Casino royale

Avant de commencer cet article consacré à ce superbe film qu’est « Casino Royale », je dois juste me débarrasser de ce désagréable souvenir de ma séance de cinéma, puisque j’ai passé deux heures assis à coté d’un homme barbu (je n’ai rien contre les barbus, mais que voulez-vous, c’est un signe particulier) émanant de manière constante une effluve d’alcool agrémentée, lointainement, très lointainement, de celle d’un after-shave bon marché. C’est dingue de sentir la bière comme ça !

Bien. C’est donc avec l’esprit libre de ce détail que je peux aborder sereinement mon article.

Tout cela me fait penser à du marketing de supermarché. Ou plus exactement à la manière de penser un produit alimentaire pour qu’il se vende. En effet, pour qu’un produit se vende de nos jours, il faut qu’il soit à la fois « gourmand », « léger », « onctueux », « équilibré », « 100% pur » quelque chose, « sans conservateur ni additif chimique », « issu de l’agriculture biologique », « recette traditionnel », « commerce équitable » et « offre spéciale ».

« Casino Royale », c’est un petit peu le produit alimentaire du cinéma. Tentons quelques rapprochements :

  • « gourmand » : ce film a bien dû coûter plusieurs millions de dollars effectivement,
  • « léger » : c’est le terme juste,
  • « onctueux » : là, c’est un peu difficile, même si certains dialogues tentent désespérément de l’être,
  • « équilibré » : du suspense, de la violence, du sexe, du romantisme, de l’argent, des belles voitures, des belles femmes, des cascades, définition d’un film d’action équilibré
  • « recette traditionnelle» : costume noir noeud papillon, “My name is Bond. James Bond”

Craig2

Malheureusement, après coup, “Casino Royale” me laisse le souvenir à peu près similaire à la dernière fois que j’ai pu manger des flageolets en boîte.

Tout avait pourtant bien commencé : un grand corps viril en costume noir sur fond gris, un revolver à la main et cachant une silhouette féminine aux cheveux longs, chouette marketing pour le lancement d’un nouveau « Bond ». Ou plutôt devrait-on dire « Blond », puisque la seule chose dont on parle ces jours-ci au sein de la communauté cinéphile, c’est bien la couleur de tignasse du nouveau James, dont les cheveux ne sont plus noirs ! Désastre éthique pour certains, personnellement je trouve au contraire qu’un peu de fraîcheur et d’innovation aurait du à priori redonner un nouveau souffle à la série. Il faut dire que Daniel Craig, qui endosse pour la première fois le rôle du célèbre 007, apporte une grande crédibilité à son personnage. Corps musclé portant fantastiquement bien le costume trois pièces et le nœud papillon, regard bleu irrésistible, faciès d’un homme écorché qui n’a plus rien à perdre… Daniel Craig semble être le bon successeur du trop propre Pearce Brosnan. Le seul problème, c’est que lorsque Bond s’aventure à vouloir prononcer une phrase inspirée d’un peu de romantisme ou d’intelligence, Daniel Craig a l’air… bête. Pourtant le comédien transpire un potentiel certain, parfois comique, mais ce n’est pas « Casino Royale » qui lui donne les moyens de s’élever.

 

Craig

Evidemment il faut savoir fermer les yeux pour ne pas être agressé par l’explosion de tous les artifices dont Martin Campbell a du user pour faire de « Casino Royale » un grand spectacle cinématographique. Une histoire d’argent sale servant à financer le terrorisme, un méchant très méchant ayant une particularité physique (ici c’est l’œil de Mads Mikkelsen qui rend l’âme), un héros qui risque sa vie environ cinq cents fois en deux heures, un vrai-faux indic qu’on pensait qu’il était un faux-vrai indic, une scène d’introduction noyée d’adrénaline bourrée d’effets spéciaux qui cloue le spectateur dans son siège pour lui faire avaler plus facilement la pilule magique du cinéma américain. J’ai eu beau m’accrocher consciencieusement dès les premières minutes pour saisir le scénario et ne plus le lâcher jusqu’à la fin, mais au bout de 90 minutes j’ai lâché prise. « De toutes façons avant même de le voir t’avais décrété que c’était nul ! » désespère ma douce mais personnellement, lorsque le scénario d’un film est une série de surenchères incohérentes ou trop prévisiblement plates : je n’adhère pas. Et quand je n’adhère pas, je ne comprends pas. Seul regain d’intérêt personnel, l’apparition tardive de la délicieuse Eva Green. La jeune actrice, découverte en reine orientale dans « Kingdom of heaven » (Ridley Scott – 2005), redonne un peu de beauté à ce tableau fade et déjà vu.

