– Représentation de Théâtre en Stock du 27 janvier 2007 –

A l’instant où je commence à écrire ces quelques lignes, les souvenirs de la soirée de samedi ne m’ont toujours pas laissé de répit.

Car peu d’instants dans ma vie m’ont rappelé avec autant de force des sensations ressenties pour la première fois il y a une quinzaine d’années lorsque j’étais petit garçon, je débute le récit de cette soirée par sa fin : alors que minuit approchait à l’allure inaltérable du temps universel, je roulais seul sur le chemin du retour. J’avais comme ce pincement au coeur d’avoir quitté trop tôt mes petits copains d’école après un spectacle de fin d’année, la tristesse de savoir que les grandes vacances de l’été me sépareraient d’eux jusqu’à la prochaine rentrée des classes. Il n’y avait que cela d’important finalement, en ces temps-là. L’amitié…

Ecolier

J’étais arrivé le tout premier de l’atelier, en avance, alors qu’autour de moi les autres groupes de théâtre en stock commençaient à se constituer autour des tables. A peine arrivé, Cyril disparaît avec son atelier de « farces », lorsque Daniel fit enfin son apparition suivi au compte-gouttes par tous les membres de l’atelier. Dans ce moment si particulier, dans cette étape importante, constat rassurant par sa présence, de la solidarité de chacun.

Sur les six ateliers de théâtre présents à cette soirée de représentation, nous devions passer en cinquième. J’assiste avec une anxiété dissimulée aux présentations des autres ateliers, jetant régulièrement un oeil de coté pour regarder mes compères de peur qu’un groupe de terroristes ne vienne me les kidnapper, me laissant orphelin pour ma première scène. La peur me donne froid et j’ai perdu un litre de flotte par les aisselles.

Les spots s’éteignent et l’obscurité s’abat sur la scène après le passage du quatrième atelier : c’est à nous. Tout s’enchaîne à une vitesse vertigineuse, à la même manière que lorsque je me laissais tomber dans les bras de mes collègues lors de l’atelier de développement. Effervescence dans les coulisses, nous enfilons fiévreusement les quelques déguisements apportés pour l’occasion et révisons une dernière fois les points de repères de notre improvisation. Que j’ai aimé cet instant où nous nous sommes spontanément mis en rond, bras dessus-dessous et la tête baissée, pour se donner du courage, pour que chacun d’entre nous offre un peu de sa magie à tous les autres. Esprit de groupe. Partage.

Alors que les planches sont encore plongées dans le noir, je m’installe sur scène à côté de Daniel, Frédérique et Ioanna. L’improvisation prend enfin son envol. Lumières. Je ne sens ni ma respiration ni les battements de mon coeur. Notre scène prend forme dès les premiers instants et le caractère exceptionnel du moment que nous vivons nous insuffle l’énergie de la dernière minute, celle de nous dépasser et de vivre chaque instant. C’est un vrai délice, chaque seconde est unique, chaque minute inimitable. Nous parvenons même à intégrer des improvisations dans notre jeu et tout fonctionne à merveille. Je n’avais pas fait attention au déguisement de Frédérique, je ne la découvre qu’en me tournant vers elle lors de l’improvisation, elle est excellente avec ses vieilles lunettes et le gilet qu’elle a enfilé. Je ne vois absolument rien, la luminosité des spots nous prive du public, mais j’entends rire de part et d’autre de la salle. Nous sortons de scène et pénétrons dans les coulisses, j’ai la gorge sèche, le corps exténué. Brownie, Cyril, Audrey et Cécile entrent en scène à leur tour et nous les observons depuis les coulisses. Que j’aurais adoré pouvoir être devant la scène pour les regarder ! Cécile fait son cirque avec les bougies alors que les trois autres commencent à rouler un pétard géant. J’observe en souriant Cyril, Audrey et Brownie dans leur prestation, avant qu’ils ne s’imbibent de fumée et ne s’écroulent en arrière. Nous attendons le moment de les rejoindre pour le troisième acte, puis nous remontons sur scène. Pour ces derniers instants nous sommes tous ensemble, enfin, pour atteindre la fin de l’improvisation.

