Dans l’air du temps…

septembre 21, 2006

Le Havre 

Voici le récit de quelques instants vécus aujourd’hui et qui, je pense, méritent d’être rapportés.

Je me rendais ce matin au Havre pour prendre quelques photos d’un site pollué destiné à accueillir de nouveaux logements locatifs. Mon arrivée dans le quartier ne présageait rien de bien brillant : de part et d’autre de la route s’élevaient de vieilles barres d’immeubles délabrées, dominant des rues non entretenues jonchées de déchets divers, des tranchées et des petits bouts de travaux paraissant non achevés. Comme à la télévision !

Après m’être (é)garé devant ledit site, décision était prise de ne rien laisser dans la voiture, absolument rien, même si celle-ci devait à priori rester à portée de regard durant ma visite. Je sortis donc de ma voiture en plein soleil, couvert d’un pull et d’un blouson avec portefeuilles, trousseau de clés, appareil photo numérique, dossier papier et en prime… une magistrale envie de donner libre cours aux folles envies de ma vessie. Je commençai donc à ouvrir la braguette devant un arbre, jugeant avec beaucoup de négligence qu’aucun de mes actes, aussi canins fussent-ils, puisse attirer une quelconque attention. Libéré ainsi de toute contrainte d’ordre physique, je me dirigeai vers l’angle nord est du site pour prendre une vue générale du terrain, lorsque je crus entendre derrière moi quelqu’un m’interpeller.

Peu réactif de nature, assommé par les 2 h et ½ de trajet en voiture par-dessus le marché, je ne notai pas cette première interpellation, avant qu’une deuxième ne survienne. « Il prend des photos ! » (j’aurais volontiers rajouté « Ziva », mais cela aurait traduit de manière trop caricaturale le ton employé par mes deux interlocuteurs). Je risquai furtivement un, puis deux regards vers l’arrière pour vérifier naïvement si j’étais bien la cible de ces appels. « Viens-là avec ton appareil, bâtard ». J’avais cette fois-ci, très bien entendu la poésie qu’il m’était si gentiment adressée. Je m’interrogeai sur la signification du mot « bâtard », adjectif à priori peu utilisé à mon égard habituellement, mais peut-être le jeune homme fût assez fin observateur pour faire allusion à mon métissage vietnamien. Quoiqu’il en soit, il n’était pas vraiment bien venu de s’attarder sur l’étude du langage des cités, aussi jetais-je un dernier regard à mes deux amis qui me veulent du bien avant de partir. Ma myopie toute asiatique ne me permettant pas de vérifier visuellement l’apparence réellement belliqueuse ou non des deux compères, je fis rapidement l’analyse de la situation : je me trouvais à environ 100 m de ma voiture alors que la moitié de cette distance me séparait des deux individus. Mathématiquement ma situation n’était pas tout à fait à mon avantage.

J’estimai cependant que courir n’aurait fait qu’encourager la poursuite (je voyais déjà la gazette havraise titrant « Un jeune homme poignardé dans une cité »), je me dirigeai donc vers ma voiture, suivant une allure à l’extrême limite qui sépare la marche du trot, puisant dans les réserves de mon petit-déjeuner quelques milligrammes de glucose (merci Kellog’s) pour réalimenter mes deux pattes tremblantes. Il fallait le reconnaître : j’avais les fesses qui faisaient bravo comme dirait Elie Semoun. Je rentrai sain et sauf dans ma superbe clio jaune immatriculée 60 (en camouflage-cité ont peut difficilement faire pire)  et verrouillai immédiatement le véhicule. Quelques secondes suffirent pour mettre le contact, faire demi-tour et m’éloigner, le cou rentré dans les épaules et les aisselles moites de peur (vous savez, cette peur primaire, bestiale, sensée vous donner l’énergie nécessaire à exacerber l’instinct de survie…)

Mais, tout bâtard que j’étais, je ne m’avouais pas vaincu ! Peut-être aussi voulais-je au fond de moi pouvoir rapporter tant bien que mal des clichés de ce foutu terrain vierge à mon patron, déjà tout culpabilisé par mon départ tardif de la maison après une demie grasse-mat bienvenue (c’est-à-dire départ 9h…). Je réitérai donc mon approche par le coté sud du terrain, à l’opposé du camp adverse (celui-ci, composé maintenant de 3 à 4 individus, devaient certainement avoir trouvé d’autres chats à fouetter qu’un petit vietnamien en clio jaune…). Fier de ma race, je me faufilai donc entre les fourrés tel un vietminh et pris enfin quelques photos volées, plein de ce faux courage qu’il m’avait été nécessaire de trouver pour mener à bien cette si dangereuse mission…

 

Une Réponse to “Dans l’air du temps…”

  1. […] Voilà, je donne suite et mets fin à mon tout premier article de “l’air du temps”… Souvenez-vous, lecteurs fidèles et assidus, de cette escapade dans cette somptueuse ville qu’est le Havre, où j’ai bravé tant de dangers et frôlé de si près  les pires  agressions… Et bien j’y suis retourné, sur ce fameux site pollué. […]

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