Green 1

Malheureusement le couple Green – Craig est assez mal dirigé, les dialogues sont niais et les situations ridicules. Pour exemple cette scène suivant un moment sanglant où devant sa belle, Bond étrangle sauvagement un terroriste après s’être battu comme un chiffonnier et s’être roulé dans les escaliers avec le malheureux. Alors que Vesper Lynd (Eva Green), choquée, se réfugie toute habillée sous la douche, James la rejoint. « J’ai l’impression d’avoir du sang sur les mains, et je n’arrive pas à me les laver » sanglote Vesper. Et voilà que Bond se met à sucer les doigts de la belle ! Mi burlesque, mi pornographique, auriez-vous imaginé un seul instant le grand Sean Connery dans pareille mise en scène ?!

 

Green2

Bref, rien de bien attachant dans ce nouvel opus des aventures de double zéro, qui ne me fait nullement regretter d’avoir déjà boudé les James Bond au cinéma depuis « Goldeneye »…

 

Ps : postez des commentaires, j’ai l’impression de parler tout seul à mon écran d’ordinateur, c’est horrible !

 

Improvisation tout en musique

novembre 24, 2006

C’était chouette, c’était chouette, c’était chouette !

Remis de mon traumatisme du dernier atelier où je me débattais complètement impuissant avec ce personnage de moine que je n’ai pas réussi à saisir un seul instant, l’atelier d’hier soir m’a regonflé les poumons d’air pur. De notre travail commence à émerger certains de ces petits instants magiques et artistiques (théâtraux ?). A certains moments j’ai même l’impression que sur nos petits vélos d’enfants nous pourrions nous passer de roulettes pour prendre notre envol : nous progressons.

Les moments de vérité, les moments de justesse, sont des instants de bonheur furtifs mais intenses.

Hier Luis a débuté la séance par un court exercice sur les « masques neutres ». Les masques sont des objets en cuir laissant uniquement apparaître le regard du comédien. L’exercice est volontairement réduit à sa plus grande simplicité : rentrer seul sur scène, masqué, se placer en son centre tout en regardant le public. Ne faire aucun geste. Puis se retirer, sans quitter des yeux le public. Quel est le langage du corps, que se passe t-il sans l’expressivité du regard ? L’exercice est bien plus riche que je ne le pensais. Pour certains d’entre nous, le masque neutre provoque la création d’un personnage et nous emporte dans l’imaginaire. Pour d’autres, le moindre petit geste permet d’identifier immédiatement la vraie personne qui se cache derrière le morceau de cuir.

Nous travaillons ensuite sur la notion de rythme. Luis nous fait travailler en musique, nous apprenons à marcher en suivant le tempo d’une mélodie, nous apprenons à écouter tout simplement. Alors que nous sommes tous assis par terre, en cercle, Luis nous demande de fermer les yeux et d’improviser une gestuelle, toujours en rythme avec la musique. Utilisez tout l’espace qui est autour de vous, amplifiez vos mouvements, je veux vous voir bouger. Et puis il vient l’un après l’autre nous parler au creux de l’oreille. Je l’entends dire, avec son accent espagnol : « Rémy, rogarde les otres ». C’est un spectacle incroyable. Chacun semble porté dans un monde tout personnel, chaque geste est propre à chaque personnalité, c’est une vision exclusive de l’autre à laquelle la musique nous donne accès. Nous terminons l’atelier en préparant une « improvisation musicale »en groupe de 2 ou 3. Improviser une scène, toujours sans parole, mais en rythme. Tac, tac, tac, tac. Vous comprenez maintenant ? Pour chaque improvisation, vous devez avoir en vous le rythme de votre personnage, même sans la musique.

