Affiche Je vais bien

Je prends rapidement mon petit carnet de notes et un stylo dans le tiroir pour griffonner quelques lignes et mettre rapidement au placard l’angoisse de la feuille blanche…

Ce n’est pas tant sur le film en lui-même que je souhaite m’exprimer mais bien davantage sur l’incroyable Mélanie Laurent qui interprète le rôle principal de ce film réalisé par Philippe Lioret.

Concernant le film à proprement parler, juste et intimiste, il m’a littéralement absorbé. Certains vont adorer, d’autres vont sans aucun doute le trouver dénué de tout intérêt et préféreront voir un bon « Pirates des Caraïbes 2 » (que j’ai par ailleurs aussi été voir au cinéma très volontiers…). Question de goûts et de sensibilité : il faut aimer les films façon « tranche de vie », les films d’acteurs et de sentiments. En un mot ce qu’on appelle communément un « film de gonzesse ». Quoique la mienne aurait détesté. Enfin bon passons…

Le film prend toute son ampleur par la brillante interprétation de la jeune actrice. Immédiatement juste et crédible, Mélanie Laurent emporte littéralement le film. Jouant sur tous les registres en gardant une excellente cohérence d’ensemble sur son personnage, elle représente la jeune femme que l’on a tous connue, à 15 ans ou à 20 ans, comme copine, comme amie, comme confidente, celle dont on est tous tombés amoureux au moins une fois dans sa vie. Tant de justesse et de charme suffisent à donner au film tout son intérêt.

Kad Merad - Mélanie Laurent

Chapeau bas à Kad Merad également, habituellement plus connu au sein de son duo comique « Kad et Olivier », qui interprète le père de Mélanie Laurent. Ce qui est assez amusant c’est de lire, dans les premières scènes du film ce regard si particulier de l’acteur, qui semble annoncer à tout moment une plaisanterie, un fou rire… Et pourtant le comédien surprend. Juste et sobre, il mène son personnage de A à Z avec beaucoup de talent.

Kad Merad

Voilà, j’ai adoré. Sans vouloir être trop « mélo », j’adore les films qui traitent des relations entre les gens, qui remuent nos sens, nous remémorent la richesse et la profondeur de nos relations et de nos sentiments. Comme dans ce film, c’est souvent dans la tristesse, dans l’épreuve et la douleur que notre fragile humanité brille. Certains trouvent cela insipide et pleurnichard, moi j’adore. Merci Mélanie.

 

Dans l’air du temps…

septembre 21, 2006

Le Havre 

Voici le récit de quelques instants vécus aujourd’hui et qui, je pense, méritent d’être rapportés.

Je me rendais ce matin au Havre pour prendre quelques photos d’un site pollué destiné à accueillir de nouveaux logements locatifs. Mon arrivée dans le quartier ne présageait rien de bien brillant : de part et d’autre de la route s’élevaient de vieilles barres d’immeubles délabrées, dominant des rues non entretenues jonchées de déchets divers, des tranchées et des petits bouts de travaux paraissant non achevés. Comme à la télévision !

Après m’être (é)garé devant ledit site, décision était prise de ne rien laisser dans la voiture, absolument rien, même si celle-ci devait à priori rester à portée de regard durant ma visite. Je sortis donc de ma voiture en plein soleil, couvert d’un pull et d’un blouson avec portefeuilles, trousseau de clés, appareil photo numérique, dossier papier et en prime… une magistrale envie de donner libre cours aux folles envies de ma vessie. Je commençai donc à ouvrir la braguette devant un arbre, jugeant avec beaucoup de négligence qu’aucun de mes actes, aussi canins fussent-ils, puisse attirer une quelconque attention. Libéré ainsi de toute contrainte d’ordre physique, je me dirigeai vers l’angle nord est du site pour prendre une vue générale du terrain, lorsque je crus entendre derrière moi quelqu’un m’interpeller.

