Improvisation du 16/11/06 : nébuleuse psychologique

novembre 17, 2006

Prendre un scalpel bien aiguisé, découper soigneusement les contours de votre crâne, déconnecter votre cerveau pour l’extraire avec précaution, le découper en petits morceaux puis l’introduire dans un mixeur. Rajouter à égale mesure du courage, de l’imagination et de la souplesse. Actionner le mixeur. Reconstituer consciencieusement le cerveau.

Découper une ouverture au milieu du thorax, écarter les cotes. Débrancher le cœur, le placer sur une planche à découper. Pratiquer une incision sur les 3/4 de sa circonférence puis le retourner comme une poche de k-way. Recoudre le cœur puis l’introduire dans le crâne à la place du cerveau. Saupoudrez-le de lucidité, de vérité et d’honnêteté. Enfin, placer le cerveau reconstitué à la place du cœur, resserrer les cotes puis recoudre le thorax. Vous êtes prêt pour l’improvisation.

Cerveau

Nous avançons à pas de fourmis dans l’apprentissage de l’improvisation. J’ai conscience de mes progrès mais sans y croire pleinement. Je palpe mes acquis, effrayé par la possibilité de les perdre en chemin. Luis est le seul à garder la tête hors de l’eau, il observe nos mines dépitées au bout de trois heures de travail. Il nous demande de nous exprimer sur le sujet et je prends la parole. « J’adore tout ce qu’on fait. C’est super drôle, c’est ludique, mais tu vois en même temps je suis vachement frustré. A chaque fois que j’arrive à capter une chose, cinquante autres choses apparaissent ». Je rajoute que je n’arrive pas à comprendre s’il faut que je garde ma personnalité pour interpréter des personnages ou si je dois me débarrasser de tout ce que je suis pour mieux être quelqu’un d’autre. Luis me répond « Bientôt tu le sauras », « Amuse-toi, t’es ici pour t’éclater. Eclatez-vous ! Si vous ne vous éclatez pas, faites autre chose ! ». Il sourit, il jubile presque, c’est comme s’il savait ce qu’il se passait dans nos têtes, il nous explique en mimant avec ses deux mains qu’il recouvre l’une sur l’autre, que tout se construit petit à petit : « Vous ne pouvez pas accéder à la deuxième chose si vous n’avez pas capté la première. Tout se fait progressivement, comme une marche après l’autre. Ne regardez pas la montagne, il faut la gravir progressivement, on ne peut pas le faire d’un seul coup », puis il rajoute « Mais moi je sais que bientôt ça va être génial, vous allez voir au spectacle de fin d’année on va se marrer c.o.m.m.e d.e.s â.n.e.s ! ».

Visages

Dans mon esprit cartésien, j’essaye désespérément de faire de l’improvisation une table de multiplication. Si seulement on pouvait apprendre la comédie comme on apprend que 5 fois 3 font 15… Mais rien n’est plus impalpable, imprévisible, organique, cérébrale, que l’improvisation. A chaque entrée sur scène j’ai l’impression d’avoir sur le corps des dizaines de cloches, retentissant au moindre faux pas. Frédérique remarque que nous passons de plus en plus de temps derrière le rideau, avant d’entrer sur scène, comme si nous prenions conscience de l’importance de ces quelques précieux instants de concentration personnelle. Pendant cet atelier Luis nous a un peu secoué, il interrompait nos improvisations et nous submergeait volontairement de questions pour nous faire comprendre l’importance de la vérité et du détail de notre imaginaire. « Comment tu t’appelles, quel âge as-tu, d’où viens-tu, comment s’appelle ton mari, fait-il beau, est-ce qu’il pleut, que fais-tu là, es-tu content, pas content, amoureux ? ».

Demain je participe au stage d’improvisation proposé par Commedia. Je sais que c’est de l’improvisation pure qui m’attend. Je vais devoir gigoter, parler, crier peut-être. J’ai peur que ces 5 heures brisent la progression toute « intellectuelle » de mes cours du jeudi. Mais finalement, tout est bon à prendre. « Tout accepter », principe de base de l’improvisation. Je n’ai rien à perdre, tout à saisir. Comme si je suivais des cours d’anglais, et qu’un beau jour je prenne le train pour aller passer un entretien d’embauche à Londres : demain c’est immersion totale.

Silhouette3

Une Réponse to “Improvisation du 16/11/06 : nébuleuse psychologique”

  1. Toute la vie nous devons gravir des montagnes… Chaque jour qui passe est un pas de plus vers le sommet. Quel sommet d’ailleurs? Quand savons-nous que nous sommes arrivés? Arrivés où? Même si tu avances à pas de fourmi, ce que tu fais est déjà gravir un sommet…
    On ne sait pas où on va, mais on avance…
    C’était la réflexion du samedi matin, par la fausse fille en plastique.
    Bisous à toi l’android.
    FPG

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