Pour ce dernier atelier de l’année, nous avons manipulé un texte en en modifiant certains composants. La consigne était de choisir un texte très connu sans le dévoiler aux autres, et d’utiliser le dictionnaire pour changer les noms communs, adjectifs, verbes et adverbes, par le 7ème nom, l’adjectif, verbe ou adverbe placé dans l’ordre alphabétique du dictionnaire.

Pour la publication de mon texte, je tiens à m’excuser très sincèrement auprès de toute la communauté chrétienne 😉 :

   Notre perennité

Notre perennité qui es aux cigarillos
Que ton nombril soit sanglé,
Que ton regrattage vente,
Que ton voltairianisme soit faisandé sur la terreur comme au cigarillo.
Dope-nous aujourd’hui notre paix de cette joute,
Pare-nous nos offices,
Comme nous parrons aussi à ceux qui nous ont officialisés.
Et ne nous soupçonne pas à la tenue,
Mais délure-nous de la maladie.

Amende.

 

Babelaffiche

Au lendemain d’un réveillon de Noël, à peine sorti de la séance de cinéma et flirtant avec les douze coups de minuit, rien ne pouvait laisser croire au courage qu’il m’est nécessaire de déployer pour m’atteler à la rédaction d’un article. Pourtant face à un tel impact cinématographique, l’énergie et l’inspiration dépassent bien largement les considérations physiques de mon état : que tout soit dit dès maintenant, voici un de ces films bouleversants qui appartiennent au cinéma que j’aime. Le cinéma qui secoue, celui qui me passionne.


Il y a peu d’intérêt pour écrire au sujet de ce film, à tenter d’en raconter la trame, exercice à priori difficile à résoudre. Ou plutôt serait-ce risquer de dénaturer l’essence magique du film qui s’articule autour de quatre tranches de vies humaines liées les unes aux autres. Qu’il puisse exister des liens forts, vitaux, limpides entre des hommes et des femmes vivant aux quatre coins du monde, que leurs actions puissent avoir une conséquence critique sur l’une ou l’autre de ces personnalités, voilà ce qui constitue le corps de Babel. Etendues rocailleuses du Maroc, Mégalopole japonaise illuminée, frontière américano-mexicaine. Babel y place son récit et porte un regard quasi documentaliste, aussi poignant que réaliste sur trois régions de notre planète. Mis en parallèle, le contraste lumineux entre ces trois mondes, ces trois modes de vie, ces trois humanités, fascine par la diversité de ses détails. Et au cœur de ces trois mondes si différents, quelques êtres humains vivent un drame.

Pitt-Blanchett

En haut de l’affiche culminent Brad Pitt et Cate Blanchett, dont la seule présence peut caricaturer l’image dont on se fait de Babel avant d’aller le découvrir. Pourtant les deux comédiens américains, impeccables, sont loin de monopoliser le film. Parallèlement, la prestation des deux acteurs mexicains, Gael Garcia Bernal et Adriana Barraza, est admirable ; celle des interprètes marocains est plus vraie que nature, limpide. Pour relier l’existence de tous ces personnages, Alejandro Inarritu n’a pas usé de ce type de récits trop facilement décousus et incompréhensibles dont on nous livre l’ultime clé dans les quinze dernières minutes de projection. Au contraire, dans Babel, tout se construit dans le rythme cadencé d’une progression dramatique, pour se délier paisiblement au terme de deux heures d’un haletant voyage. Enfin libéré de cette attente psychologique, rassuré d’avoir survécu à ce récit marquant à vie, le spectateur peut enfin se relever et prendre la mesure de l’impact. Retenir des larmes, respirer enfin, laisser libre cours à la fascination qu’engendre une telle expérience.

Japonaise


D’une certaine manière, Babel me fait mieux voir, mieux palper, mieux comprendre les maux de notre planète, peut-être pour mieux en accepter la vision. Dès les premiers instants, et de bout en bout jusqu’à son dernier souffle, Babel a suspendu mon cœur au dessus du vide et m’a rappelé que la vie ne tient qu’à un fil.


Sublime.

Mexique

Starac

Ce soir je suis tout seul.