J ‘ai adoré ce travail en musique. La musique a toujours fait partie de ma vie, depuis tout petit. Alors qu’un cordon de chair me reliait encore à ma mère, celle-ci me faisait déjà écouter de la musique classique. Dans mes souvenirs, la musique c’est ma maman qui joue du piano le week-end, après la sieste, installant dans toute la maison une atmosphère romantique propice aux rêveries de petit garçon, et c’est mon papa qui sirote un petit whisky en écoutant un morceau de jazz, les dimanches soirs d’hiver, avant que le retour à l’école le lendemain ne nous assaille. Quelques années plus tard, je commençais à pianoter sur des touches noires et blanches jusqu’à ce qu’un professeur mal aimable et cynique me fasse préférer l’abstinence musicale, après dix ans de gymnastique manuelle. Et puis la guitare, symbole éternel du rock adolescent, que je pratique toujours d’une manière totalement anarchique.

La musique, hier soir, a rajouté une nouvelle dimension à notre imaginaire.

Je vais encore devoir me faire violence pour synthétiser à l’extrême les idées qui se pressent dans mon esprit et n’en garder que l’essence pour rédiger cet article consacré à mon stage d’improvisation Commedia du samedi 18 novembre. Il faut savoir faire des choix terribles pour ne garder que l’essentiel de ces 6 heures d’atelier. Je ne pense pas qu’il serait intéressant de décrire en détails les exercices que nous avons suivis un par un, mais plutôt de comprendre les « types » d’exercices et leur intérêt.

La première moitié du stage, mené de bout en bout par l’infatigable énergie d’Esteban, était consacrée aux principes de base de l’improvisation (écoute, crédibilité, vérité etc.) Au-delà de l’aspect assez théorique qu’Esteban nous incitait à mettre en pratique par des exercices simples, l’intérêt de cette apprentissage était de prendre conscience qu’improviser, c’est avant tout communiquer. Nous communiquons tous les jours chacun d’une manière différente, chacun à notre façon. Beaucoup, pas assez, par la parole, par gestes, par SMS, par mails, par le regard. Mais improviser, c’est d’abord bien communiquer. S’assurer que l’autre est prêt à nous écouter, lui transmettre un message clair par un moyen simple et ne pas passer à autre chose avant qu’il ait reçu et compris le message. Ca peut paraître simple, facile, pourtant cette notion nous ouvre les portes pour aller vers « l’autre », celui par qui l’embryon d’improvisation que « je » propose va s’épanouir. Je me rends compte de l’importance de mon partenaire. En tant que débutant, j’ai tendance à lui lancer une patate chaude dès lors que je me sens coincé, en espérant qu’il saura mieux que moi rebondir sur la progression de l’impro. Mais je constate aussi que sa progression dépend de la qualité, de la cohérence et de l’intérêt de ce que je lui communique. Patate chaude ou pas : tous les deux dans le même bateau ! D’autre part, et de manière plus terre à terre, tous ces exercices nous permettent d’avoir une connaissance certes incomplète, mais essentielle, de chacun d’entre nous, facilitant le travail de groupe.

Après une pause-goûter bien méritée, nous avons poursuivi le stage sous la direction de Franck. Epuisés par les trois premières heures d’exercices, il nous est difficile de nous remettre dans un mouvement d’énergie et Franck tente de nous remettre en selle par des jeux vifs et amusants. La deuxième partie est davantage consacrée à de l’improvisation « pure » et nous sommes désormais suffisamment échauffés pour mettre les deux pieds dans le plat. Improvisation à thème imposée ou à thème libre, toujours « orientées » par Franck, les situations vécues nous permettent de mieux comprendre les notions abordées précédemment. Tout le monde se prête au « jeu », nous sommes rincés, personnellement je n’ai plus rien à perdre, tout à prouver et Franck nous incite à dépasser nos limites : sur la dernière heure de stage, notre travail porte ses fruits et dans la bouillie confuse de nos improvisations émergent désormais des instants vrais, cohérents, drôles, bien interprétés. J’observe avec beaucoup d’intérêt les idées et trouvailles de mes collègues, je suis étonné par le talent presque involontaire de certains d’entre eux.

C’était sacrément chouette.

J’ai eu du mal à quitter ceux qui avaient d’une manière ou d’une autre, le temps d’un stage, été proches de moi. Par le corps, par l’esprit. J’ai compris que je pouvais être pendant quelques instants un professeur de philosophie courbé à la voix grave, un pirate mort de trouille qui débarque sur une île accompagné par son acolyte benêt, le co-pilote d’un avion survolant la banquise et dont le réacteur droit était en feu ou encore un gourou agissant sous la forme d’un professeur de Yoga incitant ses élèves à se masturber… l’esprit.

