter de ses flatulences. Peu à peu, aidés par les interventions de Luis, nous trouvons des petits trucs, des expressions et des mimiques qui confèrent à notre improvisation tout son charme et au final nous tenons quelque chose d’intéressant et rassurant pour samedi soir. Le deuxième groupe est bien moins inspiré et nous tentons désespérément de trouver tous ensemble des voies de sortie. Je sens que Luis est préoccupé : quelque part notre prestation sera le reflet de son enseignement, et il sait très bien qu’il ne peut pas nous lâcher dans la nature sans tenir les rênes un minimum. Le travail sur le deuxième groupe est tellement long et peu productif que nous n’avons pas le temps d’envisager la troisième scène. A la fin de l’atelier je conclue auprès de Cyril : « C’était vraiment fastidieux ce soir… ».

*****

J’écoute le morceau « Keren Chave » d’Ando Drom et cette sublime musique emplit mon cœur d’une profonde nostalgie. Elle me remémore le premier atelier où Luis nous a proposé de travailler en musique, instants inoubliables de lyrisme, de plaisir et de beauté. Je revois Ioana marcher en cadence avec son petit sourire malicieux. Je revois Audrey, Cécile et Frédérique sur leur bateau, les yeux rivés sur l’horizon, l’une maniant avec passion la barre de navigation et une deuxième tirant la rame avec vigueur. Je visionne mon improvisation avec Cécile et Brownie sous un soleil de plomb au pied d’une carrière, dans nos coups lancinants et rythmés de pioches et de pelles. Souvenirs confus de scènes et de personnes, vivant dans cette atmosphère si magique, si intense que la musique a apporté dans nos improvisations.

A l’instant où je m’imprègne de cette mélodie gorgée d’humanité, dans la remémoration du passé je ressens ce petit souffle au cœur incontrôlable dont on dit qu’il est le signe d’une certaine sensibilité. Que le temps passe vite.

Je sais que je n’ai pas le droit, que c’est illégal, mais voilà, chers collègues d’improvisation, je vous offre cette mélodie et vous invite au voyage. Dans l’impossibilité de la mettre en ligne, je vous l’envoie par mail… Ecoutez-là, et peut-être la magie opérera avec la même force qu’elle le fait en moi. Seul(e)s, vous fermerez les yeux quelques instants et reverrez les images des improvisations construites ensemble et qui sont pour longtemps, très longtemps, gravées dans nos mémoires…

– Et demain soir sera une grande réussite –

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