Installé sur mon canapé, recouvert d’un vieux plaid et l’ordinateur sur les genoux. Je suis comme un vieux pépé abruti par une longue journée de quatre-vingts années. A portée de bras mon chat paraît souffrir d’un ennui tout aussi profond et finit par aller vaquer à d’autres occupations.

Devant moi défilent les images stupides de la « Starac ». Malgré moi, c’est le même cirque tous les vendredi soirs, alors que je suis devant l’ordinateur, je jette un coup d’oeil de coté et aperçois l’impeccable Nikos animer tout ce joyeux bordel, et chaque semaine j’assiste impuissant à l’élimination d’un candidat. Impitoyable règne du vote SMS. Je coupe systématiquement le son, instaurant ainsi la nécessité d’une présence visuelle dans la pièce tout en m’épargnant les vocalises plus qu’imparfaites de jeunes inconnus devenus artistes d’un jour pour être passés devant une caméra de TF1. Ce soir le chorégraphe « ultra-in » Kamel Ouali n’a rien trouvé de mieux que de faire gesticuler des femmes en nuisette et petites culottes en dentelles. Remarque, il y a certains visages comme ceux-là qui ne respirent pas tout à fait, de prime abord, l’intelligence :

Ouali

A l’avant-veille de Noël, les bouts de peau féminine et les tissus roses titillent mon regard fatigué et éveillent en moi une certaine émotion toute masculine, lorsque subitement je prends la mesure de l’incroyable industrie-du-n’importe-quoi en marche devant mes yeux. Banaliser l’érotisme au coeur d’une émission ultra grand public, normaliser l’apparition de corps quasiment nus devant des millions de jeunes… Finalement, de fils en aiguilles il ne faut pas chercher très loin pour comprendre pourquoi des adolescents qui n’ont pas 16 ans violent des filles dans les sous-sols ou s’entretuent dans la cour du lycée (actualités oblige…).

Je n’arrive toujours pas à comprendre comment il est possible que le chorégraphe de la Starac et moi ayons, d’une manière certes éloignée mais tout à fait réelle, le même employeur. Je ne parviens pas à accepter que d’une certaine manière les bénéfices de mon entreprise servent à rémunérer cet individu, ou qu’à l’inverse l’argent récolté par les SMS des votes pour les éliminations de la Starac reviennent en partie sur mon compte bancaire. Bref je respire tant bien que mal l’air du temps et je pense un peu à moi…

Ce soir je suis tout seul.

Il y a des soirs comme ceux là, où j’ai le sentiment d’être sur un palier et de ne pas voir la marche suivante. L’impression de stagner, de perdre mon temps. Dépourvu de toute créativité, en manque d’un fluide artistique vital. Même ce texte me semble d’une incroyable inutilité.

Je sais pertinemment que la soirée se terminera sans que rien n’ait pu changer mes états d’âme.

Cyril

23:33

Cyril vient de remporter la Starac 6, à 67% des SMS. Dans quelques jours son compte sera crédité d’un million d’euros et dans deux ou trois mois il sortira un album composé par un inconnu qui s’écoulera à des centaines de milliers d’exemplaires.

Moi je vais aller bouquiner.

Luisscène

Hier soir nous avons terminé le premier trimestre d’improvisation, occasion pour laquelle Luis avait souhaité prendre le temps de faire ensemble le bilan du travail réalisé jusqu’ici. Installés sur nos tapis de sol usés après la séance de relaxation, disposés en cercle, nous commençons à aborder le sujet. Les conditions sont idéales: dans nos esprits l’arrivée tant attendue des vacances de Noël nous libèrent de nos préoccupations quotidiennes et fait ruisseler le stress en dehors de nos corps. Nous sommes dans l’obscurité, les deux spots installés par Luis sont justes nécessaires pour nous regarder et nous écouter les uns les autres, et Luis instaure la règle d’or de ne jamais parasiter la personne qui est en train de parler.

