BD – Murena, Le cycle de la mère (Dufaux et Delaby)

octobre 9, 2006

Couverture 2

Bienvenue dans l’Italie des années 50… après Jésus-Christ. Autrement dit, bienvenue dans la Rome antique impériale !

Alors que règne sans gloire l’Empereur Claude, sa deuxième épouse Agrippine rêve du pouvoir absolu. Au moment où Claude semble vouloir élever à sa succession son fils Britannicus, resté jusque là dans l’ombre, Agrippine n’a qu’une seule obsession, celle de favoriser l’ascension de l’enfant de sa première couche, Néron. Alors que tous parlent à demi mot de la relation adultère de César avec une certaine Lollia Murena, Agrippine prépare un sombre complot et la fait assassiner. Partant à la recherche du meurtrier de sa mère, le fils de Lollia, Lucius Murena, lie son destin sans vraiment le savoir à celui de l’Empire…

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Une fresque épique

Je connais peu de bandes dessinées traitant d’un sujet historique, possédant une telle rapidité de mise en place et d’immersion du lecteur. Il est vrai que je voulais depuis longtemps découvrir la série Murena, depuis la parution du premier album de la série La pourpre et l’or en 1997. Fasciné par les superbes illustrations de couvertures, j’avais pourtant trop attendu la sortie de l’intégrale du premier cycle (La pourpre et l’or – 1997, De sable et de sang – 1999, La meilleure des mères – 2001, Ceux qui vont mourir… – 2002), épuisée avant même mon achat. Jusqu’au jour où je pus enfin avoir entre les mains, après l’avoir découverte de son papier cadeau, la superbe intégrale Murena offerte par mes amis pour mon anniversaire (merci Ebay ;)).

Murena 1 Murena 2 Murena Murena 4

La pourpre et l’or nous plonge en l’espace de quelques séquences dans la Rome de l’an 54 après JC, au cœur d’une arène où se déchirent des gladiateurs sous le regard blasé de l’Empereur Claude. En quelques pages d’une efficacité absolue le décor est planté, les principaux personnages de l’histoire prennent place et l’intrigue est déjà amorcée. Curieux parallèle que celui existant entre les premières pages de Murena et la demi-heure tout aussi fascinante du superbe Gladiator de Ridley Scott (2000). Le passé, lorsqu’il est bien conté, a cela de magique de nous faire revivre l’Histoire comme si elle ressurgissait au présent.

Gladiateur

Fresque épique, la série Murena au travers de son premier cycle, le Cycle de la Mère, nous prend la main et nous fait saisir le glaive, sentir le sang mêlé à la poussière, il nous fait témoin des pires atrocités qui secouèrent l’Empire, commises par des hommes et des femmes assoiffés de pouvoir. Il nous invite aux orgies romaines et nous fait boire ses vins, goûter ses fruits, caresser ses corps enivrés puis nous immergent dans une scène où débattent avec passion les sénateurs. Voilà un grand ouvrage qui dépasse le cadre de la BD, qui se lit comme un film, suscite tout autant l’intérêt que l’imaginaire, et se dévore littéralement des yeux.

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Dufaux et le sens de l’Histoire

Dufaux

Jean Dufaux

En tant que BD historique, Murena puise dans le passé le cœur de son récit. Le sens du détail et le souhait de restituer avec la plus grande fidélité l’Histoire apparaissent clairement dans l’ouvrage par l’existence, pour chaque tome, d’un glossaire donnant des éclaircissements sur certains points historiques ou dévoilant les libertés prisent par l’auteur d’une part, et la liste plutôt étoffée des références bibliographiques (21 sources) ayant permis la construction du récit d’autre part (le personnage Lucius Murena n’ayant jamais existé par exemple). Soucis de l’exactitude de Dufaux ayant incité Delaby à se documenter sérieusement sur la Rome antique de manière à préserver cette forte cohérence entre la réalité historique et la restitution fidèle des détails dans le dessin (costumes, objets, lieux de vie etc.)