Ca y est, nous l’avons fait. Notre première scène. Cécile, Daniel, Cyril, Ioanna, Audrey, Brownie et Frédérique, nous sommes tous euphoriques, soulagés, heureux, contents. Echange de bécots et félicitations, alors que Luis n’a pas l’air mécontent de nous. Au fond de moi j’éprouve une immense fierté, comme si j’avais surmonté une épreuve de force et fait mes preuves. Nous passons le reste de la soirée incroyablement soudés, et ces quelques minutes ont opéré dans notre groupe un rapprochement puissant.

Voilà qui me touche, bien au-delà de passer pour la première fois sur scène ou de surmonter mon stress.

Il y a trois mois je rejoignais des inconnus dans un groupe de théâtre.

Aujourd’hui je fais partie d’une troupe d’improvisation…

Improvisation et nostalgie

janvier 26, 2007

Regard

Demain soir est un grand soir. Car demain soir je vais vivre ma première représentation théâtrale. Certes mes collègues d’improvisation seront à mes cotés et l’auditoire sera un public d’improvisateurs débutants, tout comme nous. Certes la furtivité de notre passage sur scène, quelques sept ou huit petites minutes, ne provoquera pas un traumatisme irréversible sur nos esprits. Cependant le symbolisme de cet évènement suffit à occuper mes pensées, et toute pensée qui se tourne et se retourne dans mon esprit finit très souvent par enfanter quelques lignes sur l’art niak.

Hier soir nous avons consacré notre atelier à la préparation de cette soirée tant redoutée. Luis m’est apparu un peu fatigué, tendu, et les discussions de premières quarante-cinq minutes n’apportent pas les réponses que nous souhaitions. En réalité nous étions confrontés à la difficulté implacable qu' »une improvisation s’improvise et ne se prépare pas… » Cependant, dotés de notre si faible expérience, étrangers à la croyance en nos capacités, il nous était tout simplement inconcevable d’envisager notre représentation en totale improvisation. Après de nombreuses délibérations nous arrivons enfin à entrevoir la silhouette d’une scène, moyennant l’intervention de deux groupes sur le thème imposée de la soirée : la nouvelle année. Alors que cinq d’entre nous préparent la mise en scène d’un groupe de jeunes lymphatiques, je travaille avec Frédérique, Ioana et Daniel sur une improvisation de deux couples âgés réunis pour le repas du 31, le but étant de se faire rencontrer les deux groupes dans une troisième scène finale.

Je prends un très grand plaisir à interpréter, une fois de plus, un vieux papy aux cotés de mes trois collègues. J’admire Frédérique qui empoigne son personnage, à ma droite Ionna expérimente avec beaucoup de succès sa petite vieille à l’extrémité de la table, papy Daniel ronfle et nous fait profiter de ses flatulences. Peu à peu, aidés par les interventions de Luis, nous trouvons des petits trucs, des expressions et des mimiques qui confèrent à notre improvisation tout son charme et au final nous tenons quelque chose d’intéressant et rassurant pour samedi soir. Le deuxième groupe est bien moins inspiré et nous tentons désespérément de trouver tous ensemble des voies de sortie. Je sens que Luis est préoccupé : quelque part notre prestation sera le reflet de son enseignement, et il sait très bien qu’il ne peut pas nous lâcher dans la nature sans tenir les rênes un minimum. Le travail sur le deuxième groupe est tellement long et peu productif que nous n’avons pas le temps d’envisager la troisième scène. A la fin de l’atelier je conclue auprès de Cyril : « C’était vraiment fastidieux ce soir… ».

