Musique – Radiohead à Rock en Seine 2006

août 31, 2006

Rock en Seine

Alors voilà, trois jours se sont écoulés depuis le concert de Radiohead à l’occasion du festival Rock en Seine 2006 de St Cloud. L’incroyable richesse du concert, la manière si intime dont il a pu m’émouvoir et me marquer, tout cela m’a donné la furieuse envie d’écrire un article sur ces 90 minutes de pur bonheur. Dès le lendemain je ruminais avec amertume mes réflexions en pensant n’être pas à la hauteur pour écrire ces quelques lignes, trouver les mots justes pour tenter de retranscrire fidèlement ce que j’ai vécu ce soir-là. Mais là s’en est trop, tous les matins je m’éveille avec Radiohead, l’esprit flottant dans une réminiscence musicale et bleutée, un vieux rêve qui était pourtant réalité, comme un rappel. « Vas-y, écris-le cet article ».


Premier concert de Radiohead de ma vie, depuis 27 ans, moi adolescent fan de Radiohead depuis « The Bends » il y a dix ans et aujourd’hui jeune homme passionné par ce groupe essentiel comme titrait le récent hors-série des Inrockuptibles. J’ai découvert Radiohead en fouillant la Cdthèque de ma grande-sœur, à la recherche désespéré d’un groupe inspiré, affamé que j’étais après avoir épuise l’œuvre de Kurt Cobain et ses deux acolytes et très vite fait le tour des Offspring et autres Foo Fighters. Radiohead, initialement parce que la pochette du disque et la police du nom avait accroché mon regard… A la première écoute de « The Bends », en tant que musicien j’avais pensé immédiatement « Tiens… ces mecs font tout pour essayer de faire de la musique sympa mais ça s’entend trop, c’est presque caricatural. » Dans la foulée je découvrais « Pablo Honey » et puis quelques temps après, je me retrouvais complément accro. En 97, j’ai vécu la révolution (inter)planétaire « Ok computer » comme tout le monde, boulimie de titres éternels et fascinants, après la découverte en avant-première du furieux Paranoïd androïd sur MTV que j’avais enregistré sur un cassette passée en boucle dans ma chambre. Mon bac S fut résolument Radiohead.


Certes j’ai lâché prise, comme beaucoup, suite au déroutant « Kid A », en 2000. Déçu, j’avais l’impression que Radiohead s’était perdu quelque part dans l’espace. Moi j’avais les pieds sur terre, incapable de les suivre, tout juste impuissant à les voir s’éloigner vers d’autres horizons qui me paraissaient bien incertains : « Amnesiac » et « Hail to the thief » passèrent complètement inaperçu dans ma petite vie tranquille. Et il m’a fallu quelques années pour grandir un peu et rouvrir enfin mes yeux, grâce au mémorable concert acoustique de Radiohead dans l’excellente émission d’Arte Music2night. J’étais à nouveau conquis, fasciné, j’avais compris Radiohead ou j’étais prêt pour les comprendre, je retrouvais ma passion pour la musique, pour le rock, pour les bidouillages électros, pour Radiohead de A à Z. Dans la foulée je m’achetais les deux derniers albums que je dévorais chaque jour sur le trajet du travail. C’était reparti pour une grand passion, il ne restait plus qu’une seule chose pour vivre pleinement ce fanatisme, c’était un live. Un concert. Un vrai.


Nous étions des milliers à attendre fébrilement l’arrivée du quintette, serrés les uns contre les autres dans la nuit tombante. J’étais avec mon ami Mat, perdu dans la foule loin de la scène, et entre deux tignasses on pouvait voir les deux écrans géants latéraux. « On s’en fout » m’avait dit Mat, « On est là pour la musique ». Et puis on a entendu, comme une lointaine clameur, le soulèvement des voix des premiers rangs : ça y est, ils étaient là. Autour de moi tout le monde s’est mis sur la pointe des pieds me donnant l’impression de m’enfoncer dans le sol. Le concert débuta par une version parfaite de Airbag. Brut, sonore, sans concession, nous étions rentrés immédiatement dans le concert. Nous avons ensuite dégusté les titres connus et moins connus de Radiohead, retraçant le parcours non tracé de «The bends » à « Hail to the thief ». J’étais conquis, je me délectais de cette incroyable présence du groupe et de la manière magique dont la musique venait envelopper le lieu. Je fermais les yeux et j’étais enfin seul avec Radiohead, m’imprégnant égoïstement des riffs de guitare, des accords électroniques enveloppés par les mélodies inimitables de Thom Yorke. National anthem et Paranoïd androïd nous ont cloués sur place, Iron lung m’a rappelé l’impact de « The Bends », There there m’a remémoré l’incroyable richesse du dernier album en date. Régulièrement, Mat se tournait vers moi avec ce sourire de satisfaction si caractéristique, et ce regard que je ne lui connaissais pas où se mêlaient étrangement surprise et fascination. A mi chemin de ce voyage nous avons fait une pause lyrique avec Fake plastic trees, un de mes titres sinon MA chanson culte du groupe. Version épurée dans sa partie acoustique, planant sur un silence quasi parfait de l’auditoire juste accompagné par le murmure discret de quelques centaines de fans s’improvisant seconde voix. Inoubliables instants. Trois ou quatre « nouvelles chansons » (prononcez à l’anglaise) lancinantes, sont venues ponctuer le concert. Je prédis que 2007 sera une grande année pour Radiohead, et pour la musique en général.