Planche 3 Planche 2 Planche 1

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Une femme au cœur de la tragédie

Agrippine 1

Agrippine

C’est autour d’un personnage central, Agrippine, que toute l’histoire de Murena prend son envol. Prête à tout pour porter son fils Néron à la tête de l’Empire, Agrippine use de tous les moyens pour gagner cette lutte sourde et politique contre César, son propre mari. Delaby a su faire naître sous son crayon une jeune femme d’une rare beauté, fascinante, théâtrale, à la fois impitoyable et brillante d’intelligence. En plus d’être le fil conducteur de ce premier cycle, lui donnant d’ailleurs son nom, Agrippine est sans aucun doute le personnage le plus réussi des quatre premiers tomes de Murena. Mais jusqu’où ira-t-elle pour assouvir sa quête du pouvoir ?

Agrippine 4

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Delaby, maître de l’expressivité

Portrait Delaby

Philippe Delaby

Les comportements de l’Homme, leurs actions et leurs sentiments sont au cœur du récit de Murena : sur l’ensemble du cycle, Dufaux met en scène près de 20 personnages. Le grand talent de Delaby à ce sujet a été de savoir donner une réelle consistance à chacun de ses personnages. Colère, surprise, peur, perplexité… Delaby possède une grande maîtrise de l’expression humaine. Favorisant les gros plans, le dessin sert à merveille le scénario à la façon « dramatique », au sens théâtrale du terme.

Express 2 Express 1

Express 4

Etudes, Crayonnés et dédicaces

L’édition intégrale de Murena nous gâte d’un magnifique supplément de 5 pages de crayonnés. Poses, expressions, études de visages, ces quelques pages apportent un complément très intéressant sur le travail de l’artiste dont voici quelques extraits. Suivent également quelques superbes dédicaces récoltées sur Internet… : collector ! (parmi les dédicaces s’est glissé un petit « hors-sujet »… saurez-vous le retrouvez😉 ?)

Esquisses 3 Esquisses 2 Esquisses 1

Dédicace 4 Dédicace 2 Dédicace 3 Dédicace 1

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Voilà, j’en ai terminé avec cet article sur cette fabuleuse intégrale de Murena. Instructive, passionnante et superbement réalisée, cette œuvre est une réussite tant sur la forme que sur le fond. J’espère sincèrement que cet article, construit avec beaucoup de passion et de patience (la première ne sachant vivre sans la deuxième), saura convaincre les détracteurs de la BD persuadés de son inutilité, de s’ouvrir un peu plus sur cet art de plus en plus reconnu. Murena fait partie de ces ouvrages à la fois ludiques et réellement divertissants. Non la BD ne se limite pas aux Chevaliers du Ciel ou Astérix (séries que j’affectionne particulièrement par ailleurs), et non la BD n’est pas la seule passion d’adolescents boutonneux dévorant de stupides mangas (je n’ai rien contre les mangas… ni même contre les adolescents boutonneux, ayant moi-même été … enfin… non, j’ai rien dit, passons…).

Alors à très bientôt pour de nouvelles découvertes BD, et bonne lecture à tous !

 

2 Réponses to “BD – Murena, Le cycle de la mère (Dufaux et Delaby)”

  1. Hello Paranoïd Androïd!
    Désolée de ne pas réagir à la présente note, je voulais juste te remercier pour ton comm et te dire que je vais continuer, tant que Thom, Ed, Jonny, Colin et Phil m’inspireront…
    A bientôt

  2. Please, you have to warn your readers!
    Agrippine, and your Agrippine is like the original, is deadly gorgeous! Be careful, readers! What does we are not ready to forgive her? We can say Dufaux and Delaby take out from history its magical truth. Not a comics book but a magic rite indeed. Just a doubt about her death. Are you so sure Anicetus did strike right? Do you know Agrippina’s Brotherhood? We wait for a third cycle named possibly « The Cycle of Mother from the Hell ». I mean the Ghost of Agrippina we know from Tacitus, Svetonius and Pseudo-Seneca: a ghost gorgeous and breathing, leaving no breath…
    Thank you!!!

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