J’ai aussi compris qu’il ne fallait pas essayer de tracer l’improvisation, par peur de l’inconnu de A à Z avant de la commencer. On pose le A. Le reste c’est……………………..

Prendre un scalpel bien aiguisé, découper soigneusement les contours de votre crâne, déconnecter votre cerveau pour l’extraire avec précaution, le découper en petits morceaux puis l’introduire dans un mixeur. Rajouter à égale mesure du courage, de l’imagination et de la souplesse. Actionner le mixeur. Reconstituer consciencieusement le cerveau.

Découper une ouverture au milieu du thorax, écarter les cotes. Débrancher le cœur, le placer sur une planche à découper. Pratiquer une incision sur les 3/4 de sa circonférence puis le retourner comme une poche de k-way. Recoudre le cœur puis l’introduire dans le crâne à la place du cerveau. Saupoudrez-le de lucidité, de vérité et d’honnêteté. Enfin, placer le cerveau reconstitué à la place du cœur, resserrer les cotes puis recoudre le thorax. Vous êtes prêt pour l’improvisation.

Cerveau

Nous avançons à pas de fourmis dans l’apprentissage de l’improvisation. J’ai conscience de mes progrès mais sans y croire pleinement. Je palpe mes acquis, effrayé par la possibilité de les perdre en chemin. Luis est le seul à garder la tête hors de l’eau, il observe nos mines dépitées au bout de trois heures de travail. Il nous demande de nous exprimer sur le sujet et je prends la parole. « J’adore tout ce qu’on fait. C’est super drôle, c’est ludique, mais tu vois en même temps je suis vachement frustré. A chaque fois que j’arrive à capter une chose, cinquante autres choses apparaissent ». Je rajoute que je n’arrive pas à comprendre s’il faut que je garde ma personnalité pour interpréter des personnages ou si je dois me débarrasser de tout ce que je suis pour mieux être quelqu’un d’autre. Luis me répond « Bientôt tu le sauras », « Amuse-toi, t’es ici pour t’éclater. Eclatez-vous ! Si vous ne vous éclatez pas, faites autre chose ! ». Il sourit, il jubile presque, c’est comme s’il savait ce qu’il se passait dans nos têtes, il nous explique en mimant avec ses deux mains qu’il recouvre l’une sur l’autre, que tout se construit petit à petit : « Vous ne pouvez pas accéder à la deuxième chose si vous n’avez pas capté la première. Tout se fait progressivement, comme une marche après l’autre. Ne regardez pas la montagne, il faut la gravir progressivement, on ne peut pas le faire d’un seul coup », puis il rajoute « Mais moi je sais que bientôt ça va être génial, vous allez voir au spectacle de fin d’année on va se marrer c.o.m.m.e d.e.s â.n.e.s ! ».

Visages

Dans mon esprit cartésien, j’essaye désespérément de faire de l’improvisation une table de multiplication. Si seulement on pouvait apprendre la comédie comme on apprend que 5 fois 3 font 15… Mais rien n’est plus impalpable, imprévisible, organique, cérébrale, que l’improvisation. A chaque entrée sur scène j’ai l’impression d’avoir sur le corps des dizaines de cloches, retentissant au moindre faux pas. Frédérique remarque que nous passons de plus en plus de temps derrière le rideau, avant d’entrer sur scène, comme si nous prenions conscience de l’importance de ces quelques précieux instants de concentration personnelle. Pendant cet atelier Luis nous a un peu secoué, il interrompait nos improvisations et nous submergeait volontairement de questions pour nous faire comprendre l’importance de la vérité et du détail de notre imaginaire. « Comment tu t’appelles, quel âge as-tu, d’où viens-tu, comment s’appelle ton mari, fait-il beau, est-ce qu’il pleut, que fais-tu là, es-tu content, pas content, amoureux ? ».

Demain je participe au stage d’improvisation proposé par Commedia. Je sais que c’est de l’improvisation pure qui m’attend. Je vais devoir gigoter, parler, crier peut-être. J’ai peur que ces 5 heures brisent la progression toute « intellectuelle » de mes cours du jeudi. Mais finalement, tout est bon à prendre. « Tout accepter », principe de base de l’improvisation. Je n’ai rien à perdre, tout à saisir. Comme si je suivais des cours d’anglais, et qu’un beau jour je prenne le train pour aller passer un entretien d’embauche à Londres : demain c’est immersion totale.