Karma police
fut la chanson de clôture du concert. Comme si, en guise d’au revoir, Radiohead avait voulu nous offrir le titre universel, celui que la planète entière à entendu, après l’historique Creep, celui qui réconcilie les fans de la première heure et les néophytes de « Hail to the thief ». Ce titre dont tout le monde connaît le refrain. « This is what you get when you mess with us ». Voilà ce qui vous arrive, lorsque vous venez vous frotter à nous. 90 min d’un voyage lumineux au cœur des étoiles, une évasion colorée et lyrique, à la fois fragile et rageuse, poétique et violente, un tableau musical fascinant peint par un groupe hors du temps, mené par l’incroyable inspiration de Thom Yorke.


Certains se risquent à élire un groupe ou un autre comme étant le « meilleur groupe du monde ». D’autres, comme Oasis, ont même l’ignoble prétention de s’auto proclamer comme tel. Il n’y a pas de « meilleur groupe du monde ». Il y a d’abord des genres, des sensibilités et des goûts. Tous les goûts sont dans la nature. Chacun a son groupe, et moi j’ai le mien. Merci Radiohead.

Superbes photos du concert, c’est par ici

 

15 Réponses to “Musique – Radiohead à Rock en Seine 2006”

  1. thieu75 said

    c’était juste un peu mortel ce concert à Rock en Seine. Bref, No surprise, c’est du radiohead.

    Première fois que je les voyais. Alors je suis bien content de les avoir vu à tes côtés 🙂
    biz

  2. sumgreen said

    Salut, tombée au hasard sur ton blog… Jolie review!! J’étais aussi à rock en seine (j’ai écrit une review sur mon blog, d’ailleurs, mais vraiment merdique, comment trouver des mots pour définir un moment aussi merveilleux? en plus elle est un peu hystérique… Hum, bon, passes faire un tour si t’as du temps à perdre, mais c’et pas indispensable)…
    J’ai réussi à etre au premier rang. Je te raconte pas l’état de mes jambes à la fin, je pouvais plus les plier. Mais j’en avais rien à foutre… Les bleus, marques de la barrière sur mes bras, rien à foutre aussi… Les 5 génies d’Oxford, le groupe-pour moi- le meilleur du monde, et de loin, de trèèèèès loin, à 5 mètres de soi, cette musique envoutante, sublime, cette beauté… Ouahou… J’en suis ressortie dans un état second, j’étais plus capable d’aligner correctement 2 mots… C’était… Le plus beau moment de ma vie, je crois…

  3. isa92 said

    Très joli compte rendu, belle plume, bravo 🙂
    C’était magique en effet ce « fake plastic trees », très forte émotion. Avec comme conclusion de première fois, une envie folle à présent d’une deuxième et d’une troisième et (etc ..) fois !
    Je n’aurais jamais cru qu’ils seraient aussi immenses sur scène, je les imaginais si vulnérables. Comme quoi on se fait des films, on brode, rien ne vaut une bonne vieille confrontation avec la réalité : les Radiohead sont vunérables, certes, et c’est sans doute ce qui fait leur pusisance phénoménale.
    Je mets bientôt mes propres bootlegs du concert sur mon Blog, repasse à l’occasion 😉
    A bientôt le plaisir de te lire.