*****

J’écoute le morceau « Keren Chave » d’Ando Drom et cette sublime musique emplit mon cœur d’une profonde nostalgie. Elle me remémore le premier atelier où Luis nous a proposé de travailler en musique, instants inoubliables de lyrisme, de plaisir et de beauté. Je revois Ioana marcher en cadence avec son petit sourire malicieux. Je revois Audrey, Cécile et Frédérique sur leur bateau, les yeux rivés sur l’horizon, l’une maniant avec passion la barre de navigation et une deuxième tirant la rame avec vigueur. Je visionne mon improvisation avec Cécile et Brownie sous un soleil de plomb au pied d’une carrière, dans nos coups lancinants et rythmés de pioches et de pelles. Souvenirs confus de scènes et de personnes, vivant dans cette atmosphère si magique, si intense que la musique a apporté dans nos improvisations.

A l’instant où je m’imprègne de cette mélodie gorgée d’humanité, dans la remémoration du passé je ressens ce petit souffle au cœur incontrôlable dont on dit qu’il est le signe d’une certaine sensibilité. Que le temps passe vite.

Je sais que je n’ai pas le droit, que c’est illégal, mais voilà, chers collègues d’improvisation, je vous offre cette mélodie et vous invite au voyage. Dans l’impossibilité de la mettre en ligne, je vous l’envoie par mail… Ecoutez-là, et peut-être la magie opérera avec la même force qu’elle le fait en moi. Seul(e)s, vous fermerez les yeux quelques instants et reverrez les images des improvisations construites ensemble et qui sont pour longtemps, très longtemps, gravées dans nos mémoires…

– Et demain soir sera une grande réussite –

Hier soir nous avons débuté l’atelier d’écriture dans l’atmosphère enfumé d’un vieux troquet franchouillard en attendant l’arrivée de Cédric chez qui rendez-vous avait été fixé. Difficile de se remettre dans une configuration d’esprit légère et créatrice après une longue journée de travail et un trajet de plus d’une heure… Mais j’empoigne couragement mon stylo et je commence à gratter comme mes collègues d’écriture…

Faux slogans de publicité :

« Pour recycler vos vieux draps troués, ne cherchez plus, il y a sparadrap ! »

« Ayez l’air d’un coyote, portez des lunettes Affleloup ! »

« Pour tous les petits bobos, allez voir Bétadine (c’est ma cousine) »

« Haribo, des bonbons qui vous veulent du bien ».

Haïkus :

Pour cette deuxième activité, Choun nous explique la signification du Haïku. Le Haïku est grossièrement (pardonnez l’imperfection de mon savoir) une forme de poésie d’origine japonaise suivant un certains nombres de contraintes sur le sujet traité (essentiellement Dame Nature), sur le temps employé (le présent) et sur sa forme (3 vers de 5, 7 et 5 pieds).

« Vagues et tempêtes

Le vieux bâteau se déchire

Adieu mon ami »

« Vent froid et silence

Lune eclipsée dans le noir

La nuit sera longue »

« Vieil homme courbé

Vent chaud dans les oliviers

Partie de pétanque »

« Fillette perdue

Marché peuplé du dimanche

Parents affolés »

Journal intime d’un animal

Choun nous propose de rédiger quelques lignes du journal intime d’un animal tiré au sort parmi les idées de chacun. L’espace de quelques minutes je m’improvise alors coccinelle…

Coccinelle

« 11 septembre 2001 – Je ne sais pas ce qu’il s’est passé ce matin. Alors que je passais entre deux grosses tours, il y a eu un gros boom. Puis un deuxième. Il s’est mis à pleuvoir tout un tas de trucs, de la poussière, des papiers, des morceaux de vitres éclatées. Je me suis retrouvée coincée sous une montagne de gravats avec un pompier. Il n’arrêtait pas de dire « fucking terrorists ! ». Et puis quand il m’a vue, il a souri et a murmuré « Oh, it’s my lucky day… ».

20 septembre 2001 – Les secours se sont activés et ils nous ont enfin sortis de ce merdier. Le pompier a dit en me regardant « God bless America » et je lui ai répondu « Moi j’retourne à Central Parc c’était plus pénard ».

