Cinéma : « Casino Royale » de Martin Campbell

novembre 27, 2006

Casino royale

Avant de commencer cet article consacré à ce superbe film qu’est « Casino Royale », je dois juste me débarrasser de ce désagréable souvenir de ma séance de cinéma, puisque j’ai passé deux heures assis à coté d’un homme barbu (je n’ai rien contre les barbus, mais que voulez-vous, c’est un signe particulier) émanant de manière constante une effluve d’alcool agrémentée, lointainement, très lointainement, de celle d’un after-shave bon marché. C’est dingue de sentir la bière comme ça !

Bien. C’est donc avec l’esprit libre de ce détail que je peux aborder sereinement mon article.

Tout cela me fait penser à du marketing de supermarché. Ou plus exactement à la manière de penser un produit alimentaire pour qu’il se vende. En effet, pour qu’un produit se vende de nos jours, il faut qu’il soit à la fois « gourmand », « léger », « onctueux », « équilibré », « 100% pur » quelque chose, « sans conservateur ni additif chimique », « issu de l’agriculture biologique », « recette traditionnel », « commerce équitable » et « offre spéciale ».

« Casino Royale », c’est un petit peu le produit alimentaire du cinéma. Tentons quelques rapprochements :

  • « gourmand » : ce film a bien dû coûter plusieurs millions de dollars effectivement,
  • « léger » : c’est le terme juste,
  • « onctueux » : là, c’est un peu difficile, même si certains dialogues tentent désespérément de l’être,
  • « équilibré » : du suspense, de la violence, du sexe, du romantisme, de l’argent, des belles voitures, des belles femmes, des cascades, définition d’un film d’action équilibré
  • « recette traditionnelle» : costume noir noeud papillon, “My name is Bond. James Bond”

Craig2

Malheureusement, après coup, “Casino Royale” me laisse le souvenir à peu près similaire à la dernière fois que j’ai pu manger des flageolets en boîte.

Tout avait pourtant bien commencé : un grand corps viril en costume noir sur fond gris, un revolver à la main et cachant une silhouette féminine aux cheveux longs, chouette marketing pour le lancement d’un nouveau « Bond ». Ou plutôt devrait-on dire « Blond », puisque la seule chose dont on parle ces jours-ci au sein de la communauté cinéphile, c’est bien la couleur de tignasse du nouveau James, dont les cheveux ne sont plus noirs ! Désastre éthique pour certains, personnellement je trouve au contraire qu’un peu de fraîcheur et d’innovation aurait du à priori redonner un nouveau souffle à la série. Il faut dire que Daniel Craig, qui endosse pour la première fois le rôle du célèbre 007, apporte une grande crédibilité à son personnage. Corps musclé portant fantastiquement bien le costume trois pièces et le nœud papillon, regard bleu irrésistible, faciès d’un homme écorché qui n’a plus rien à perdre… Daniel Craig semble être le bon successeur du trop propre Pearce Brosnan. Le seul problème, c’est que lorsque Bond s’aventure à vouloir prononcer une phrase inspirée d’un peu de romantisme ou d’intelligence, Daniel Craig a l’air… bête. Pourtant le comédien transpire un potentiel certain, parfois comique, mais ce n’est pas « Casino Royale » qui lui donne les moyens de s’élever.

 

Craig

Evidemment il faut savoir fermer les yeux pour ne pas être agressé par l’explosion de tous les artifices dont Martin Campbell a du user pour faire de « Casino Royale » un grand spectacle cinématographique. Une histoire d’argent sale servant à financer le terrorisme, un méchant très méchant ayant une particularité physique (ici c’est l’œil de Mads Mikkelsen qui rend l’âme), un héros qui risque sa vie environ cinq cents fois en deux heures, un vrai-faux indic qu’on pensait qu’il était un faux-vrai indic, une scène d’introduction noyée d’adrénaline bourrée d’effets spéciaux qui cloue le spectateur dans son siège pour lui faire avaler plus facilement la pilule magique du cinéma américain. J’ai eu beau m’accrocher consciencieusement dès les premières minutes pour saisir le scénario et ne plus le lâcher jusqu’à la fin, mais au bout de 90 minutes j’ai lâché prise. « De toutes façons avant même de le voir t’avais décrété que c’était nul ! » désespère ma douce mais personnellement, lorsque le scénario d’un film est une série de surenchères incohérentes ou trop prévisiblement plates : je n’adhère pas. Et quand je n’adhère pas, je ne comprends pas. Seul regain d’intérêt personnel, l’apparition tardive de la délicieuse Eva Green. La jeune actrice, découverte en reine orientale dans « Kingdom of heaven » (Ridley Scott – 2005), redonne un peu de beauté à ce tableau fade et déjà vu.

Green 1

Malheureusement le couple Green – Craig est assez mal dirigé, les dialogues sont niais et les situations ridicules. Pour exemple cette scène suivant un moment sanglant où devant sa belle, Bond étrangle sauvagement un terroriste après s’être battu comme un chiffonnier et s’être roulé dans les escaliers avec le malheureux. Alors que Vesper Lynd (Eva Green), choquée, se réfugie toute habillée sous la douche, James la rejoint. « J’ai l’impression d’avoir du sang sur les mains, et je n’arrive pas à me les laver » sanglote Vesper. Et voilà que Bond se met à sucer les doigts de la belle ! Mi burlesque, mi pornographique, auriez-vous imaginé un seul instant le grand Sean Connery dans pareille mise en scène ?!

 

Green2

Bref, rien de bien attachant dans ce nouvel opus des aventures de double zéro, qui ne me fait nullement regretter d’avoir déjà boudé les James Bond au cinéma depuis « Goldeneye »…

 

Ps : postez des commentaires, j’ai l’impression de parler tout seul à mon écran d’ordinateur, c’est horrible !

 

2 Réponses to “Cinéma : « Casino Royale » de Martin Campbell”

  1. thieu75 said

    C’est clair que le metteur en scene n’est peut être pas ce qui s’est fait de mieux pour l’univers James Bond mais d’un autre côté l’aspect sombre et parfois fragile/brisée de ce nouveau James bond est assez bien je trouve. On est loin du anti-héros de Die Hard (McClain, si tu nous entend !!) mais ce côté plus torturé, dans tous les sens du terme me plaît !

    Et puis Eva Green …

  2. dom's said

    pas vu pas pris..

    Notre dernière séance c’était le « dalahia noir ». Tout aussi décevant. Scarlett st totalemnt nunuche, les deux flics à la limite du ridicule. Bon on va peut-être pouvoir se consoler avec le nouveau Scorcese. Mais aux dernières nouvelles impossible à voir en V.O dans notre petite ville de province!!!

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