  4. isa92 said

    Très joli compte rendu, belle plume, bravo 🙂
    C’était magique en effet ce « fake plastic trees », très forte émotion. Avec comme conclusion de première fois, une envie folle à présent d’une deuxième et d’une troisième et (etc ..) fois !
    Je n’aurais jamais cru qu’ils seraient aussi immenses sur scène, je les imaginais si vulnérables. Comme quoi on se fait des films, on brode, rien ne vaut une bonne vieille confrontation avec la réalité : les Radiohead sont vunérables, certes, MAIS c’est sans doute ce qui fait leur puissance phénoménale.
    J’ai été touchée. Pour longtemps.
    Je mets bientôt mes propres bootlegs du concert sur mon Blog, repasse à l’occasion 😉
    A bientôt le plaisir de te lire.

  5. kiara said

    je suis tombée sur ton blog complètement par hasard en faisant quelques recherches sur radiohead…je suis encore un peu sous le choc…je ne sais trop quoi dire…j’avais presque les larmes aux yeux en te lisant, bravo !
    J’ai pour ainsi dire « grandi » avec Radiohead et je me suis complètement retrouvée dans ton parcours de fan de radiohead de la première heure si ce n’est que j’ai découvert pablo honey fin 1995 avant de découvrir the bends… je n’ai pas eu la chance de les voir cette année, d’ailleurs la seule fois où j’ai eu cette chance, c’était en 1998 à Bercy (j’étais une toulousaine exilée à paris pour 1 an) pour Amnesty International : 6h dans la fosse, seule (j’avais perdu l’ami qui m’accompagnait au bout de quelques heures !), rien que pour les voir eux ! et même si c’est flou ça reste gravé associé aux émotions très naïves de la jeune fille de 18 ans que j’étais…J’espère un jour revivre ça.
    Maintenant mon présent musical tourne surtout autour d’un groupe (encore très peu connu ;-)) : Smarra que j’ai décidé de soutenir dans leur conquête d’un public plus large… je t’invite à les découvrir via le lien site web (encore en construction, désolée…)que j’ai donné… si tu es curieux de découvrir de nouveaux talents…ils préparent leur premier album à sortir en 2007 qui promet, je pense, de belles émotions…

  6. binette said

    un jour dans un e chambre de MArly (57), un frère et une soeur, chantaient ensemble CREEP… guitare et voix… un beau souvenir… mile bises

  7. Flavian said

    Je n’ai vu le concert qu’en vidéo et il avait l’air vraiment énorme… Je ne connais pas Radiohead depuis longtemps, mais j’adore… J’ai déjà tous les albums, je joue certaines chansons au piano (Like spinning plates, Fog, Everything in its right place et autres…) et j’ai commencé un blog sur eux : http://skyblog.com/admBloger/?debut=0
    Super commentaire du concert 😉

  8. Flavian said

    oui je suis un boulet !
    mon skyblog c’est plutôt : http://twoandtwo.skyblog.com/
    (j’étais en train de mettre un article, j’ai pris l’URL de la page sur laquelle j’étais -_-*)

  9. kiara said

    Au fait, j’ai lu que tu étais un peu pianiste, je voudrais te conseiller un CD et je viens de découvrir sur le net qu’il en existe au moins un autre : Christopher O’Riley qui reprend au piano des titres de Radiohead : le premier CD s’appelle « Hold me to this » (on me l’a offert, c magnifique !) et le second « True love waits »…
    J’ai pas encore pris le temps de répondre au mail car si je m’écoute, ma thèse n’avance pas…
    A bientôt !

  10. Très belle review… J’ai également créé un blog sur Radiohead…
    A bientôt peut être

  11. J’en ai des frissons rien que d’y penser…
    I was born to listen to Radiohead!!!!

  12. isa92 said

    Waouh si longtemps après que c’est agréable de te relire chez moi ! Merci pour la visite et décidémment, j’aime les gens qui aiment Radiohead …

  13. […] assisté à mon premier concert de Radiohead à Rock en Seine, après dix ans de passion pour ce groupe hors du temps. Soirée marquée à l’encre indélébile […]

  14. […] de ce titre que j’avais entendu pour la toute première fois lors du concert de Radiohead à Rock-en-Seine 2006. Depuis ce jour-là, la mélodie de « Videotape » ne m’a jamais quitté. Il n’y avait qu’un […]

  15. isatagada said

    Je passe et repasse, finalement, malgré les mois et maintenant les années. Cette soirée était magique.
    J’ai vu que tu avais cessé d’écrire. Je suis bien certaine que ta plume glisse ailleurs !
    Bon vent où qu’il te mène.
    Isa

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