Silhouette3

Interview de François Cluzet

novembre 15, 2006

A 51 ans et plus de 20 ans de carrière dans le cinéma français, François Cluzet est un comédien pourtant peu connu du grand public. A l’occasion de la sortie de « Ne le dis à personne » de Guillaume Canet, le DVD du magazine Studio propose une interview de l’acteur pour commenter quelques extraits choisis. Passionné par son métier, François Cluzet semble vivre ses rôles d’une manière très cérébrale. Alors que je découvre la difficulté du théâtre et de l’improvisation, j’ai subitement une autre vision des prestations d’acteurs de cinéma et même des humoristes. C’est un peu comme si, en les voyant, je pouvais me dire « ça, c’est super dur à faire ! ».

J’ai retranscrit ici un extrait de l’interview, dans lequel l’acteur livre sa vision de son métier, et je trouve que ces quelques lignes donnent une clé de compréhension très intéressante sur la comédie :

 « Je suis venu dans ce métier pour la vérité […] et pas pour jouer, mais au contraire pour dire bon ben voilà, moi je suis comme ça, tout l’intérieur, hop je vous le file, je fous tout en vitrine, tout en magasin, jardin secret compris, alors qu’est-ce que je risque ? […] Je vous le dois, je vous le dois ! Cherchez, voyez, tout ce que vous voulez, le médiocre, le vulgaire, c’est normal, je suis humain ! »

CLuzet

Ecriture 2

Hier soir j’ai participé à mon premier atelier d’écriture. Après une heure quinze de voiture pour rejoindre la place Stalingrad et environ vingt minutes supplémentaires pour trouver une place qui n’en était pas vraiment une, je composai le code d’entrée de l’immeuble et montai quatre étages d’escalier en bois pour me rendre au lieu de rassemblement. Ce dernier était fixé dans l’appartement de « NK » et d’Amélie.

Cette activité est proposée tous les mardi par l’association « Y’a pas qu’les arts« , que j’avais déjà découverte au cours d’un atelier d’improvisation au mois d’octobre (mise en concurrence ayant été faite avec Théâtre en stock que j’ai finalement retenu…). Nous étions neuf, y compris le fameux Laurent alias « Choun », le professeur de français chargé d’animer les ateliers. Je n’étais pas forcément très en avance et l’atelier débuta rapidement.

Pour commencer Choun proposa de travailler sur la célèbre correspondance codée entre George Sand et Alfred de Musset. Sur l’un des textes, la lecture d’une ligne sur deux délivrait un message tout autre que le texte dans son intégralité, et dans le second il fallait lire uniquement les premiers mots de chaque ligne pour déceler une phrase cachée.

Musset Sand

Et c’est ainsi que l’on mesure le talent de grands écrivains, lorsqu’à notre tour Choun nous demande d’écrire un texte codé en dix minutes. Sur le premier nous avons pour consigne d’utiliser les premiers mots de chaque ligne. Tout le monde commence à gratter sur son bout de papier pendant que je les observe avec perplexité (non sans un certain désarroi) : sur ce premier exercice je sèche complètement. Après avoir tenté une approche je renonce à ma première idée et poursuis sur une autre. A la fin de l’échéance, chacun se lève pour lire son texte aux autres. Je suis un peu gêné par mon texte, en comparaison avec la richesse des textes et l’imagination des autres. Voilà ce que j’avais pu non sans mal extraire de mon cerveau :

Quand la lune brillera, les oiseaux
Iront rejoindre leur nid,
Nous écouterons le chant de la chouette
Aux yeux ronds, éclairant les
Bois d’un feu clair.

Bon c’est pas sensationnel, mais pour une première création personnelle improvisée le soir dans un petit appartement parisien, au milieu d’illustres inconnus, il ne fallait guère m’en demander plus. Nous enchaînons avec le deuxième exercice apparemment plus difficile consistant à imaginer un texte au sens caché construit selon un code personnel ou pouvant simplement se lire une ligne sur deux (consigne que j’adopte). Plus à l’aise je parviens à me concentrer davantage, et je me rends compte de la difficulté d’écrire la 3ème ligne telle qu’elle puisse suivre la 1ère autant que la 2ème. Vingt minutes nous sont accordées.

–> En se levant le matin, l’homme se gratta
la tête en réalisant qu’il devait à tout prix se bouger
–> les fesses. Il se mit ensuite le doigt dans
l’œil en pensant qu’il suffisait d’avoir
–> le nez pour deviner de quoi serait faite sa journée.