1er janvier 2002 – Ca y est, je suis enfin arrivée à Central Parc. Pas facile de survoler le territoire, les américains contrôlent tout. J’ai été pris en chasse par un F-16.

[la suite rédigée dans la foulée de l’article…]

La nuit dernière je n’ai pas réussi à dormir, il y a eu du bruit et des fusées partout dans le ciel de New York. C’est pareil tous les ans dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, je ne sais pas pourquoi. Ah, ces hommes…

Du coup moi j’ai compris : le 11 septembre prochain, je sors pas de la maison… »

worldtrade

18

Depuis que l’art niak a vu le jour, j’ai toujours suivi avec beaucoup d’intérêt les statistiques de wordpress sur sa fréquentation. Au fil des mois, j’ai toujours été d’une humble incrédulité devant les chiffres des visites journalières sur le blog, atteignant parfois 70 ou 80 visites par jour. Certes j’ai l’immense honneur de compter, parmi cette avalanche de visites, quelques précieux lecteurs dont la communauté s’enrichit peu à peu de nouveaux individus, à l’instar de mes collègues et ami(e)s improvisateurs à qui je n’ai révélé que tardivement l’existence de l’art niak. Lecteurs, lectrices je vous aime.

Mais dans la poursuite de mon analyse, force est de constater qu’il existe une très forte corrélation entre les nombreuses visites anonymes de l’art niak et les termes de recherches que WordPress est en mesure de stocker pendant plusieurs jours dans mon tableau de bord. Et la corrélation est simple : j’estime qu’en moyenne, 90% des visiteurs venant parcourir du regard l’art niak n’y trouve pas du tout l’information recherchée. A titre d’exemple je vous propose, chers lecteurs, chères lectrices, de découvrir ci-dessous les termes de recherches et mots-clés les plus décalés ayant abouti à la visite de l’art niak. Je vous invite également à lire l’article « Pénis, Hitler, oxymore » de Finpoil à ce sujet.

Pour les besoins de cet article, je me suis efforcé de préserver l’essence même de ces expressions fascinantes par leur non-pertinence, amputées parfois du sens le plus basique ou défigurées par d’ignobles fautes d’orthographes. A la lecture de ce qui suit, je suis tiraillé entre les deux extrêmes de l’hilarité et de la peur devant le constat qu’Internet est aussi le défouloir des âmes les plus perverses…

Je cite (mes commentaires entre parenthèses) :

Les softs :

« journal intime antique du 20 siecle » (bon courage pour la recherche…)
« musique par genre planant exotique » (humhum…)
« aisselles actrices » (bien rasées s’il vous plait)
« herbe statique vers cergy » (en cherchant bien…)
« dessin de pirate a decouper » (mortel !)
« sandwich vietnamien chatelet » (vas plutôt dans le XIIIème, à coté de chez Tang Frères)
« cycle de vie des paquets de céréales » (ça vous intéresse vraiment ?!)
« signification du mot bâtard » (voir par ici)
« petits boutons blancs granuleux » (je conseille Biactol)

« l’art nous ouvre t-il les yeux sur le monde » (à n’en pas douter)

 

Spécial James Bond :

« eva green t’es bonne » (charmante effectivement…)
« eva green suce » (c’est vrai ?)
« adresse de eva green » (bon courage)
« dans quel james bond suce t il un pied » (ça ne me dit rien du tout)

Spécial Niak :

« la niak sens positif » (yes !)
« niak asiatique » (c’est moi !)
« sale niak » (c’est certainement pas moi !)