Chacun apporte des commentaires tout personnels et j’écoute avec beaucoup de plaisir les impressions de mes collègues. Je ne voudrais pas dénaturer leurs propos, mais globalement les idées venant de chacun permettent de retenir certaines grandes lignes directrices. D’une manière générale nous reconnaissons l’impact positif des ateliers de théatre sur nos vies privées. Mieux communiquer, mieux observer les comportements humains, être plus à l’écoute de notre environnement, mieux accepter sa voix et son corps… Je rajoute que le théâtre permet d’avoir une meilleure estime de soi et de se découvrir des talents non soupçonnés. L’apprentissage du tennis ou de la trompette sont certainement source de « self esteam » également, mais au théâtre, nous sollicitons notre for intérieur, notre personnalité, notre intimité, et à ce titre l’improvisation a un impact tout particulier que peu d’activités, à mon avis, peuvent apporter.

J’écoute avec beaucoup d’intérêt Brownie qui décrit la manière dont l’improvisation est devenu un sujet de discussion omniprésent, et je repense en même-temps à l’impact de l’activité sur ma vie et la source d’inspiration pour l’écriture qui en est issue. J’explique mon ressenti sur le travail en groupe et la découverte de l’autre, en constatant que la démarche naturelle menant à l’intimité d’une personne passe d’abord par la connaissance de ses « traits » de personnalité généraux. Au cours de nos ateliers d’improvisation, la démarche est inversée car c’est par la découverte de l’intimité que nous accédons à la connaissance plus globale de l’autre. Nous rions lorsque Cyril évoque une « aventure humaine », mais au fond il a tout à fait raison.

Audreymasque

Les aiguilles du temps semblent avoir pris l’avion ce soir et les heures tournent. Nous consacrons le reste de l’atelier, une seconde fois, à un travail sur les masques neutres. Travail sur la précision du regard, celle de nos gestes, travail de la rigueur corporelle, Luis insiste sur l’importance de prendre son temps pour faire les bons gestes. Et le défi est de gommer, l’espace de quelques minutes toutes les particularités gestuelles qui sont propres à chacun. L’exercice est aussi instructif que la première expérience de masques neutres. En fin de scéance, Luis nous fait démonstration de ces talents en nous présentant quelques masques de théâtre.

Masque1 Masque2 Masque4

Dans deux semaines nous nous élançons sur la piste pour le grand saut. Désormais nous additionnerons la parole aux gestes.

Que dire ? Comment le dire ? Pourquoi le dire ? Jusqu’à quel point la parole s’improvise t’elle ?

La citation du jour 8

décembre 22, 2006

Petits yeux ce matin.

Hier soir l’atelier d’improvisation, débuté par une longue et passionnante discussion dressée comme le bilan de notre premier trimestre et suivie par un exercice de masques neutres, s’est approché des douze coups de minuit.

Grand bol d’oxygène, recharge de simplicité, d’humanité et de bonheur. Profitons de la vie.

Ouvrir les bras pour accueillir tout ce qui vient. Attraper les instants magiques, en donner un petit morceau à celui qui nous accompagne, et déguster.

« Le voyage est court.

Essayons de le faire en première classe. »

Philippe Noiret

La citation du jour 7

décembre 18, 2006

« Il y a des étoiles mortent qui brillent encore 

parce que leur éclat est pris au piège du temps »

Don Delillo

 

Ecriture : « La partition »

décembre 17, 2006

Je mets en ligne ma dernière nouvelle en date, « la partition ». Une création de 9 pages de style moderne inspirée d’un instant vécu personnellement. Quelques secondes de ma vie ayant fait germé l’idée d’en faire une nouvelle. Rien de bien révolutionnaire, un moment de lecture distrayant qui saura je l’espère se rendre attachant.

Bonne lecture et à très bientôt sur l’art niak.

La partition

Papa, Maman,

Hier matin j’ai participé à une formation, tenue à l’imposante et extravagante Maison Mère de ma société (grand groupe de construction et de communication au logo orange et commençant par B). Que j’aime ces journées commencées à l’heure où même les poules survolent encore leur phase de sommeil profond… C’est l’implacable loi du travail francilien qui m’a contraint, pour un horaire de commencement fixé à 8h30, de passer deux heures dans ma voiture pour aller travailler. Un rapide calcul du rapport distance/temps ramène la vitesse moyenne de mon trajet à 30 km/h.