— >Une fois sorti dans la rue, le malheureux marcha dans
le froid en songeant qu’au bureau l’attendait
–> une merde phénoménale.

Pas très fin… Par contre les deux textes de Choun sont d’une grande qualité, tant sur le fond que sur la forme. Après tout on ne doit pas s’improviser professeur de français.

Pour terminer l’atelier nous construisons des « cadavres exquis ». J’ignorais totalement que ces jeux d’écriture portaient ce nom, que je n’avais d’ailleurs jamais entendu, et j’imaginais stupidement les « Cadavreski » du nom de leur illustre inventeur russe… Le but du jeu est de construire des phrases en y inscrivant chacun une partie : un sujet, un adjectif, un verbe, un complément d’objet etc. Après avoir écrit un mot dans une colonne en ignorant totalement le contenu des colonnes précédantes, la personne transmet le papier à son voisin et ainsi de suite. Nous en avons fait ainsi quatre ou cinq dont certains se révélèrent excellents de sens ou de sonorité.

Le mage, éclaboussé de sang, appelle Dieu comme s’il y croyait.

Voilà, j’ai passé une très bonne soirée pour ce premier atelier d’écriture qui m’a coûté la modique somme de 3 euros de sandwich Carrefour plus 35 euros pour m’être garé sur une place qui n’en était pas vraiment une. Jamais je n’aurais pensé qu’il puisse exister une activité associative liée à l’écriture. J’ai toujours vécu l’écriture comme un acte solitaire, intime, presque égoïste. Il est drôle et enrichissant de construire l’écriture avec les autres. D’ailleurs la plupart de ceux qui étaient là pratiquaient aussi du théâtre d’improvisation.
– Improvisation littéraire –
Comme si tout était lié.

Comme si les amateurs de jeux de rôles étaient tous fans du Seigneur des anneaux,
Comme si les amoureux des voitures adoraient aussi les motos,
Comme si les joueurs de golf appréciaient aussi la gastronomie,
Comme si les pêcheurs s’intéressaient aussi à la chasse,
Comme si ceux qui dessinent peignaient aussi,

Comme si le goût de l’écriture donnait le goût de l’improvisation, et inversement.

Ecriture 1

Mon voyage avait commencé aux alentours de 18h35 au départ de Compiègne, psychologiquement préparé aux 75 min de trajet nécessaires pour rejoindre l’Ecole des Ponceaux de Cergy où se déroulent les ateliers d’improvisation. Curieusement ce soir-là je n’étais pas seul dans la voiture, j’étais accompagné par un certain sentiment d’anxiété, comme avant de me rendre à un entretien d’embauche. Chaque jeudi soir, seul dans ma voiture, psychologiquement j’ai l’impression de recommencer depuis le début, alors que ce n’est pas forcément la réalité des choses. Comment trouver la force de me dépasser et de m’ouvrir aux autres une fois de plus ? Comment mettre au placard ma rancœur et ma rabat-joierdise quotidiennes du boulot ? Vers 19h15 (toujours au volant) je tentais d’avaler un sandwich industriel assez répugnant, noyé dans une sauce  oscillant mystérieusement entre la sauce blanche et la mayonnaise et cachant une ignoble feuille de salade imbibée de ladite sauce au point d’être devenue translucide. Il est clair que je ne tiendrai pas tous les jeudi soir de l’année en m’infligeant un tel supplice. Par vengeance je me goinfre de Mikado chocolat-au-lait-éclats-de-noisettes.

Tendu, fatigué, inquiet de ce qui allait me tomber dessus, c’est dans cet état que j’ai commencé le cours de théâtre. Heureusement comme tous les jeudi nous commençons par une assez longue séance de relaxation salvatrice. Exercice de détente, de respiration. En position allongée, moyennant un peu de bonne volonté, 15 ou 20 minutes sont largement suffisantes pour se débarrasser (« par le souffle ») de toutes les « énergies négatives » qui nous habitent. Bref, tout le monde se détend. Suivent des exercices de diction, mettant en scène le désormais traditionnel « Petit pot de beurre » pour lequel nous commençons à acquérir une certaine aisance.