Sexblog (no comment):

« Récit de fantasme »
« partie de jambes en l’air »
« j’adore caresser les jambes des femmes »
« blog de femmes en nuisette »

« en jupe dans le metro »
« jambes e femmes en colants dans le metro »
« photo volee furtivement »
« photos volees fesses dans la rue et magasin »
« indiscret voir les petites culottes »

« ce faire sucer a compiegne par femme »
« un inconnu c’est masturbe sur moi »
« mon eleve se masturbe devant moi »
« l’art de se masturber »
« se masturber avant un entretien d’embauche »

Dans quel blog vit-on…

 

Improvisation et archétypes

janvier 19, 2007

Sous la pression de la communauté des lecteurs assidus de l’art niak, ou plus exactement devant la déception de mes deux collègues d’improvisation Frédérique et Cyril quant à l’absence d’article portant sur le dernier atelier de théâtre, j’ai pour mission de faire la synthèse des deux derniers jeudi d’improvisation… 

Depuis la semaine dernière nous travaillons sur les archétypes. L’interprétation de personnages caractéristiques, facilement identifiables par le plus grand nombre, aux caractères marqués, est un principe fondamental de l’improvisation. C’est bien grâce à ces caractères marqués que naît la magie de l’improvisation, et rien n’est plus commun et dépourvu d’intérêt que d’improviser en interprétant des personnages « de tous les jours ». Et la difficulté du sujet s’impose dès les premiers exercices : tout le talent réside dans le dosage des caractères d’archétypes, sans jamais atteindre la caricature.  Après avoir listé une série d’archétypes, Luis nous prépare à leur interprétation. Derrière le rideau, par groupe de trois ou quatre, les yeux fixant le sol, nous étions tous, sans exception, dans un état proche de la tétanie. Luis concède alors que nous passions par groupes pour faciliter l’exercice. Je dois interpréter un bébé, comme la semaine dernière, puis une personne âgée. Fort de mon premier essai de la semaine dernière je reprends mon personnage en accentuant certains traits et celui-ci semble faire l’unanimité. Luis me guide sur certains détails pour crédibiliser mon papy courbé. Il discute avec chacun de nos personnages et nous incite à les « creuser » au maximum, dirigeant chacun de nous vers une interprétation particulière. Dans ces instants il est agréable de voir comment chaque personnalité s’approprie son personnage et parvient, par instants, à produire une belle crédibilité 

Lorsque vient le moment d’interpréter des jeunes adolescents rebelles, nos prestations laissent un peu à désirer. Luis s’enflamme. « Maintenant vous allez tous passer devant moi et me dire merde ! ». Alors nous défilons devant lui pour lui lancer nos timides insultes. « Plus fort ! Encore plus fort ». Peu à peu nos interprétations prennent de l’ampleur. Intérieurement je commence à palper un peu les excès de mon personnage et je me présente devant Luis en associant gestes obscènes, grimaces et paroles. Je lui envoie mon « merde » droit dans les yeux, le dos courbé en arrière et la main sur mon entre-jambes, je refais un autre tour tout aussi abouti en lui présentant mon derrière et en me tapant les fesses. Hilarité, objectif atteint. Finalement ça n’était pas si difficile que ça… Les sujets du deuxième groupe sont plus difficiles, notamment dans l’interprétation des séducteurs et des nymphomanes. Luis insiste et la scène se transforme en une séance de gloussements incontrôlés que même Daniel ne rechigne pas à produire. Viennent ensuite les hypersensibles pour lesquelles certaines interprétations sont particulièrement réussies.  