Peu réactif de nature, assommé par les 2 h et ½ de trajet en voiture par-dessus le marché, je ne notai pas cette première interpellation, avant qu’une deuxième ne survienne. « Il prend des photos ! » (j’aurais volontiers rajouté « Ziva », mais cela aurait traduit de manière trop caricaturale le ton employé par mes deux interlocuteurs). Je risquai furtivement un, puis deux regards vers l’arrière pour vérifier naïvement si j’étais bien la cible de ces appels. « Viens-là avec ton appareil, bâtard ». J’avais cette fois-ci, très bien entendu la poésie qu’il m’était si gentiment adressée. Je m’interrogeai sur la signification du mot « bâtard », adjectif à priori peu utilisé à mon égard habituellement, mais peut-être le jeune homme fût assez fin observateur pour faire allusion à mon métissage vietnamien. Quoiqu’il en soit, il n’était pas vraiment bien venu de s’attarder sur l’étude du langage des cités, aussi jetais-je un dernier regard à mes deux amis qui me veulent du bien avant de partir. Ma myopie toute asiatique ne me permettant pas de vérifier visuellement l’apparence réellement belliqueuse ou non des deux compères, je fis rapidement l’analyse de la situation : je me trouvais à environ 100 m de ma voiture alors que la moitié de cette distance me séparait des deux individus. Mathématiquement ma situation n’était pas tout à fait à mon avantage.

J’estimai cependant que courir n’aurait fait qu’encourager la poursuite (je voyais déjà la gazette havraise titrant « Un jeune homme poignardé dans une cité »), je me dirigeai donc vers ma voiture, suivant une allure à l’extrême limite qui sépare la marche du trot, puisant dans les réserves de mon petit-déjeuner quelques milligrammes de glucose (merci Kellog’s) pour réalimenter mes deux pattes tremblantes. Il fallait le reconnaître : j’avais les fesses qui faisaient bravo comme dirait Elie Semoun. Je rentrai sain et sauf dans ma superbe clio jaune immatriculée 60 (en camouflage-cité ont peut difficilement faire pire)  et verrouillai immédiatement le véhicule. Quelques secondes suffirent pour mettre le contact, faire demi-tour et m’éloigner, le cou rentré dans les épaules et les aisselles moites de peur (vous savez, cette peur primaire, bestiale, sensée vous donner l’énergie nécessaire à exacerber l’instinct de survie…)

Mais, tout bâtard que j’étais, je ne m’avouais pas vaincu ! Peut-être aussi voulais-je au fond de moi pouvoir rapporter tant bien que mal des clichés de ce foutu terrain vierge à mon patron, déjà tout culpabilisé par mon départ tardif de la maison après une demie grasse-mat bienvenue (c’est-à-dire départ 9h…). Je réitérai donc mon approche par le coté sud du terrain, à l’opposé du camp adverse (celui-ci, composé maintenant de 3 à 4 individus, devaient certainement avoir trouvé d’autres chats à fouetter qu’un petit vietnamien en clio jaune…). Fier de ma race, je me faufilai donc entre les fourrés tel un vietminh et pris enfin quelques photos volées, plein de ce faux courage qu’il m’avait été nécessaire de trouver pour mener à bien cette si dangereuse mission…

 

 

Le vent de l'exil

18h30. Je reviens tout juste du festival des éditions Delcourt à Paris Bercy où j’ai pu, après environ 3 heures d’attente, approcher Virginie Augustin et obtenir une dédicace pour la BD « Alim le tanneur ».

« Quoi ? 3 heures pour une dédicace ? Mais t’es un malade toi ! » me direz-vous… Attendez je replace les choses dans leur contexte : vous me croiriez si je vous disais que des gens attendait depuis 9 heures ce matin ?

Alors voilà, je suis arrivé vers 14 heures, pour une séance prévue ½ heure plus tard… Il y avait là une bonne vingtaine de jeunes (je les appellerai « les campeurs »), d’apparence tout à fait charmants, et qui avaient, je l’ai compris peu après, déposé tous leurs sacs à dos par terre pour « réserver leur place ». Peu après mon arrivée un responsable du magasin organisateur annonça qu’il fallait « s’organiser » et faire une seule et unique queue, suite à quoi un lymphatique mouvement de troupe eut lieu, me plaçant environ à la moitié de ladite queue… Au bout d’une heure d’attente, un des campeurs me fit comprendre que je n’avais moi-même pas campé et par conséquent que je n’avais pas ma place devant lui. Va pour lui laisser la place. Puis un deuxième campeur me fit la remarque, et puis c’est avec tout le groupe que je m’accrochai… Bref au final j’ai dû laisser passer peut-être dix personnes devant moi.