Ce soir nous sommes au complet il me semble, 3 hommes et 6 femmes. Nous consacrons les 90 minutes suivantes à des exercices de développement personnel. Ce type d’exercices est pratiqué sous de nombreuses formes et dans des domaines variés et notamment en entreprise dans le cadre des ressources humaines. Rapprocher les hommes, apprendre à se faire confiance et faire confiance aux autres : au travail ou au théâtre, à priori le but est le même. Nous nous plaçons en cercle serré autour d’une personne ayant reçu pour consigne de se tenir droit comme un piquet et de se laisser osciller comme un pendule au cœur du cercle, les yeux fermés. Au delà de la prise de confiance en autrui, l’exercice fait curieusement perdre ses repères visuels. La deuxième situation est plus difficile à aborder. Debout sur une chaise, il s’agit de se faire tomber vers l’avant, comptant infiniment sur les bras de ses collègues pour nous réceptionner. Dans les faits, la chute n’est que de 45°, mais je sers malgré moi de cobaye pour une nouvelle expérience. Les collègues placent leurs bras et leurs mains en position de chaise deux à deux pour me réceptionner. Ma seule alternative est de me laisser tomber sur ce tapis de mains et de bras unis. Ma chute est psychologiquement vertigineuse et mes collèges me réceptionnent en position allongée après une chute de 90°.

Dans le but de ne pas allonger monstrueusement cet article et décourager le vaillant lecteur qui s’est attelé à sa lecture, je m’efforce de ne pas décrire en détails l’exercice corporel suivant, sans toutefois renier son intérêt. Il s’agissait en quelques mots de se mettre face à face à chaque extrémité de la pièce et de s’avancer l’un vers l’autre en improvisant des gestes, des mouvements du corps, de manière totalement symétrique avec son « alter ego ». Amplifier les gestes de celui qui nous fait face, savoir le regarder, contrôler son propre corps, trouver d’autres gestes, voilà quel était l’intérêt de l’exercice dont le but était d’introduire une notion fondamentale de l’improvisation : l’écoute active.

La dernière heure est consacrée à une improvisation par couple. Une minute derrière le rideau. Trouver une idée, rentrer sur scène. Improviser, toujours sans paroles. Yohanna se porte volontaire. « Un autre, allez, vite vite vite ! » s’impatiente Luis. Je rejoins ma collègue. Passer en premier, contrairement à ce qu’on pourrait penser, est finalement plus facile que d’attendre de voir ce que font les autres. Ca enlève au moins le stress de faire moins bien que ses prédécesseurs… « T’as une idée ? » me demande Yohanna avec ses petits yeux malicieux. Je lui fais part de mon idée, elle éclate de rire, nous faisons quelques mises au point hasardeuses et nous rentrons sur scène. 7 paires d’oeils nous observent, s’impatientent, s’interrogent, (nous critiquent ?). Je regarde Yohanna, lui tourne autour lentement et après quelques essais de « projection » de sentiments, je m’approche de ma partenaire pour lui prendre les mains. Il y a entre nos deux personnages des sentiments amoureux, c’est évident. Je finis la scène en m’écroulant à genoux devant elle. Tout le monde éclate de rire. Je sens les soubresauts de rire de Yohanna et je ne peux contenir les miens. J’ai un peu honte de notre prestation, j’étais sensé être un chevalier qui retrouve sa reine après de longues années de séparation. Derrière le rideau j’avais précisé à Yohanna un truc ridicule du genre « je te vénère complètement et à la fin de la scène, je m’agenouille et tu fais un geste comme si tu me bénissais »… Sauf que Yohanna me caresse la tête à la fin de la scène, geste à priori difficile à rapprocher d’une bénédiction.

Mais finalement le rire excuse tout et je me rends compte des difficultés de l’exercice. Faire abstraction des regards. Oublier les spots lumineux. S’efforcer d’occuper l’espace. Regarder sa partenaire. L’aimer en tant que personnage alors que j’ai tout juste fait connaissance avec elle dans la réalité.

Je termine l’atelier avec le plaisir de m’être détendu pendant trois heures. Frustré, comme tous les jeudi, de n’en avoir pas fait davantage. Luis nous rappelle que le premier trimestre est bientôt terminé, et qu’à partir du mois de janvier… « on parle ». Aujourd’hui bloqués par l’interdiction de parler pendant nos improvisations, comment aborderons-nous l’apport de la parole dans quelques semaines ? Gérer son corps seul n’est-il pas finalement plus facile que de devoir gérer aussi sa voix ?