Hier nous avons continué à travailler sur les archétypes mais dans le cadre de vraies improvisations. Luis nous donne quelques instants pour préparer nos scènes après nous avoir donné un sujet. Ma deuxième improvisation doit porter sur le thème « j’ai décidé d’être un transsexuel ». Daniel et Cyril sont mes compagnons de jeu pour cette scène. Choix de rôles, situation. Je suis un papy qui reçoit ses deux petits fils, l’un est rebelle, l’autre est sensible et vient m’annoncer qu’il veut être transsexuel. J’improvise une entrée avec beaucoup d’application, simulant mon endormissement au bout de quelques instants. Luis corrige ma posture, mes gestes, ma façon de m’asseoir, et après dix entrées successives, je m’installe enfin au milieu de la scène en attendant l’entrée de mes deux collègues. Même travail, Daniel et Cyril recommencent plusieurs fois en tenant compte des exigences et des conseils de Luis et nous parvenons, tant bien que mal, à construire quelque chose. Le deuxième groupe improvise sur le sujet « j’ai décidé de devenir nonne » : Brownie, Cécile et Frédérique s’attèlent à la tâche. Deux jeunes femmes frappent à la porte d’un couvent et se voit confrontées à une sœur dévote (Frédérique). Luis insiste sur le respect du décor mis en place, de manière à ne pas passer à travers les murs en toute impunité. Les trois comédiennes en herbe tentent de faire prendre la mayonnaise, mais nous sommes tous confrontés au même obstacle : trouver le « truc », trouver l’accroche donnant le caractère à la situation et susciter l’intérêt du public. Bref, avoir du talent. 

Papy 

Samedi prochain nous devons présenter notre travail aux autres groupes de théâtre. A la fin de l’atelier, Luis a sagement annoncé, l’air songeur : « Samedi on fera des improvisations sans parler… ». Même sans paroles je sens que ça va être folklorique !

Motard 

J’ai vraiment du mal à me lever le matin. C’est plus fort que moi : j’ai un mal de chien, ou plutôt un mal de chat, observation faite au réveil du même plissement d’yeux fatigués de ma boule de poils « Mammouth ». On parle si souvent du mimétisme maître-animal…

Bref, après avoir été bousculé sous la couette par ma chérie peu après 6h30, signe caractéristique de l’agacement dû au déclenchement de mon radio-réveil, j’ai entrepris la laborieuse action de me lever, commencée aux alentours de 6h45 en mettant mes lunettes sur le nez et aboutie après que les cloches de l’église St Justin aient sonné 7 fois, pour indiquer les 7h (la vie est bien faite).

Après être passé sous une douche brûlante et un chocolat au lait chaud dans l’estomac, je pris le volant pour aller au travail, lorsque deux motards de la gendarmerie me doublèrent. La première chose que je crus voir fut un signe de la main droite, évènement qui fut immédiatement accompagné par une accélération de mon battement cardiaque. Déjà flashé samedi soir, à 23H, à 110 km/h au lieu de 90, le sort n’allait quand même pas s’abattre une seconde fois sur mon corps endormi !

Mais non. En réalité, le premier gendarme gesticulait tout seul sur sa moto. A mieux l’observer, je le voyais battre des deux bras tendus de part et d’autre de sa grosse machine et il faisait de même avec ses deux jambes, ne tenant l’équilibre que grâce au contact de son postérieur sur la selle.

Alors je me revis à l’âge de 8 ans, sous le soleil généreux du var, dévaler la rue sur mon premier « vélo de grand » (traduction : sans roulettes), battant des deux bras et des deux jambes : « Sans les mains ! sans les pieds ! ».

 Foxoneintegrale

Moi, quand j’étais petit je voulais être pilote de chasse. Pendant la seconde guerre mondiale, si possible. Et lui, je le vois bien, ce motard acrobate, il y a une trentaine d’années, faisant l’équilibriste sur son vélo.

« Moi, plus tard, je serai motard dans la gendarmerie ! ».

Violence

janvier 9, 2007

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Ce soir je viens de revoir « Le dernier des Mohicans » (Michael Mann – 1992), et à la minute où ce grand film se terminait je ne pus contenir cette envie d’écrire.

Dire que je fus la malheureuse victime d’assoupissements par intermittence pendant la première demi-heure de cette fresque épique n’enlève en rien son impact et la grande estime qu’elle m’inspire. Pourtant le but de mon article n’est pas d’en faire une critique cinéma, mais de faire part de ce sentiment de fascination que j’éprouve devant ce sujet éternel de l’homme face à son destin, face à ses forces et ses faiblesses. Il est bien évidemment d’un classicisme mortel que d’évoquer ce thème, mais je tiens à ce que les quelques développements suivants puissent valoriser la substance de mes pensées.