Bien. Ceci étant dit, je suis tout à fait d’accord, sur le principe du « premier arrivé premier servi », c’est logique. Si une personne m’avait dit « Ecoute, je suis là depuis 13h30, je pense que j’ai le droit de passer devant toi », je lui aurais laissé la place avec plaisir. Par contre, qu’on me dise « Moi j’attends depuis 9 heures ce matin et j’ai mis mon sac pour garder la place toute la journée », je trouve cela un peu effarant. Chers campeurs de la BD, je vous parle : personnellement je refuse de rentrer dans votre folie, ou sinon j’aurais dû planter ma tente la veille sur le cour St Emilion (les tentes Decathlon 2 secondes font fureur à Paris en ce moment…). Remarquez l’heure d’arrivée des gens « normaux » (moi…) pour cette dédicace : à partir de 14 heures !!!… Ce qui démontre que pour arriver les premiers, 13h45 aurait suffi… Voilà, c’est un constat simple, et moi-même je suis passionné de BD, je suis passionné par « Alim le tanneur », mais moi je ne plante pas mon sac devant la table au crépuscule. Je trouve par ailleurs que ça ne donne vraiment pas envie aux néophytes ou aux personnes qui passaient ici par hasard de venir se faire dédicacer.

Enfin, enfin, enfin… Cela ne gâche en rien ma rencontre avec Virginie Augustin, un petit bout de femme pleine d’humour et d’énergie (Virginie, si tu me lis…merci pour ta visite sur le blog !!! ;)) Allez, on attend avec impatience le troisième volet de cette série très attachante et pleine de poésie…

Dédicace Augustin

Musique – Grand Corps Malade

septembre 15, 2006

Midi 20

Pour les intimes, il s’appelle Fab. Pour les autres, c’est Grand Corps Malade. Aux portes de la trentaine, ce grand gaillard est un peu monsieur tout le monde, celui que l’on croise dans une rue de banlieue sans se retourner, en jetant peut-être un rapide coup d’œil sur sa troisième jambe, sa fidèle béquille.

Et ce jeune homme est pourtant un prodige du « slam », cet art de la rue peu connu du grand public, sorte de poésie moderne de banlieue, de rap subtil dépourvu de vulgarité et de revendications aveugles, qui raconte des histoires en jouant avec les mots, en jouant avec les rimes. Grand Corps Malade c’est cela, une sorte de naïveté brute et spontanée qui possède la simplicité des mots sonnant étonnamment justes.

Son premier album « Midi 20 » résonne comme un message de paix, un lien pur et clair par lequel l’artiste semble nous tendre la main pour nous ouvrir au slam. Dans St Denis il nous fait parcourir et nous ouvre les yeux sur les rues exotiques et pluri-raciales de la banlieue nord de Paris, nous fait entendre ses sons et ses voix, nous fait sentir ses odeurs. Midi 20 est un cri du cœur emmené par une mélodie pianotée sur lequel il pose un texte mélancolique sur le temps qui passe trop vite pour profiter de tout, ponctué d’épreuves comme son accident suite auquel il sortira en partie paralysé. Grand Corps Malade… Sixième sens aborde avec finesse le sujet du regard sur le handicap et s’élève avec beauté sur la notion de courage et d’envie de vivre.

Alors que le slam est à l’origine un art parlé, Grand Corps Malade nous propose de le découvrir en l’enveloppant de musique. Fabuleuse alchimie. La musique élève le slam, lui donne corps et beauté. Dans Chercheur de phases, l’artiste nous parle d’écriture et de composition, accompagné dans une superbe ballade de contrebasse, flûte traversière, violons et percussions. Les voyages en train est la preuve que le sujet de l’amour est en chaque artiste, même en ceux qu’on n’attendait pas sur ce registre.