 

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A 43 ans, Luis n’a toujours pas de bague au doigt ni même de chaussure à son pied, sans toutefois en éprouver le moindre manque. Ne supportant plus la pression familiale exercée par sa mère et ses cinq soeurs à ce sujet, Luis décide d’engager la soeur de son meilleur ami en la faisant passer pour sa future femme. Mettant en scène un faux mariage auquel sa femme est sensée renoncer au dernier moment, plongeant le malheureux dans une grande (fausse) dépression, tout ne se déroule pas comme l’avait prévu Luis…

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L’idée est d’Alain Chabat. Bon rôle, pour le producteur de cette comédie fraîche et joliment interprêtée, qui joue le rôle de Luis, une sorte de Monsieur tout le monde contenté par un bonheur sans vague mais constant. Le comédien est fidèle à sa personnalité, particulièrement juste dans le rôle d’un homme un peu à coté de ses pompes et hilarant dans l’humour stoïque qui lui est si caractéristique. Face à lui, Charlotte Gainsbourg fait preuve d’une délicieuse légèreté et d’une simplicité charmante. Le couple fonctionne à merveille et les dialogues se dégustent.

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Peu de choses à rajouter à vrai dire : pour une sortie du dimanche soir, ce film est un grand bol d’air frais. Comédie légère, efficace, drôle, elle n’a peut-être pas convaincu Télérama au point de lui attribuer le petit bonheur qui sourit, il faudrait poser la question à mes parents. Et comme dit souvent ma mère : « J’attendrai qu’il passe sur Canal… » Mais moi je ne boude pas mon plaisir. C’est tellement bon de rire la veille d’un lundi…

Prete3

…Voir aussi le site officiel du film…

La citation du jour 6

novembre 6, 2006

« Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton »

Gaston Bachelard

Ce midi, à l’heure du déjeuner (vous aurez bien deviné que je me trouvais alors à la fameuse « cafet’ Carrefour »), j’évoquais le sujet des cadeaux de Noël avec mon passionnant collègue dessinateur avec lequel j’avais seul le privilège de partager le repas… Celui-ci m’annonçait au cours de la conversation « Nous, les cadeaux de Noël pour les gosses on ne les achète pas trop tôt parce qu’ils les cherchent partout dans la maison ».

Et bien tu vois papa, soudain je me suis souvenu avec beaucoup de précision de ce Noël passé alors que nous étions encore installés dans le Nord, à Herlies. J’avais peut-être dix ans, peut-être neuf, peut-être onze, mais je me souviens des cadeaux de l’hôpital que tu m’offrais à l’occasion des fêtes. Cette année-là, tu avais caché le fameux présent annuel dans le garage, derrière la chaudière, et l’objet n’avait pas échappé longtemps à ma curiosité de petit garçon. Rappelle-toi, c’était la maquette d’un B-29 Flying fortress, l’imposant bombardier de la seconde guerre mondiale, tristement célèbre pour avoir largué sur le Japon deux obus dévastateurs du nom de « Little boy » et « Fat man ». La maquette, au 1/48ème, se présentait dans une boîte gigantesque que j’avais peine à prendre dans mes petits bras.

B-29

Tous les matins, je prenais mon vélo-cross bleu et blanc pour me rendre à l’arrêt de bus. Je traversais la sombre petite cour gravillonnée séparant la maison du jardin puis pénétrais dans le grand hangar pour saisir fébrilement mon vélo, non sans avoir spirituellement fait un pied-de-nez monumental aux esprits malins habitant les lieux. Ensuite, marchant à ses cotés, je passais par le garage en prenant mille précautions pour ne pas rayer ta belle Renault Nevada bleue. Et c’est là que tous les matins, je m’arrêtais devant la chaudière pour jeter un œil à la grande boîte grise dissimulée derrière la chaudière. Chaque jour je m’aventurais un peu plus loin, découvrant petit à petit une nouvelle partie de l’emballage. Peut-être même qu’un matin j’eus le courage de sortir entièrement la boîte de sa cachette en murmurant un grand « whouaaahhhh…. » d’admiration.

Tout cela ne gâcha en rien le plaisir ressenti lors de l’ouverture des cadeaux quelques jours plus tard… Et finalement c’est grâce à ces moments si particuliers gravés pour toujours dans mon esprit que Noël sera toujours, à mes yeux, un moment magique.

Tu ne m’en veux pas hein, dis ? 😉