« Le dernier des Mohicans » fait partie de ces films d’une rare violence, prétextant  l’illustration d’une violence « historique » ou bien assouvissant tout simplement les obsessions de son réalisateur. Ce sujet m’a toujours fasciné. La violence de l’homme, sa manière innée de devoir, à un moment ou un autre de son existence, opérer une autodestruction brutale et sans concession. La place de l’individu au cœur de la guerre, en tout temps, à toute époque, de l’antiquité à la seconde guerre mondiale. A ce titre, « La ligne rouge » (Terrence Malick – 1999) est à ma connaissance l’œuvre cinématographique majeure traitant de ce sujet éternel. Une fascination personnelle que certains pourraient juger malsaine, et que d’autres associeront peut-être aux attraits indélébiles d’un petit garçon ayant passé comme beaucoup son enfance à jouer aux cow-boys et aux indiens.

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Aujourd’hui, demain, et après-demain encore, jusqu’à mon dernier souffle (puisse t’il prendre un temps infini pour venir me trouver), je verrai l’espèce humaine se tailler les veines. Guérillas urbaines et déserts d’Irak, attentats en Palestine, massacres ethniques africains, extermination tchétchène…

Il est communément admis et enseigné que depuis des millénaires, en tant qu’animal le plus évolué de la planète l’homme vit pour se reproduire, pour assurer sa descendance. Que cela est inscrit dans ses gènes, de la nuit des temps jusqu’au dernier soupir de son espèce, dans quelques milliers d’années, dans quelques centaines d’années peut-être. Mais il y a aussi dans ces gènes, ceux de la violence et de la destruction.

Voilà peut-être quel est le défi que porte notre existence, celui d’osciller en permanence entre ces deux extrémités du don de la vie et du don de la mort.

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La citation du jour 9

janvier 8, 2007

« Un maître n’est pas celui qui sans cesse enseigne,

mais celui qui soudain apprend. »

Joao Guimaraes Rosa

Bouche

Peu d’évènements dans nos existences, qu’ils surviennent dans nos vies personnelles ou professionnelles, se déroulent exactement comme nous les avions initialement imaginés. Certes depuis des décennies et des siècles peut-être, les esprits s’accordent à croire en l’existence d’une intuition toute féminine, sorte de sixième sens étranger à la stupide virilité dont nous autres les hommes, sommes victimes depuis l’apparition de l’espèce humaine sur la planète. Mais croyances mis à part (ainsi que médisance quant aux bulletins météorologiques) je constate personnellement avec une fréquence toute marquée la non prévisibilité des évènements.

La vie ne serait-elle alors pas une gigantesque improvisation dont nous sommes tous les comédiens ?

Je ne me risquerai pas à vouloir répondre à cette question, dont la résolution est peut-être plus céleste que terrestre. Par contre, rédiger un article sur mon dernier atelier d’improvisation est à la portée de mes longs doigts de pianistes et c’est avec grand plaisir que je les mets en branle pour l’occasion (n’y voyez je vous prie, aucune allusion d’ordre sexuel).

Voilà une prévision dont on avait entendu parler à plusieurs reprises et à laquelle nous ne pûmes échapper. Je l’avais bien évoqué plusieurs fois dans mes écrits : en ce début d’année nous allions intégrer la parole à nos improvisations.

Mais avant le moment fatidique du bégaiement, Luis avait décidé en première partie de travailler sur les bébés, façon simple et efficace d’aborder la notion de « stéréotypes ». Nos improvisations en groupe devaient mettre en scène des bébés de moins d’un an évoluant dans une crèche, et nous avions obligation d’intégrer des « gromelots » dans notre jeu (mono-syllabes et bruitages). Il faut reconnaître que la première heure de travail fût un bazar sans nom. Je me dirige à quatre pattes vers le centre de la scène et Luis me demande de me faire entendre. Je suis perdu, tellement concentré dans mes gestes que la seule chose sortant de moi est un bêlement de chèvre… Nous avons tous des difficultés à rendre cohérentes et crédibles nos attitudes corporelles, nos actions et nos paroles. Par-dessus tout, les improvisations semblent être habitées par un ridicule omniprésent. Pourtant Luis persévère, nous recommençons une fois, deux fois, trois fois et ça commence à venir : nous finissons par palper la consistance des moments de vérité, l’existence des rapports les plus simples.