Bref, je ne suis pas en train de me plaindre sur mes conditions de travail, conscient qu’à Madagascar les paysans n’ont pas les moyens de se payer une vache dont l’acquisition s’élève tout de même à 600 euros…

Non, mais voilà en tant que bon preneur de notes, tout écrivain en herbe que je suis, j’ai relevé la phrase suivante, intrigué par les méandres de sa ou ses signification(s) et l’éventualité d’une caméra cachée dans la salle. Dites-moi, vous « qui êtes du métier », s’il existe dans ces lignes un quelconque indice relevant de la psychopathologie ? Dans le cas contraire, rassurez-moi, vous parents, confirmez que ce n’est pas moi qui suis mentalement à coté de la plaque…

« Le 1er arrêt du 22/06/05 admet implicitement mais nécessairement que le recours subrogatoire du Maître d’ouvrage puisse ne prospérer que partiellement, voir aucunement, la subrogation au profit d’un co-obligé in solidum ne pouvant avoir pour effet d’occulter une part de la responsabilité de celui-ci. »

Véridique. 

Amen.

   

Métro

Ce soir c’est décidé, je prends le RER pour me rendre à l’atelier d’écriture. Il pleut des cordes depuis une heure, les environs de Paris sont ultra-saturés et il me faut gagner Montrouge dans la banlieue sud de la capitale, alors que je pars du Grand Nord, la Picardie.

Hors de question de passer deux heures dans la voiture et user mon genou gauche à débrayer toutes les quinze secondes. Décision est rapidement prise de monter dans le RER en gare de Louvres et de saisir un personnage atypique pour en dresser le portrait en quelques coups de stylo bille. Je parcours le wagon dans toute sa longueur mais me vois contraint d’y rester pendant tout le voyage, l’accès au wagon adjacent étant condamné. Je m’installe sur un siège, résigné par la solitude annoncée de mon voyage : j’aperçois seules deux ou trois silhouettes au fond du wagon, rien de bien folichon à gratouiller sur mon cahier de boulot, pris à l’envers pour la satisfaction de mes élans littéraires.

Un garçon passe devant moi. Un petit arabe qui vient de souffler ses douze ou treize bougies tout au plus. J’observe, à l’affût d’un trait physique ou d’une action digne d’écriture lorsque celui-ci, avec une aisance et un naturel tout marqués, crache un somptueux glaviot de sa bouche imberbe dans le couloir central. Cet atypisme retient toute mon attention : voilà un geste qui jure vraiment avec son visage de chérubin (un peu bronzé, certes, mais lissé et paisible). J’analyse rapidement le comportement. Après tout, le jeune adolescent ne fait que reproduire les faits et gestes des grands frères de sa cité (je traverse les quartiers chics du 9.5 : Goussainville, Arnouville, Sarcelles et Gonesse…). Nous autres, les hommes, nous ne faisons qu’imiter ce que nous observons chez autrui : c’est la dure fatalité du mimétisme. Notre cracheur se comporte comme le fait la majorité des jeunes de banlieue qui prennent le RER. Et moi-même je me comporte et je pense comme mes parents l’auraient fait à ma place. Observer, ne rien dire et philosopher silencieusement sur le sujet, guère plus.

Chatelet – Les halles. Croisés des chemins. La Mecque du parisien souterrain. Boussole du métro-boulot-dodo, centre névralgique des lignes du métro et du RER, fourmilière centenaire d’animaux à deux pattes trottant dans toutes directions. Je me faufile à contre sens dans ce flot humain ininterrompu en observant devant, gauche et droite, fasciné par la diversité biologique des individus. J’arrive sur le quai du métro alors que retentit l’alarme de fermeture des portes. Bon perdant et peu téméraire, courir dans le wagon avant que ne se referment les deux portes ne m’effleurent même pas l’esprit. Par contre, une jeune femme opère une malheureuse tentative de rattrapage et se coince la main gauche entre les deux mâchoires métalliques. J’imagine déjà le wagon repartir inexorablement, la victime se faire traîner tout le long du quai, punie par son imprudence pressée et déchiquetée dans le sombre tunnel du métro. Je me voyais déjà revenir le soir à la maison et annoncer à ma chérie « J’ai vu un truc hooorrrrrriiiiiibbblllle dans le métro ! ».