Certes il faut s’ouvrir, accepter la résonance rap de la première écoute. Il faut tendre l’oreille à ces mots simples qu’on croit assemblés uniquement pour la rime, mais qui très vite prennent un sens lumineux, intelligent et touchant. En concert, cet homme est un magicien. Quasi-immobile au milieu de la scène, ce grand corps mince d’où sort une voix rauque. Nous étions quelques centaines, autour de lui, comme autant d’amis réunis par son charisme. En quelques instants il nous a fasciné par sa simplicité, son honnêteté, sa proximité. Quel bel exemple d’humilité, bien loin des pantins gesticulants que sont les rock stars…

Grand Corps Malade

« Le slam est peut-être un art, le slam est peut-être un mouvement, le slam est sûrement un Moment… Un moment d’écoute, un moment de tolérance, un moment de rencontres, un moment de partage. » Grand Corps Malade.

http://www.grandcorpsmalade.com/accueil.htm

BD – Toxic planet

septembre 13, 2006

« A force de faire tourner les usines à fond et de polluer sans réfléchir, tout le monde est obligé de porter des masques à gaz. Et c’est pas prêt de s’arranger… »

Je viens de découvrir un petit bijou de la BD que je veux absolument vous présenter. Il s’agit de l’excellent Toxic planet de David Ratte, parut aux éditions Paquet (par ailleurs promotteur du fascinant Le dernier envol de Romain Hugault). Bienvenue dans un monde futur qui ressemble pourtant furieusement au présent, où l’homme, vivant au cœur d’un monde industriel totalement noyé par la pollution, porte en permanence un masque à gaz. Au travers d’une séries de sketches courts d’une efficacité implacable, Toxic planet nous emmène dans des situations humainement absurdes, industriellement repoussantes et socialement renversantes dans lesquelles  la vie quotidienne de l’individu occupe le cœur du récit. En utilisant humour noir et cynisme sans jamais tomber dans le piège de la satyre aveugle et ennuyante, David Ratte porte un regard fin et lucide sur les dérives du monde industriel. Le dessin est moderne, la mise en page fluide et le design sobre de l’ensemble est très réussi.

Certains parlent d’un album écologique, mais il est tout de même utile de préciser le sentiment de spontanéité ressenti à la lecture de cet album attachant, démontrant à mon avis le « non-militantisme » de David Ratte au profit de l’humour et du plaisir de raconter des histoires. Certes il appartient à chacun d’en tirer les enseignements simples, mais je serais prêt à jurer que la majorité des lecteurs de Toxic planet sont par nature (c’est le cas de le dire…) des gens sensibles à la protection de l’environnement.

Jubilatoire lecture !

Site officiel : www.toxicplanet.info

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Ce jour-là, je rentrais de mon stage en RER, lorsque j’ai eu la curiosité de lire par-dessus l’épaule de mon voisin. Il s’agissait d’une « dépêche Yahoo » évoquant en quelques lignes le crash d’un avion sur le World Trade Center… A cette époque je jouais beaucoup à Counter Strike, un jeu en réseau qui oppose terroristes et anti-terroristes dans un sanglant face-à-face. Sur le moment, j’ai stupidement pensé « Ca ferait un bon scénario pour le jeu ». Jamais je n’aurais imaginé cet évènement possible, et d’ailleurs en regardant les images à la télévision, je n’y croyais toujours pas, tellement c’était inimaginable.

Cinq ans ont passé, et c’est aujourd’hui en revoyant ces quelques vidéos inhumaines, que je prends réellement consience de la gravité de ce drame. Une fois de plus j’ai le sentiment d’évoluer dans la manière de vivre les choses au fil des ans. Comme si j’ouvrais de plus en plus les yeux sur la gravité de ce qui se passe sur notre planète et sur la fragilité de nos vies.

Alors que M6 exploite une fois de plus le filon du voyeurisme en diffusant une émission sur les oubliés du Word Trade Center (comprendre les 200 hommes et femmes qui ont sauté des tours pour échapper aux flammes), je me demande vraiment comment il est possible d’enterrer le respect de ces victimes au profit de l’audience populaire. Imaginez avec quel desespoir et quelle terreur faut-il se jeter d’un immeuble en feu. Quel intérêt procure la vision de ces malheureux, suicidés, chutant comme des pantins et s’écrasant sur le sol dans un bruit sourd ? C’est choquant.

Chacun a sa façon de se recueillir, de repenser à cet évènement et d’en tirer quelques réflexions. Prendre quelques instants, pour prendre pleinement conscience des drames qui secouent notre espèce autodestructrice. Quelques minutes, pour prendre la décision, dans nos gestes de tous les jours, dans notre philosophie de vie, de condamner l’intolérance et la violence, tout en gardant à l’esprit que la voie de la paix n’est pas forcément la plus facile à suivre.