Bébé3

Pour notre première improvisation parlée, Luis nous impose un thème et un personnage : ma mission (et je l’accepte), et d’improviser sur le thème « Comme tous les samedi » avec Cécile, en interprétant des personnes âgées. J’apporte une solution à mon trac en le noyant dans la vitesse d’exécution : Cécile me propose un contexte, une situation (un couple de vieux retraités se chamaille pour le choix du programme à la télé…) et c’est parti. Je remonte mon pantalon sur le ventre, courbe mon corps, avance mon menton, vide mon esprit puis rentre sur scène. Je m’investis dans le personnage, Cécile prend manifestement tout autant de plaisir et nous menons l’improvisation à son terme sans embûches. Les commentaires des collègues sont positifs et encourageants, et je suis plutôt satisfait de notre prestation. J’explique comment j’ai découvert mon personnage au fur et à mesure de l’avancement de la scène, notamment sa voix que je n’avais pas pu préparer : cette sensation est unique, délicieuse, et je sais au fond de moi que je la retrouverai dans toutes mes autres improvisations.

Bref bref bref c’était chouette. Couché minuit trente, ce matin je me suis réveillé en retard. Ben oui, pour un pépé, se coucher après dix heures c’est carnaval…

Vieille

Et dire que l’on me reproche très souvent de ne pas assez parler dans la vie de tous les jours… Au moins ne me reprochera t’on jamais de ne pas assez écrire…

Meilleurs voeux improvisés

janvier 2, 2007

Chers collègues,

Chers comédiens et improvisateurs,

Chers petits êtres terrorisés derrière le rideau,

Chers amis du moment de solitude au milieu de la scène,

Voilà encore une série de douze mois qui s’achève et j’ai décidé de prendre quelques minutes pour rédiger un message de bonne année à votre seule attention.

En réalité, qu’une année se soit écoulée et qu’une autre ait tout juste commencé, cela m’émeut autant qu’un dromadaire victime de flatulences au beau milieu du désert. Pourtant la fin d’année est l’occasion de jeter un petit coup d’oeil derrière l’épaule pour constater le chemin parcouru et se complaire dans le souvenir de ses meilleurs moments.

Cela faisait un moment que l’idée de faire du théâtre planait dans un petit coin de mon esprit. Je me suis toujours dit que le théâtre pourrait apporter beaucoup à mon développement personnel, moi qui par timidité innée autant que par flemmardise bien acquise, n’ai jamais eu un grand talent pour l’expressivité et la communication. Et voilà qu’un soir d’octobre je participe à mon premier atelier d’improvisation. L’expression n’est point trop forte : le théâtre a « changé ma vie ». L’improvisation me passionne, je m’y épanouis. Pendant ces trois mois j’ai appris que la créativité se partage et peut se construire à plusieurs. Chaque séance est un pas de plus que nous faisons ensemble et je suis très heureux de vous avoir rencontrés, tous autant que vous êtes : nos différences de physique et de personnalité, d’âge et d’origine sociale, donnent à notre travail tout son intérêt. Le meilleur jour de la semaine, c’est le jeudi, de 20 h à 23 h !

Bien que Luis ne soit pas destinataire de ce message, je le remercie pour son énergie contagieuse et son charisme, je le remercie pour sa manière de nous prendre par la main en faisant des grimaces et en gigotant tout le temps pour nous emmener là-bas, là-haut, je ne sais où, mais à un endroit où l’on sait pertinemment que quoiqu’il arrive, ça va être génial.

Très bonne année 2007, pleine de belles improvisations.