Métro3

Non. A l’intérieur du train, un homme l’aide à se décoincer le poignet.

Au prochain tour je m’installe près des portes. Un homme approchant la cinquantaine se tient debout devant moi, un journal sous le coude. Des rides façonnent son visage grisonnant et il a le regard d’un homme qui a vécu, voilà les seules choses qui me sont données d’observer. Quelques instants plus tard, à l’arrêt d’une station je vois s’approcher une jeune femme. Elle se place derrière la vitre, relève la poignée d’ouverture des portes puis, dans une démarche toute féminine, pénètre dans le wagon puant. Comme un phénomène naturel je sens tous les regards masculins se concentrer sur l’inconnue. La silhouette est de grande taille, ses longs cheveux bruns et ondulés sont propres et leur parfum semble même parvenir à mes narines. Un nez fin, des paupières subtiles et une peau blanche forment un profil parfait, délice du regard. Toute de noir vêtue, la belle porte un manteau de grande qualité, une jupe courte laissant plonger des jambes longilignes couvertes de collants noirs, dont on espère qu’ils sont plutôt des bas. Gentleman, je m’interdis de poser mon regard sur le bas de son corps, convergence de tous les regards et le transfert immédiatement sur l’homme qui me fait face : en quelques instants ce dernier a déplié son journal dont il entreprend une hypothétique lecture. Par de brefs coup d’oeils sur le coté, dont aucun ne m’échappe, l’animal caresse de son regard indiscret les courbes noires des jambes de l’inconnue.

Silhouette

L’homme sort du train quelques instants plus tard. J’observe la jeune femme, amusé par le comportement tout masculin de l’homme au canard. Après tout, cette femme est-elle si belle que cela ? Décision est prise d’user de mon regard à des fins toute objectives. Je baisse furtivement les yeux sur les superbes jambes. Exactement au même instant la jeune femme tourne la tête, surprend mon observation et ne peut s’empêcher d’esquisser une grimace de dégoût. Je suis fait comme un rat. « Tous les mêmes… » se dit-elle. Ben oui, pour le coup je n’ai rien à déclarer pour ma défense, je n’ai même pas d’avocat. J’ai agi comme mon prédécesseur, l’homme au journal.

Vous avez dit mimétisme ?

Jambes

 

Voilà, je donne suite et mets fin à mon tout premier article de « l’air du temps »… Souvenez-vous, lecteurs fidèles et assidus, de cette escapade dans cette somptueuse ville qu’est le Havre, où j’ai bravé tant de dangers et frôlé de si près  les pires  agressions… Et bien j’y suis retourné, sur ce fameux site pollué.

Cette fois-ci, je n’étais pas seul.

Deux mois après ma première venue, le temps a fait son petit bonhomme de chemin, j’ai patiemment attendu que le code des marchés publics fasse monter mon dossier vers la première marche du podium, et un beau jour j’ai reçu la notification précisant que j’avais remporté l’appel d’offres de dépollution du site ! Je revenais au Havre pour la signature du marché puis me rendais sur le site pour une visite commune, accompagné par les deux collègues chargés de la réalisation des travaux ainsi que du jeune homme fort courtois représentant « l’état », le « public », la « ville » : mon client. Cette fois-ci, point d’autochtones belliqueux ni de sueurs froides. Sous une pluie battante, balayée par un vent auquel les services prédictifs avaient associé le mot « tempête », nous évoluions dans les flaques d’eau, courbant la tête pour nous protéger la nuque de l’humidité.

Silencieusement, je tournai mon regard vers cet arbre derrière lequel j’avais pu avec grand soulagement donner « libre cours aux folles envies de ma vessie », et je me souvins avec beaucoup d’amusement aux zouaveries qu’il m’avait été nécessaire de mettre en oeuvre pour prendre quelques clichés du terrain sans attirer davantage l’attention des locaux.

La boucle est bouclée. J’aime quand les choses de la vie ont une cohérence, un intérêt, une continuité.  Boucler la boucle, et passer à autre chose.

To be continued…